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À Chartres, à l’ombre de la célèbre cathédrale se trouve Saint-Martin-au-Val. Cette église millénaire à la pierre gorgée de lumière est bâtie sur les ruines d’un temple païen. Fermée depuis plus de trente ans en raison de fouilles archéologiques et de travaux conséquents, la belle endormie s’est parée de ses plus beaux atours. Grâce au soutien indéfectible de la mairie et de la DRAC qui ont permis de la restaurer magnifiquement, cette église rouvrira officiellement le jour de Noël par une messe célébrée par Mgr Philippe Christory, évêque du lieu.
Une joie immense pour le curé de la paroisse et recteur de la cathédrale, le père Emmanuel Blondeau enthousiaste : "ce n’est pas tous les jours qu’on rouvre une église !". Président de l’association Les amis de l’église Saint-Martin-au-Val, Jean-Pierre Napolitano abonde : "C’est une date que nous attendions depuis longtemps, pour nous, faire revivre cette église est un symbole extrêmement fort. "

Depuis des années, avec d’autres bénévoles, il travaille à cette réouverture, "un projet qui nous tient profondément à cœur" confie-t-il. Autant dire que samedi 20 décembre, pour la réinstallation de la crèche et sa bénédiction, un avant-goût de Noël flotte déjà dans les cœurs et dans les âmes. Les mots "partage" et "élévation" viennent à l’esprit de ce Chartrain engagé qui remet l’église au milieu du village. "Partage, parce que cela concerne tout le monde, croyants comme non-croyants, et élévation, car dans les villages, l’église est toujours le point le plus haut, celui vers lequel on lève naturellement les yeux, ajoute Jean-Pierre Napolitano. Cette église est importante autant pour ceux qui y prieront, que pour ceux qui la contemplent. C’est un bâtiment ancien, un patrimoine commun qui appartient à tous."
Un défi pastoral
Élevée aux XIᵉ et XIIᵉ siècles, elle prend place sur un ancien temple romain, l’un des plus grands de l’Empire. Les campagnes de fouilles menées sur le site ont mis au jour des vestiges exceptionnels, notamment des sarcophages d’évêques chartrains, attestant de l’importance religieuse du lieu dès le haut Moyen Âge. Anciennement rattachée à une abbaye, l’église conserve un décor roman remarquable. "Cette église tient son nom du passage de saint Martin de Tours à Chartres" nous apprend le père Blondeau. Mgr Christory ajoute que "celle-ci est assez particulière pour son espace liturgique, sa crypte très ancienne, et le fait que des évêques y ont été inhumés. Traditionnellement, les évêques nommés passaient une nuit dans la crypte avant de prendre possession de leur siège épiscopal." Tous s’accordent sur le fait que rouvrir une église constitue un "symbole fort et beau signe d’espérance", mais qu’il faut désormais la faire vivre.
Il y a une vraie proximité, à la fois affective et spirituelle, avec ce lieu.
Mgr Christory exhorte les fidèles à "vivre leur foi activement" et lance cet appel "je les attends et j'attends leur vie, leur créativité, leurs initiatives. Je crois qu'il y a de l'espace pour tout le monde. Les prêtres ont cette mission d'offrir le Salut par le culte, les sacrements, la prière, l'accompagnement. Les laïcs ont beaucoup à donner, ils ont de nombreux talents dont l'Église a besoin." Le père Blondeau le confirme : "un vrai défi pastoral". Le chanoine souhaite constituer une équipe pour ouvrir et fermer l’église. Il y verrait bien un lieu de départ de pèlerinages vers la cathédrale et d’accueil pour les temps liturgiques des écoles à proximité. L’association quant à elle, travaille à proposer des événements culturels compatibles avec le caractère sacré de l’église : concerts religieux, expositions d’art sacré, partenariats avec le conservatoire de Chartres. "L’église n’est ni un musée ni une salle de spectacle, mais elle peut être animée avec discernement et respect. Rien ne se fera sans l’accord des prêtres, avec lesquels le dialogue est excellent" souligne Jean-Pierre Napolitano précisant que cette réouverture est "très attendue pour la vie du quartier".
"Entrer dans la joie de Noël"
Pour Fanny Fabre qui habite près de l’église, "au-delà de l’aspect cultuel, cette réouverture porte aussi une dimension très forte pour le quartier. Elle recrée du lien." Le curé lui a confié le soin d’animer la messe de Noël. "C’est pour nous quelque chose de très émouvant, témoigne-t-elle. Il y a une vraie proximité, à la fois affective et spirituelle, avec ce lieu. Nous aimerions beaucoup venir y prier régulièrement." Et cette paroissienne, mère de famille nombreuse de conclure : "Pour la messe de Noël, nous animerons la liturgie en famille, avec nos enfants. Nous apporterons nos instruments et nos voix. Nous avons choisi des chants traditionnels de Noël afin que chacun puisse participer, y compris ceux qui ne viennent pas habituellement à la messe. L’essentiel est que tous puissent entrer dans la joie de Noël."










