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Désormais condamné, le long calvaire judiciaire de Jimmy Lai à Hong Kong

Hong Kong : désormais condamné, le long calvaire judiciaire de Jimmy Lai

Jimmy Lai a été reconnu coupable de trois chefs d’accusation liés à la sécurité nationale, le 15 décembre.

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Louis de La Houplière - avec AFP - publié le 16/12/25
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L'ex-magnat de la presse pro démocratie de Hong Kong et fervent catholique Jimmy Lai, a été reconnu coupable le 15 décembre de trois chefs d'accusation liés à la sécurité nationale, pour avoir, dans les faits, contribué "à la défense de la liberté".

C’est une décision lourde de sens qui vient d’être rendue à l’égard de Jimmy Lai, militant pro démocratie de Hong Kong et fervent catholique. Apôtre zélé de "l’État de droit, de la défense de la démocratie et de la liberté", il a été reconnu coupable de trois chefs d’accusation liés à la sécurité nationale, le 15 décembre. Âgé de 78 ans, il a plaidé non coupable mais risque la prison à perpétuité. Après deux ans de procès, commencé en décembre 2023, le tribunal a rendu une décision qui, selon des groupes de défense des droits humains, sonne le glas de la liberté de la presse dans ce territoire rétrocédé à la Chine en 1997.

Le fondateur du journal pro démocratie Apple Daily - aujourd'hui interdit - est emprisonné depuis 2020, et maintenu à l'isolement "à sa demande" selon les autorités. Ce qu’on lui reproche depuis des années ? S’être servi de son journal pour "encourager l’opposition au gouvernement" et "faire preuve de collusion avec les pays étrangers". Pour le parquet, Jimmy Lai était derrière deux complots demandant à des pays étrangers d'imposer des "sanctions ou un blocus" ou de mener des "activités hostiles" contre Hong Kong ou la Chine. Il est aussi accusé d'avoir publié des contenus qui "incitaient à la désaffection" envers le gouvernement.

Animé par sa foi

Jimmy Lai a été reconnu coupable d'un chef d'accusation de sédition, et de deux chefs d'accusation de collusion avec l'étranger. Ces deux derniers chefs se basent sur la loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin après les manifestations pro démocratie, parfois violentes, qui ont secoué Hong Kong en 2019. "Il ne fait aucun doute qu’il a nourri sa rancœur et sa haine envers la RPC pendant une grande partie de sa vie d'adulte et cela apparaît dans ses articles", a déclaré la juge Esther Toh à la cour, utilisant l'acronyme désignant la République populaire de Chine. Elle a également assuré qu'il "réfléchissait à la manière dont les États-Unis pourraient faire pression sur la RPC". En plus des accusations de collusion, Jimmy Lai est poursuivi pour 161 "publications séditieuses", parmi lesquelles des éditoriaux signés de son nom.

Le cas de Jimmy Lai est considéré par l'Union européenne et les défenseurs des droits comme emblématique de l'érosion des libertés politiques à Hong Kong depuis la mise en place par Pékin de la loi sur la sécurité nationale. Dès les années 1980, Jimmy Lai s’était montré critique de l’appareil politique chinois, dénonçant sa mainmise sur Hong Kong et les méthodes antidémocratiques de Pékin, notamment avec l'application de la loi sur la sécurité nationale, qui vise à interdire "la trahison, la sécession, la sédition et la subversion". Son combat pour la liberté se lisait aussi à travers la foi chrétienne qui l’animait. Baptisé à la fin des années 1990 par Mgr Joseph Zen, présent à son procès, il s’est converti au christianisme à l’âge adulte. Il aurait réalisé des dons colossaux à destination de l’Église "souterraine" de Chine, réprimée par le pouvoir. En janvier 2024, un rapport avait alerté sur le recul de la liberté religieuse à Hong Kong, le PCF cherchant par tous les moyens à "siniser" les religions "étrangères", c’est-à-dire à les aligner sur la doctrine, l'idéologie et le discours communistes.

Mobilisation

À Washington, le président Donald Trump a dit se sentir "vraiment mal" à propos de Jimmy Lay et avoir demandé son homologue chinois de le libérer. "J'ai parlé au président (chinois) Xi et je lui ai demandé d'envisager sa libération. Il ne se porte pas bien. C'est un homme âgé et il ne se porte pas bien. J'ai donc fait cette demande", a-t-il déclaré. Le fils de l'accusé, Sebastien Lai, a appelé à Londres le gouvernement britannique à "joindre les actes à la parole". "Ne laissez pas mon père mourir en martyr en prison, ce serait une tache indélébile dans votre histoire", a lancé de son côté sa fille, Claire Lai, à Washington.

Des représentants consulaires des États-Unis, de l'Union européenne et de la France ont assisté au verdict. Des vétérans du camp pro démocratie de Hong Kong parmi lesquels le cardinal Joseph Zen et l'ancienne députée Emily Lau avaient aussi pris place dans le public.

Censure

"La condamnation de Jimmy Lai sonne comme le glas de la liberté de la presse à Hong Kong", a dénoncé l'ONG Amnesty International. Reporters sans frontières a condamné une "condamnation illégale" tandis que le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) l'a qualifiée de "condamnation parodique". L'Association des journalistes de Hong Kong décrit de son côté un climat médiatique d'autocensure et de peur "au point que même les détenteurs du pouvoir ne peuvent plus analyser avec précision l'état de l'opinion publique".

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