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Dites-vous “Joyeux Noël” sur votre lieu de travail ?

4 min de lecture
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Crédit : Aleteia

La discrétion des catholiques au travail s’explique en partie par leur statut de "minoritaires". Mais pour le consultant en entreprise Pierre d’Elbée, la conscience du catholique au travail est plutôt de servir le bien commun de son entreprise. Ce qui n’empêche pas de souhaiter un fraternel "Joyeux Noël" ! 

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Noël n’est pas seulement une fête familiale et sociale où nos rues sont décorées et nos magasins "enguirlandés", où l’on échange des cadeaux au pied de sapins illuminés ou autour de tables magnifiques ! Noël est aussi — ou premièrement ? — une fête religieuse : depuis plus de 2000 ans, les chrétiens célèbrent la naissance de leur Seigneur. Il n’est pas inutile dans le cadre de ce temps festif, de s’interroger sur le lien entre cette fête chrétienne et le travail. Non pas du point de vue de la laïcité à la française, qui nous demanderait de longs développements, ni de celui de la diversité inclusive, mais seulement en partant d’un fait, relevé par des études récentes : dans l’ensemble, les catholiques pratiquants font preuve d’une grande réserve sur leurs pratiques religieuses. Qu’est-ce qui motive une telle discrétion ?

L’effet "minoritaire"

Selon l’INSEE la moitié de la population française se déclare "sans religion". Les catholiques restent les plus nombreux — 29% des Français —, viennent ensuite 10% de fidèles musulmans, puis 9% de chrétiens protestants et orthodoxes. Un autre point de vue intéressant est celui de la pratique religieuse : 8% des catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte, derrière 20% chez les autres chrétiens, les musulmans et les bouddhistes, et 34% des juifs sont pratiquants. Même si ces 8% ne reflètent pas la progression de la foi catholique — notamment la remarquable augmentation de baptisés adultes cette année — ils révèlent le statut des catholiques en France : ils sont une minorité. Cette régression joue forcément dans le sens d’une moins grande exposition. Les crèches publiques obtiennent plus difficilement un consensus, et l’argument d’une continuité historique fondée sur une tradition largement catholique est désormais moins solide du fait de cette régression. 

La "posture d’invisibilité"

Cette analyse sociologique n’est pourtant pas suffisante pour expliquer la "posture d’invisibilité" des catholiques dans le monde du travail. Plusieurs autres raisons peuvent l’éclairer : le "respect d’une lecture d’ailleurs erronée du principe de laïcité", la crainte d’être stigmatisés et le souci de ne pas imposer ses convictions. À cela, il faut ajouter que les catholiques jouissent d’un calendrier globalement cohérent avec leurs fêtes religieuses : la Toussaint, Noël, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et l’Assomption sont des jours fériés, même si le mercredi des Cendres et le Vendredi saint restent des jours ouvrés… Ils ont donc moins besoin de se manifester pour demander un aménagement d’horaires ou de calendrier. 

Discrétion n’est pas démission

Cette invisibilité reste relative : on remarque que même au travail, les catholiques répondent volontiers à des questions sur leur foi. Ce "dévoilement passif" compense un rare "dévoilement actif" jugé intrusif. On porte discrètement une croix, ou une médaille, sans revendiquer son appartenance religieuse. En fait, les attentes des catholiques sont ailleurs : ils recherchent d’abord une cohérence entre les valeurs de leur entreprise et leur éthique personnelle. L’humanisme, le bien commun ou encore le respect de la dignité, sont des critères éthiques enracinés dans leur foi qui présentent l’avantage d’être partageables avec les autres confessions. Le "bien commun" comme "la dignité de la personne humaine" font partie du vocabulaire de la doctrine sociale de l’Église. Défendre ces valeurs, est pour eux un premier pas vers un témoignage chrétien en même temps qu’un socle commun à tous. 

Et Noël dans tout ça ?

Tout ceci éclaire la difficulté qu’ont souvent les catholiques de nommer explicitement la fête de Noël dans leur activité professionnelle. Même s’ils ne se reconnaissent pas dans une fête vulgairement commerciale, il leur arrive d’hésiter à prononcer les mots "Joyeux Noël". Beaucoup préfèrent la formule moins connotée "Joyeuses fêtes". Entre la volonté de ne pas masquer leurs convictions et la délicatesse qui intime de ne pas heurter ceux qui ne les partagent pas, il faut peut-être remarquer que "Joyeux Noël" devrait évoquer la chaleur d’une fête familiale et fraternelle à laquelle tous sont invités, chrétiens et non chrétiens, avec cette promesse de merveilleux et de joie partagée.