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À Saint-Denis, une crèche qui rassemble

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Jean-Étienne Rime - publié le 22/12/25
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La crèche, un sujet de discorde habituel en France à l’approche de Noël, mais dans de nombreux endroits, c’est encore un signe fort d’amitié et de concorde. Coordinateur de la Fraternité missionnaire des cités, Jean-Étienne Rime raconte la belle histoire de la crèche vivante installée à Saint-Denis, manifestation très concrète de cet esprit de rencontre qui dépasse les différences et les confessions.

Encore une histoire de crèche ! Oui, encore, mais cette crèche-là n’a suscité aucun scandale, aucune récrimination au nom de la laïcité. Au contraire, cette crèche réunit, réjouit, incite à la concorde et à la prière. Voici une crèche qui crée de la joie. Tout a commencé au printemps dernier. Le curé de la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de la Mutualité à Saint-Denis (93) parcourt la cité à la rencontre des habitants. Voyant le siège de l’association La Petite Liberté, il entre pour se présenter. La conversation roule sur les réalités économiques et humaines où l’on se retrouve, la paroisse comme l’association, à aider les plus pauvres et venir en aide à tous ceux qui vivent des difficultés ou des galères. 

Sur le parvis de l’église

La Petite Liberté fait du bien dans son environnement : elle nourrit environ 3.000 personnes chaque mois et rend de nombreux services, dépannage de plomberie, serrurerie, etc. De leur côté, ses bénévoles saluent le travail de la paroisse, tous sont heureux de voir l’église revivre et s’animer. On en reste là quand en septembre, le président de l’association vient voir le curé : "Je voudrais bien organiser une crèche vivante, c’est important de célébrer Noël et pas que pour les chrétiens, mais c’est difficile de monter l’opération à la mairie." Qu’à cela ne tienne, elle aura lieu sur le parvis de l’église.

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Crèche vivante de la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de la Mutualité à Saint-Denis (93), décembre 2025.

Cette crèche voit le jour le 20 décembre et restera en place pendant une semaine. Elle réunit les animaux disponibles à proximité, chèvres, oies — mais pas de chance ! l’âne est malade. Les mannequins représentant Marie, Joseph et les bergers seront remplacés par de vrais personnages pendant les temps forts. L’association a tenu à inviter le maire avec un clin d’œil appuyé : une photo de la mairie de Saint-Denis est placée dans la crèche, comprendra qui veut !

Une volonté de joie et de paix

Voilà une belle histoire, mais c’est en réalité beaucoup plus qu’une crèche un peu folklorique dans un quartier oublié d’une grise périphérie. N’oublions pas que Bethléem était et demeure une banlieue, celle où vivent les plus pauvres, ceux qui n’ont pas le bon statut social. Cette crèche illustre une volonté de joie, joie de tous pour dépasser dans ce temps de Noël la dure vie quotidienne, joie pour tous, quelles que soient leurs origines ou leurs religions. Joie de se retrouver ensemble comme les bergers, tout pauvres qu’ils étaient et venant de toutes les parties du monde, à l’instar des mages. Joie et paix ! On parle tant des violences, des trafics en tous genres qui sont des réalités mais ne concernent que des minorités, alors que les foules se retrouvent autour de cette crèche en paix, dans l’harmonie et la sérénité. Pourquoi donc veut-on priver les Français de joie et de paix autour de l’émotion de la naissance d’un enfant ? Ici, on a la simplicité de vivre et partager ce bonheur.

Ce message universel de Noël, nous devons le vivre, et proclamer, le diffuser partout parce qu’il est espérance et paix.

Cette crèche, proposée par une association laïque a été soutenue activement par le père Patrice Gaudin et le conseil paroissial, qui ont voulu affirmer la dimension religieuse de Noël. Une mission paroissiale a lancé ce temps de Noël la veille de l’ouverture de la crèche. Plus de trente volontaires sont allés dans les marchés, les tours, les pavillons pour offrir la parole de Dieu et inciter à venir prier au pied de la crèche. Ils ont aussi conçu trois temps forts ouverts à tous pour dire "Dieu sauve".

Dieu sauve

Dieu sauve. Jésus vient guérir ? Une journée est consacrée aux malades pour écouter, partager et prier. Dieu sauve les saintes femmes, Marie-Madeleine, la Samaritaine et tant d’autres ? Une après-midi doit réunir les femmes des cités environnantes autour d’une religieuse : elles évoqueront les difficultés de leur vie, solitude, famille, violence et seront réconfortées par le visage de Marie-Mariam. Dieu sauve les plus pauvres ? Un troisième temps est destiné à ceux qui sont en galère, papiers, logement, voisinage… cela peut sembler marginal, mais c’est une réalité quotidienne pour de trop nombreuses personnes.

Bien sûr, le moment le plus important sera dans la nuit de Noël. La messe se prépare, la chorale répète, on installe les chaises pour accueillir tout le monde. La cérémonie sera belle, priante, joyeuse. On entend déjà les Gloria résonner sous les voûtes... "Nous rassemblons alors que la crèche divise ailleurs en France. Pas de polémique mais au contraire, une vraie joie de vivre ensemble et de dépasser les différences. Dieu sauve ceux qui croient, ceux qui croient différemment et aussi ceux qui ne croient pas. Ce message universel de Noël, nous devons le vivre, et proclamer, le diffuser partout parce qu’il est espérance et paix", conclut le père Patrice. Cette crèche à Saint-Denis devrait donner des idées à d’autres quartiers de périphéries ou de centres, les polémiques tomberont, la joie sera partagée.

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