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L’odeur de Dieu, un parfum qui se découvre

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Xavier Patier - publié le 17/12/25
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À Jérusalem, un dominicain décrypte le secret du parfum du Cantique des cantiques. En Provence, l’odeur de Dieu parcourt un roman plein de couleurs et d’espérance. Un conseil de lecture de l’écrivain Xavier Patier. 

Un dominicain de l’École biblique et archéologique de Jérusalem, le frère Olivier-Thomas Venard, vient de proposer, après un travail de longue haleine conduit avec un mathématicien et un parfumeur, une thèse stimulante sur le livre du Cantique des Cantiques. Selon les trois chercheurs, le Cantique des cantiques que nous connaissons, en plus d’être un merveilleux poème allégorique sur l’amour de Dieu, dissimule un traité de parfumerie. Près du quart des plantes citées dans la Bible apparaissent dans le Cantique : la myrrhe, le henné, l’encens, le baume de Galaad et plusieurs dizaines d’autres. Mais pas dans n’importe quel ordre. Le secret de leur accord est dissimulé dans le texte. Les trois chercheurs, rapporte le Figaro, ont reconstitué la formule de ce parfum perdu, composé de 68 ingrédients, qui est le parfum même de l’amour divin. "Délice, l’odeur de tes parfums !" 

La Bible de tous les parfums

La Bible entière est un monde d’odeurs. Quand Joseph est trahi par ses frères, il est conduit en Égypte avec des chameaux "chargés d’aromates et de baume de Ladanum" (Gn 37, 23). Près de la crèche, la myrrhe et l’encens accompagnent la naissance du Sauveur (Mt 2, 11). Quand Marie-Madeleine retrouve Jésus à Béthanie, elle répand sur sa tête un "nard de grand prix" (Mc 14, 3), le même que les myrrophores [porteuses de myrrhe, Ndlr] portèrent au tombeau le matin de Pâques (Mc 16, 1). Les aromates sont toujours du côté de la vie. La bonne odeur l’emporte toujours sur la mauvaise, l’odeur de la vie sur l’odeur de la mort. Joseph dans sa détresse est déjà accompagné par le baume de son salut à venir. À l’approche de sa passion, le Christ est inondé du nard qui annonce sa résurrection. Les myrrophores de Pâques célèbrent la vocation de la femme qui est de porter la vie au plus profond de la nuit. L’amour du Cantique est accompagné d’un arôme délicieux. 

Le roman des odeurs

Cette bonne odeur de Dieu apparaît presque inopinément dans le très beau roman que vient de publier Valentine Goby, Le Palmier, récemment couronné par le Prix Francois-Sommer. Le Palmier raconte la vie d’une petite fille, Vive, qui découvre le monde dans son jardin des environs de Grasse. Le papa de Vive est parfumeur, il court le monde pour rapporter des essences de parfum ; sa maman fume des cigarettes odorantes de la marque "Fumer Tue". Le Palmier est le roman des odeurs. Il raconte une enfance heureuse et à la fois blessée. Il présente un esprit enfantin en train de se construire comme un polypier de fragrances, de plantes, d’images et de mots : Vive découvre le monde à hauteur d’enfant. Valentine Goby nous offre ainsi une très subtile collection de madeleines de Proust, mais décrites au moment justement où la madeleine est mangée pour la première fois. Le Palmier n’est pas le roman de la réminiscence mais de la découverte. Vive ne recherche pas le temps perdu : elle reçoit le temps présent. 

L’encens qui console

Vive grandit entre des parents infaillibles et défaillants comme sont tous les parents. Elle contemple un père non pas absent mais inattentif. Elle souffre de ce manque sur lequel aucun mot ne trouve à se poser. Dans ce beau texte, les blessures de la relation d’un père débordé et de sa fille blessée sont dévoilées avec une extrême finesse et mille bonheurs d’écriture. La bonne odeur de Dieu effleure Vive lors d’une messe de minuit où Vive a suivi une amie. L’odeur d’encens l’émeut ; elle est l’odeur d’un Père qui console. Puis l’odeur s’efface. À la fin du livre, la parole d’un gendarme retraité répare le silence de Dieu. Voici un roman rempli de bonnes odeurs, de couleurs vives et d’espérance. Il faut le lire. 

Pratique :

Le Palmier, Valentine Goby, Actes Sud, 2025, 332 pages, 22 euros.

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