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Sœur Marie-Jo, mère de l’impossible

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Benoist de Sinety - publié le 21/12/25
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Elle déteste qu’on parle d’elle, mais elle déplace des montagnes. Depuis dix ans, raconte le père Benoît de Sinety, curé-doyen de la ville de Lille, sœur Marie-Jo accueille à Paris des migrants en détresse. Avec rigueur et bonté, elle montre que l’Évangile sauve plus sûrement l’homme que les lois humaines.

À l’heure où les grandes figures médiatiques du catholicisme français s’effacent dans les brouillards des scandales et dans les ténèbres des impostures, il est bon de regarder ces visages qui brillent humblement de la lumière de Jésus, plutôt que de celles des projecteurs. Elles brillent sur le terrain, là où sont les gens, là où sont ces petits dont l’Évangile nous dit que ce que nous leur faisons, nous le faisons en fait à Celui qui trône au Jugement dernier. Et ces lumières-là, Dieu soit loué, il y en a beaucoup. Il y a même fort à parier que, chacun, nous en connaissons, qui n’occupent pas les estrades, qui n’expliquent pas la vie, mais qui font là où elles rayonnent le bien le plus simple et le plus utile.

Mère d’une multitude

La sœur Marie-Jo Biloa, de la congrégation de Jésus Serviteur, est l’une d’elles. Depuis qu’à Paris, du côté de Stalingrad, elle s’est retrouvée, d’un coup, plongée dans la détresse des migrants jetés sur les trottoirs dans des conditions d’inhumanité absolue, elle n’a jamais renoncé à chercher à voir en chacun d’eux l’homme ou la femme qu’il est avant toute autre considération. L’association qu’elle a créée, Solidarité Notre Dame de Tanger, ne fait pas de politique, ne promeut pas d’idéologie et ne mène aucune autre campagne que celle de lutter contre tout ce qui déshumanise l’étranger.

Camerounaise, elle sait ce que signifie être loin de sa terre, de sa famille. Elle n’hésite pas à dire franchement aux jeunes qu’elle récupère dans la rue, ou qu’on lui envoie quotidiennement, qu’ils ont des devoirs dans cette société qu’ils veulent intégrer et qu’ils doivent se comporter encore mieux qu’un Français, parce qu’ici, on ne les attend pas. Elle est ferme comme sans doute aucun autochtone ne pourrait l’être, et claire dans ses principes : il faut travailler à l’école et être un bon citoyen. Mère d’une multitude, elle éduque avec rigueur et une infinie bonté. 

Avec l’aide de la Providence

Ils ne s’y trompent pas, tous ceux qui bénéficient de son soutien et de celui des dizaines de bénévoles qui l’entourent : "Maman", comme ils l’appellent, veille à ce qu’ils soient scolarisés, abrités, nourris. Elle écoute, beaucoup. Elle entend avec émotion les récits terribles et vrais qui se suivent et disent la misère d’un monde où tout le monde a peur. Ces derniers jours, l’association fêtait ses dix ans. Le temps d’un premier bilan : 45.000 jeunes aidés et accueillis, en pur bénévolat, avec l’aide de la Providence et de ceux qui se laissent toucher par la manière dont ainsi se construit le Royaume. De nombreux "anciens" étaient là. Ils travaillent, gagnent leurs vies, sont titulaires de diplômes. Ils sont fiers et heureux de vivre en France. Ils y payent leurs impôts et en aiment les mœurs. Certains ont demandé le baptême. Tous sont profondément marqués par l’humanité qu’ils ont trouvée dans ce petit foyer d’un Paris gris et froid.

Pour que l’impossible devienne possible

Sœur Marie-Jo déteste qu’on parle d’elle, ce qui est plutôt bon signe. Il faut voir ce qu’une simple et bonne religieuse a pu déplacer comme montagnes dans les collectivités et administrations alentour pour reconnaître l’œuvre de Dieu. Et si Dieu agit ainsi pour permettre que l’impossible devienne possible, n’est-ce pas un signe qu’il nous envoie ? Un signe qu’il n’est pas, Lui, étranger au malheur du migrant et qu’il serait peut-être temps que l’Église retrouve à ce sujet une parole qui éduque et protège, sans culpabiliser ni faire preuve de naïveté. Simplement en rappelant qu’aucune théorie ne saurait justifier le mal fait de nos jours à nombre de migrants. Simplement en rappelant aux chrétiens que l’Évangile sauve plus sûrement l’homme que les lois humaines, dont le joug parfois épuise en nous toute capacité à aimer et à espérer, ne protégeront les peuples. Ainsi célébrons-nous la venue en notre chair de Celui qui n’est pas venu pour les justes mais pour les pécheurs, pas pour les bien-portants, mais pour les malades.

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