À l’approche de Noël, le père Nathanaël Garric, auteur de "La naissance du Verbe" (Le Cerf), invite les fidèles à relire les Évangiles avec le souci de savoir comment cette lecture leur permet de se rapprocher du Christ, "vivant et agissant aujourd’hui".
Faut-il préférer une approche historique ou moralisante des évangiles, au risque de perdre le véritable message des textes de la révélation ? Cette question, le père Nathanaël Garric, auteur du livre La naissance du Verbe, l’a tranchée. Au lieu de privilégier une approche ou l’autre, il invite les fidèles à emprunter un troisième chemin : il faut lire les Évangiles en se demandant comment elles permettent de nous rapprocher du Christ réel et comment elles nous permettent de mieux le connaître. Un parti pris intéressant, dont la parution tombe à point, alors que la Nativité et le récit de l’Incarnation, Dieu qui vient aux hommes, approche à grand pas.
Aleteia : Quel est le point de départ de votre réflexion ?
Père Nathanaël Garric : J’essayais désespérément, et à tort, de compiler tous les événements de la vie de Jésus dans les Évangiles pour obtenir une forme de cohérence et cela ne fonctionnait pas. Je me suis rendu compte que mes paroissiens s’en satisfaisaient bien, au contraire. J’ai eu une espèce de trouble intérieur. Est-ce qu’on peut vraiment raconter la vie de Jésus de cette manière ? Est-ce qu’on doit nécessairement avoir le Jésus de Saint Luc contre le Jésus de Saint Matthieu ? En fait, il faut prendre acte du fait qu’il y a des contradictions factuelles entre les Évangiles. Elles nous invitent à ne pas prendre les textes au pied de la lettre. Et elles nous engagent dans le passage des faits à la réalité. De l’enveloppe extérieure à la réalité profonde des actes posés par le Christ. Les Évangiles ne nous racontent pas l’histoire de Jésus comme un historien nous raconterait la vie de César ou de Napoléon. Ces textes nous permettent de connaître quelqu’un qui est vivant et qui agit dans l’Église et dans ma vie.
Bienvenue sur le nouveau site d'Aleteia !
Nous sommes heureux de vous accueillir sur un site entièrement repensé, réalisé grâce au soutien de nos généreux donateurs.
Si vous appréciez cette nouvelle expérience de lecture, vous pouvez, vous aussi, nous aider à faire vivre Aleteia.
Les Évangiles ne constituent pas la biographie d’un homme mort mais les récits qui nous permettent de comprendre un homme bien vivant.
À vous lire, les catholiques seraient divisés sur l’Incarnation et plus globalement sur la vie du Christ, que l’on connaît grâce aux évangiles…
Deux camps s’opposent : il y a d’un côté ceux qui vont essayer de s’intéresser à ce qui s’est réellement passé, avec une approche très scientifique et historico-critique de la vie de Jésus. En face, on retrouve ceux qui ne vont s’intéresser qu’au sens de la vie de Jésus, qui vont réduire sa vie à une morale, avec une approche très narrative et qui n’en dresseront finalement qu’un portrait spirituel. Et dans ces deux approches, il manque quelque chose. Les Évangiles n’ont pas la prétention de tout nous dire tel que cela s’est passé. En revanche, ce qu’ils nous décrivent, l’action de Dieu dans le monde, est réel. L’essentiel, c’est ce que Dieu fait et continue de faire. Et c’est l’approche que j’essaie de développer. Les Évangiles ne constituent pas la biographie d’un homme mort mais les récits qui nous permettent de comprendre un homme bien vivant.
Au fond, est-ce qu’il est important de savoir si le Christ est né à Bethléem ou à Nazareth ?
Ce qui est important, c’est de croire les faits historiques affirmés dans le Credo. Il y en a quatre. Lorsque Jésus naît, c’est le Verbe qui s’incarne. Il a souffert la passion. Il est mort. Il est ressuscité. En revanche, il est important aussi de nourrir notre imaginaire, qu’il soit habité par des représentations. C’est très bien d’imaginer la crèche le soir de Noël. Mais il ne faudrait pas croire que c’est une affirmation historique, alors que c’est quelque chose qui vient nourrir notre représentation de la vie de Jésus.
Que suggérez-vous alors ?
La clé, c’est de savoir comment l’Évangile me permet de me rapprocher du Christ réel, vivant et agissant aujourd’hui. Dis autrement, comment le texte me donne de le connaître. Connaître quelqu’un, c’est avoir accès à son intériorité, savoir ce qu’il est, ce qu’il fait et ce qui l’anime. Il faut continuer méditer chaque évangile pour lui-même et se préoccuper de savoir comment ces textes me parlent aujourd’hui de Dieu dans le monde. Noël, c’est Dieu qui vient à l’homme. Et l’enjeu est de savoir comment chaque évangile me dit à sa manière la venue de Dieu dans le monde.












