Le verdict n’a surpris personne tant tout semblait écrit d’avance. Emprisonné depuis 2020, Jimmy Lai, magnat de la presse, défenseur de la démocratie et de la liberté d’expression à Hong Kong, a été déclaré ce lundi 15 décembre coupable de sédition et de collusion avec l’étranger. La justice chinoise lui reproche ses attaques contre le Parti communiste chinois et ses nombreux articles en faveur des libertés publiques. Depuis les grandes manifestations de 2019, Hong Kong est devenu le laboratoire et le test de la prise en main de la cité par la Chine continentale. Le compromis "Un pays, deux systèmes" est en train de se dissoudre pour aboutir à l’intégration pleine et entière de Hong Kong, avec la révision de son système juridique et politique hérité de la présence anglaise.
Une vie de combat
Jimmy Lai a fui Canton lors de l’arrivée des troupes communistes pour se réfugier à Hong Kong, alors concession anglaise. Là, il a bâti un empire médiatique et financier, notamment avec son journal Apple Daily, aujourd'hui interdit. Lors des manifestations de 2019, il fut l’un des fers de lance du combat des habitants de la cité pour maintenir leurs prérogatives juridiques et leur héritage libéral. Peine perdue, puisque Pékin a pris la main et le contrôle de la cité. Hong Kong n’est plus le grand pôle financier qu’elle fut, déclassée par sa voisine Shenzhen, beaucoup plus moderne et connectée. Pour s’y rendre, il faut franchir une frontière et obtenir un visa ; alors que nous sommes officiellement dans le même pays. Hong Kong est désormais une cité qui conserve les traces du passé, mais qui a perdu son dynamisme et son intégration dans la mondialisation contrôlée par la Chine.
Mais Hong Kong est aussi une ville où la foi peut être vécue plus librement. À côté des églises anglicanes, restes de la présence anglaise, de nombreuses églises catholiques sont en activité, auxquelles s’ajoute une cathédrale en style néo-gothique qui dispose de plusieurs messes par semaine et d’une assistance composée d’expatriés occidentaux, mais aussi de Chinois de Hong Kong. C’est le cas de Jimmy Lai, qui a nourri son combat politique en se fortifiant dans la foi. En prison depuis cinq ans, à l’isolement, il ne peut plus voir ses enfants, qui vivent exilés en Europe et n’a ainsi que très peu de contacts avec le monde extérieur. Sa famille a demandé l’intervention du gouvernement britannique, puisque Jimmy Lai à la citoyenneté anglaise, et de Donald Trump, qui a promis de parler de son cas à Xi Jinping lors de leur prochaine rencontre. Appel a également été lancé à Léon XIV, afin que la diplomatie vaticane puisse intervenir dans ce dossier. Le nouveau pape se retrouve ainsi aux premières loges d’un dossier chinois particulièrement complexe.
L’Église face à la Chine
Lors de la vacance du siège apostolique, le gouvernement chinois avait procédé à la nomination d’évêques, contrevenant ainsi à l’accord conclu avec le Saint-Siège. François fit beaucoup pour se rapprocher de Pékin, espérant pouvoir réaliser un voyage sur le sol chinois. Rien n’y fit et aucune main tendue ne fut prise. L’étau ne s’est pas desserré sur les catholiques de l’intérieur, et le gouvernement tient fermement la nomination des évêques et des prêtres. Léon XIV ne pourra pas esquiver ce dossier ni faire comme si l’action pontificale n’était pas en échec depuis une dizaine d’années. Tout en ne disposant que de très peu de moyens pour agir et faire pression sur Pékin. Le dossier Jimmy Lai en est la triste démonstration. Le gouvernement chinois s’est montré inflexible depuis 2020 et il est peu probable que celui-ci puisse sortir de prison. Les catholiques avaient joué un rôle majeur lors des manifestations de 2019, ce que le gouvernement n’a pas oublié. À terme, ce qui est craint, c’est une réduction de la liberté religieuse et un contrôle de l’Église de Hong Kong sur le même modèle que celui de l’Église de la Chine continentale. Si les catholiques chinois sont peu nombreux en nombre, leur influence s’accroît notamment du fait de la diaspora et des réseaux tissés dans le monde. Ce qui se joue à Hong Kong, c’est la place de la liberté religieuse en Chine, mais aussi, peut-être, demain à Taïwan et dans d’autres pays asiatiques où les libertés publiques sont remises en cause. Assurément un grand test pour le tout nouveau pontificat de Léon XIV.









