Campagne de Carême 2026
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Vu de loin, prier le bréviaire est terriblement répétitif. Semaine 1, semaine 2, semaine 3, semaine 4…, et c’est reparti pour un tour. Rien d’idiot, d’ailleurs, pour qui saisit ce dont il s’agit : mâchonner chaque mois tous les psaumes, être uni à distance à la prière de disciples du monde entier, pratiquer l’universalisme du quotidien sans le transformer en slogan de la gauche d’avant le wokisme, ordonner le temps en le rendant chaque jour à Celui qui en est le maître.
Un fond de répétition
Semaine 1, semaine 2, semaine 3, semaine 4, soit, mais aussi temps de l’Avent, temps de Noël, carême, temps pascal... Les pages du bréviaire se chargent de nous rappeler dans leur matérialité que le temps n’est pas cyclique, mais orienté ; elles nous offrent l’occasion de méditer chaque année un événement, l’Incarnation, qui a libéré le monde de l’éternel retour : le pas-à-pas n’est pas du surplace et la reprise n’est pas du psittacisme. Seul un fond de répétition patiente et de veille attentive donne leur pleine valeur aux temps nouveaux.
Loin d’une endormante routine, la prière du bréviaire révèle alors les variantes qu’apporte régulièrement l’année liturgique. L’habitué se réjouit de circuler sans encombre au milieu des dates à pages multiples ; il passe allègrement des hymnes du carême aux intercessions du commun des pasteurs ou aux oraisons "au propre de l’apôtre". Pour un peu, il se vanterait d’être devenu expert en cas particuliers et rappellerait à ses voisins perdus, avec un brin de condescendance, que pour sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, les antiennes des cantiques évangéliques ne sont pas les mêmes que pour le commun des vierges. Il est vrai que le diable se sert de tout et que la prière des heures connaît elle-même ses tentations. On oublie si facilement que l’idée de parfaite maîtrise est peu compatible avec l’esprit liturgique...
Habitude routinière ? Prétention à l’expertise ? Heureusement, il y a le 17 décembre. La date est a priori bien anodine : ni solennité à fêter, ni mémoire à honorer. Les pages que le bréviaire réserve aux fêtes des saints n’indiquent rien entre le 14 décembre (saint Jean de La Croix, prêtre et docteur de l’Église, mémoire) et le 21 décembre (saint Pierre Canisius, prêtre et docteur de l’Église aussi ; "fête le 27 avril en Suisse", apprend-on au passage, car le bréviaire permet parfois aussi de voyager en pensée). Sans mémoire, ni solennité, le 17 décembre a pourtant une place spéciale, qui lui ouvre les pages des dimanches de l’Avent, plus précisément dans la prière du samedi soir (début liturgique du dimanche). Qu’il tombe ou non un samedi, le 17 décembre est ainsi mis à l’honneur. Les jours qui suivent lui emboîtent le pas : le 18 décembre, on chante les psaumes du dimanche, le 19 décembre est "comme un lundi", etc. Cette année, le bréviaire amène donc à considérer que ce soir, mercredi 17 décembre, nous sommes à la veille d’un dimanche ! Frère Jacques dort-il au point d’avoir oublié de sonner quelques matines ?
Une semaine avant Noël
Celui qui demande la raison de cette subtilité bizarre reçoit une réponse qui n’est décevante qu’en apparence : c’est parce que c’est une semaine avant Noël ! En quelque sorte, une octave prépare la Nativité, avant qu’une octave ne la prolonge. Le 17 décembre, on prononce par exemple cette oraison finale unique dans l’année :
"Dieu, créateur et rédempteur des hommes, tu as voulu que ton Verbe éternel prenne chair dans le sein de la Vierge ; sois favorable à notre prière : que ton Fils unique, qui s’est fait l’un de nous, nous donne part à sa vie divine. "En somme, le bréviaire vaut autant par son apaisante régularité que par la manière dont il perturbe parfois les agendas. À l’image de Dieu, pour ainsi dire. Voilà une bonne leçon offerte au supposé habitué qui, chaque année, se trompe de page, parce qu’il a oublié qu’un mercredi pouvait être un samedi... Devant son erreur, il lui reste à méditer la différence entre se faire encore avoir et se laisser surprendre. À ceux qui jugeraient les subtilités du bréviaire du 17 décembre exagérément obscures, on peut toutefois donner une explication plus simple. C’est que la prière des heures dit dans son langage ce que disent les enfants dans le leur : plus qu’une semaine !









