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Moins de donateurs mais des dons plus importants : les finances de l’Église au crible

6 min de lecture
Moins de donateurs mais des dons plus importants : les finances de l’Eglise passées au crible

Crédit : Corinne SIMON I CIRIC

Les ressources collectées sont au service de la mission, explique Sylvain Guillebaud.

La Conférence des évêques de France a dévoilé ce 17 décembre l’état des finances de l’Église en France, dont l’ensemble des dons et des actions de collecte a généré 825 millions d’euros en 2024. Des ressources "au service de la mission" en hausse de 3,8% en un an.

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"Cette année, l’Église a réalisé une collecte solide", se félicite Sylvain Guillebaud, coordinateur du pôle Ressources et Moyens de la Conférence des évêques de France (CEF). Ce 17 décembre, épaulé de ses adjoints, il a présenté les données patiemment récoltées et compilées de l’ensemble des diocèses de France et qui brossent le portrait des ressources financières de l’Église, pour l’année 2024. Cette année-là, les dons des fidèles ont permis à l’Église en France de collecter 825 millions d’euros pour financer sa mission. "L’Église ne vit que de la générosité de ses fidèles, et elle ne reçoit rien du Vatican", rappelle-t-il en préambule. Mais où a-t-elle puisé les 825 millions d’euros, destinés à "la pastorale" et à "la mission" que s’est fixées l’Église ? À travers six ressources courantes et exceptionnelles, passées au crible par les membres du pôle Ressources et Moyens de la CEF.

Concrètement, le denier, les quêtes, le casuel (une "offrande de passage", pour la célébration d’une messe, par exemple) et les offrandes de messe, soit les ressources courantes, représentent 75% des recettes de l’Église. Elles sont destinées aux dépenses liées aux frais des paroisses, aux activités paroissiales (catéchisme, accompagnement de catéchumènes…) et aux revenus des prêtres et des salariés de l’Église. À ces quatre ressources s’ajoutent les legs et les cessions d’actifs immobiliers, destinées en théorie à des dépenses dites "exceptionnelles", comme la construction d’une nouvelle église.

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"Un niveau jamais atteint"

Quel est le constat pour l’année 2024 ? Les montants collectés augmentent. Le total des quatre ressources courantes a connu une hausse de 3,8%, portée par "le denier, qui résiste, par les ressources liturgiques et par les legs". De leur côté, les offrandes liées à la liturgie (quêtes, casuels et offrandes de messe) ont connu "un niveau jamais atteint depuis dix ans", avec une hausse de 2,4% entre 2023 et 2024, soit 6 millions d’euros supplémentaires. Cette année a regroupé près de 770.000 donateurs, avec un don moyen de 407 euros, contre 385 euros en 2023. Au total, les six grandes ressources de l’Église ont progressé de 2,4%, ce qui représente 19 millions d’euros supplémentaires.

Malgré ces "joies", le nombre de donateurs a diminué de 2% (une baisse qui diminue depuis quelques années) entre 2023 et 2024 et l’âge moyen des donateurs se situe entre 65 et 75 ans. Pourquoi cette baisse ? Selon les rapporteurs de cette étude, la transmission d’une génération à une autre sur l’intérêt de donner au denier notamment, a été interrompue. Le défi est donc double : "Consolider la culture du don auprès des nouvelles générations pour renouveler la base des donateurs, tout en préservant la relation avec les donateurs existants." "Lorsqu’il y a transmission et que l’on explique à quoi sont destinés ces dons, le réflexe vient beaucoup plus vite, analyse Sylvain Guillebaud. C’est très concret. Les ressources sont au service de la mission. Typiquement, un prêtre ou un évêque perçoit 1.040 euros par mois." Et de citer aussi les 9.400 salariés de l’Église, dont 5.000 sont à temps plein. Certains diocèses, plus en difficulté économiquement, ont mis en place des systèmes de solidarité, avec la "mise en commun de moyens" : plusieurs provinces ecclésiastiques l’ont déjà mis en place pour réduire les coûts d’énergie et certaines charges.

Sensibiliser au don

Quels sont les enjeux pour les années à venir ? "La conversion de chaque baptisé, pour intégrer le soutien financier de l’Église dans sa vie de foi." Et communiquer plus largement, pour sensibiliser notamment les jeunes générations au don. C’est ce qui avait été fait en octobre 2025 avec le projet baptisé "Ce que ton don change, vraiment", un live sur YouTube présentant concrètement les initiatives des diocèses et des paroisses… qui demandent une participation financière ! Quêtes connectées, dons en ligne, campagne de sensibilisation, ont été mises en place ces dernières années. Lancée au mois de décembre, la campagne Merci ! remercie depuis 2017 les fidèles donateurs et permet d’ "accompagner les différentes campagnes diocésaines d’appel aux dons".  Et pour cause : 40% de la collecte se fait au cours des six dernières semaines. "Certains s’y précipitent même à 23h50, le 31 décembre", s’amuse Sylvain Guillebaud.

Espérance

Et visiblement, ces campagnes fonctionnent. Pour illustrer ces motifs d’ "espérance", Sylvain Guillebaud s’est arrêté longuement sur l’évolution des quêtes depuis quelques années. La crise du Covid-19 a modifié les pratiques. Avec les arguments sanitaires d’alors et le manque d’espèces de la part de nombreux fidèles, le recours aux paniers connectés s’est intensifié. Résultat : ils représentent aujourd’hui environ 40% de la quête dans les diocèses qui en sont équipés. Le don moyen s’élève à 6,95 euros, et est généralement supérieur aux dons en espèces. "Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait pas un renouvellement de nos donateurs quand on voit la dynamique pastorale de nos diocèses." Et d’ajouter : "Il y a de vraies dynamiques, des projets qui se montent."

De nombreux projets spécifiques, de construction notamment, ont pu voir le jour, comme la future église Saint-Colomban, au cœur de Val d’Europe à Marne-la-Vallée, ou la nouvelle église Saint-Laurent à Porticcio. "C’est extraordinaire, on n’en construit pas pour se faire plaisir." D’autres diocèses ont besoin de davantage de ressources pour accueillir au mieux les catéchumènes qui leur sont confiés. Cela implique la construction de nouveaux locaux ou la remise aux normes de bâtiments. Une "multitude" de projets locaux, gourmands sur un plan financier, mais qui témoignent d’une Église dynamique et en mutation.