"Si les Français attendent un texte, ce n’est pas celui-là." C’est la conclusion sans détour que dressent les Associations Familiales Catholiques (AFC) au sujet de la loi Fin de vie, dont le débat au Sénat a été repoussé, après la publication d’une enquête particulièrement édifiante ce 10 décembre, menée avec la Fondapol. L’objectif de ce sondage, fort de 38 questions et transmis à 3.021 personnes fin octobre, était simple : "évaluer l’opinion des Français sur ce texte de loi" majeur, voté à l’Assemblée nationale en mai dernier et qui sera examiné au Sénat à partir du 20 janvier 2026. "Est-ce vraiment le texte que les Français attendent ?", s’interroge Pascale Morinière, directrice générale des AFC. À la surprise générale, les résultats de cette enquête "révèlent une réticence nette" à la mise en œuvre des dispositions de ce texte sur l’euthanasie et le suicide assisté.
Méconnaissance
Cette étude révèle trois enseignements, à rebours des principaux sondages sur la légalisation d’un "Droit à l’aide à mourir". Si 82% des Français se disent intéressés par la proposition de Loi, "ils ne sont que 25% à avoir consulté le texte, et la majorité ne s’informe pas de l’évolution des débats". Résultat : le niveau d’intérêt des Français s’effondre lorsqu’il s’agit de s’informer et de suivre les débats, attestant d’un déficit d’information de ce qui est en jeu. 60% des personnes interrogées n’ont pas recherché d’informations à propos de l’euthanasie ou du suicide assisté. "Il s’agit non seulement d’une méconnaissance mais, plus grave, il s’agit aussi de ce qui pourrait ressembler à un désintérêt pour ces questions", notent les auteurs de l’étude. L’intérêt "est marqué, mais très théorique".
Ainsi, "près d’un Français sur cinq ne sait pas répondre aux questions essentielles" qu’induit ce texte de loi, notamment sur la création d’un délit d’entrave, qui sanctionnerait toute personne qui encouragerait quelqu’un à ne pas demander l’euthanasie ou le suicide assisté. "Ils pensent être informés à 87%, note d’ailleurs Pascale Morinière, directrice générale des AFC. Avec tous les documentaires projetés et les débats organisés régulièrement, ils ont l’impression d’être informés, mais cela va toujours dans un sens. Il y a une forme d’habituation à cette ambiance culturelle. Mais dès lors qu’ils découvrent le contenu du texte de loi, ça ne leur va pas du tout."
Des attentes invisibilisées
Par ailleurs, si l’intérêt existe, "lorsqu’on entre dans la procédure concrète qui doit mener à l’euthanasie ou au suicide assisté, les réponses des Français ne correspondent pas du tout à ce que le texte de loi prévoit dans sa mouture actuelle". Quelques exemples sont très évocateurs : 78% des sondés demandent ainsi une procédure spécifique pour les personnes souffrant de déficience intellectuelle. 57% des sondés estiment que le second médecin devrait avoir l’obligation d’examiner le patient. Et 73% demandent un avis d’un psychiatre ou psychologue en cas de doute sur les capacités de discernement de la personne. Autant d’attentes "qui ne sont pas prises en compte par le texte de loi" retenu par les parlementaires.
L’une des surprises de cette étude est l’opposition très nette des jeunes générations à un texte de loi dont l’application pourrait s’étendre aux mineurs et aux personnes en situation de handicap intellectuel, s’inquiète Dominique Reynié, directeur de la Fondapol, dans Le Figaro. Une peur partagée par plus de 50% des 18-34 ans. "Ils ne sont pas inquiets directement pour eux, mais davantage pour leurs proches plus âgés, analyse Pascale Morinière. Ils voient que la qualité des soins se détériore en France et agissent par anticipation." Autre point surprenant : une forte opposition des personnes qui se disent proches des partis de gauche et d’extrême-gauche, "plus enclines à soutenir le rôle protecteur des familles que le bloc central".
Inquiétude pour les familles
Autre point de crispation que révèle cette étude : les conséquences qu’aurait ce texte de loi au sein des familles, qui joueraient un rôle clé "dans la décision de recourir – ou non – à la mort administrée". "Les Français l’anticipent sans peine, commentent la Fondapol et les AFC, puisque 70% des personnes interrogées estiment que si cette proposition de loi était adoptée, il pourrait en découler de graves désaccords au sein des familles, ou entre les proches de la personne décédée, entre ceux qui auront soutenu, voire encouragé, sa décision de recourir à l’euthanasie ou au suicide assisté, et ceux qui l’auront désapprouvée." Cela alors même que pour 73% des Français, la famille est centrale dans leur vie, rapporte un sondage de l’IFOP mené en mars 2025.
Enfin, "lorsqu’on interroge les Français sur une alternative de choix pour un proche en fin de vie entre les soins palliatifs et l’euthanasie, ils préfèrent majoritairement les soins palliatifs, à 52% contre seulement 38% en faveur de l’euthanasie". À la lecture de ces enseignements, la conclusion des AFC et de la Fondapol est sans appel : "S’il a existé un débat public, celui-ci était sans doute à sens unique puisque ce sondage révèle que les attentes des Français n’ont pas été écoutées. Nous appelons le Parlement à prendre en compte la réticence des Français de tous bords politiques, loin d’approuver un texte aussi transgressif." Et à Dominique Reynié, de préciser dans Le Figaro : "Les Français ne demandent pas la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, cette idée n’émane pas du corps social. Ce sont les députés qui ne sont d’accord sur rien qui trouvent une majorité pour légaliser l’euthanasie et le suicide assisté."

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