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Quand l’art contemporain éclaire Notre-Dame de Paris

Quand l’art contemporain éclaire Notre-Dame de Paris
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Caroline Becker - publié le 14/12/25
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<em>Le Grand Palais à Paris accueille, depuis le 10 décembre, l’exposition "D’un seul souffle", où sont présentées les maquettes grandeur nature des futurs vitraux de Notre-Dame de Paris réalisés par Claire Tabouret. Ces œuvres monumentales — hautes de près de sept mètres — offrent un aperçu du projet de vitraux contemporains destinés au bas-côté sud de la nef de la cathédrale et constituent l’un des événements artistiques majeurs de cette fin d’année. Une exposition visible jusqu’au 15 mars 2026.</em>

À l’occasion de l’exposition D’un seul souffle, Claire Tabouret dévoile pour la première fois au Grand Palais les peintures définitives, réalisées à taille réelle, qui serviront de modèles aux futurs vitraux de Notre-Dame. C’est en décembre 2024, à l’issue d’une consultation nationale, que Claire Tabouret, peintre française de 44 ans, a été choisie pour concevoir les six vitraux qui remplaceront ceux réalisés au XIXe siècle par Eugène Viollet-le-Duc dans les chapelles du bas-côté sud de Notre-Dame. Ce projet, qui s’inscrit dans le vaste chantier de restauration de la cathédrale après l’incendie tragique d’avril 2019, répond à une volonté du diocèse et de l’État de laisser une trace contemporaine dans Notre-Dame de Paris

Le thème de la Pentecôte au cœur du projet

Hautes d’environ sept mètres, ces œuvres constituent pour l’artiste sa plus grande œuvre réalisée jusqu’à maintenant et une expérience nouvelle marquée par la nécessité de composer avec l’architecture. Construits autour d’un thème biblique majeur, la Pentecôte - iconographie choisie par l’archevêché de Paris comme fil conducteur - les futurs vitraux illustrent chacun un épisode de cet événement fondateur pour l’Église.

Quand l’art contemporain éclaire Notre-Dame de Paris

Soumise à l’exigence de préserver l’harmonie et la lumière blanche de Notre-Dame, Claire Tabouret a dû équilibrer soigneusement sa palette pour éviter toute couleur dominante : "C’est devenu comme une danse, un rythme, ce constant passage d’une couleur à une autre", raconte-t-elle. Quant à la technique du monotype (type d’impression sans gravure), qu’elle pratique avec obsession depuis de nombreuses années, celle-ci s’est imposée comme une évidence : "J'ai une presse à l'atelier et j'aime énormément ce procédé d'impression, qui offre des similitudes avec le vitrail", explique-t-elle. 

Quand l’art contemporain éclaire Notre-Dame de Paris

Aux côtés des maquettes des vitraux, ce sont aussi des esquisses, des pochoirs et des fragments de verre coloré qui sont présentés, élaborés avec l’atelier Simon-Marq, maître verrier rémois partenaire du projet. Le visiteur est ainsi invité à déambuler parmi ces créations, à lever les yeux vers ces formes et ces couleurs et à méditer sur la lumière sacrée qui traversera bientôt les baies de Notre-Dame.

La Vierge Marie, cœur battant de la Pentecôte

Ces six vitraux, qui seront répartis dans autant de chapelles dédiées à des saints parisiens — saint Joseph, sainte Clotilde, saint Vincent de Paul, sainte Geneviève, saint Denys et saint Paul Chen — déploient le récit de la Pentecôte à travers un cycle clair et accessible à tous. La première baie, destinée à la chapelle saint Joseph, présente des personnages regroupés en cercle, les yeux clos, illustrant le verset : "Ils se trouvaient tous réunis dans un même lieu". Claire Tabouret y a imaginé un vitrail enchâssé dans le vitrail, reprenant en arrière-plan les motifs géométriques de Viollet-le-Duc. Pour la chapelle sainte Clotilde, le passage "le grand bruit dans le ciel" se traduit par une vibration lumineuse et colorée où les teintes se diffractent comme sous l’influence de Fra Angelico. Dans la baie destinée à la chapelle saint Vincent de Paul, l’artiste illustre le souffle puissant de l’Esprit : "Comme un violent coup de vent". L’Esprit traverse ainsi le corps des fidèles, suggérant à la fois mouvement et la transcendance. 

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Pour la chapelle saint Denys, l’artiste évoque "ceux qui entendirent eurent le cœur transpercé", traduisant la blessure spirituelle et la révélation incarnée par la colombe de l’Esprit. Enfin, la baie de saint Paul Chen, sur le verset "Ils se mirent à parler d’autres langues, selon le don de l’Esprit", montre une procession de personnages de différentes cultures, porteurs d’un message de paix et de fraternité, reflétant l’universalité de l’Évangile.

Parmi tous ces vitraux, celui destiné à la chapelle sainte Geneviève, représentant la Vierge Marie entourée des apôtres, se distingue comme un véritable pivot spirituel du cycle. Dans la tradition chrétienne, Marie est souvent nommée "Mère de l’Église". Sa présence au Cénacle n’est pas anecdotique : elle symbolise l’Église en train de naître, rassemblée, priante, disponible à l’action de Dieu. Le vitrail de Claire Tabouret reprend ce moment fondateur.  

Au centre du vitrail, la figure de la Vierge domine par la verticalité paisible de son corps. Elle est l’axe autour duquel les apôtres se rassemblent. Elle n’est pas représentée dans la fureur du "vent impétueux" de la Pentecôte mais demeure comme une terre stable où peut descendre l’Esprit. Ce choix visuel n’est pas anodin : il rappelle que la Vierge est, dans la foi chrétienne, le modèle parfait de l’accueil de Dieu. Celle qui, au jour de l’Annonciation, a dit "oui". Autour d’elle, les apôtres forment une ronde. L’artiste ne les individualise pas mais les représente dans un mouvement collectif, comme un peuple en marche. Le vitrail exprime ainsi cette vérité profonde que la Pentecôte n’est pas qu’un événement extraordinaire :  il est la naissance d’une fraternité, d’un corps animé par le même Esprit.

Une polémique patrimoniale

Les vitraux, qui devraient voir le jour à la fin de l’année 2026, n’ont pas été exempts de débat et l’annonce du projet a rapidement suscité des réactions contrastées. En effet, une partie du public et des défenseurs du patrimoine s’est opposée au remplacement des vitraux de Viollet-le-Duc, estimant qu’ils n’avaient pas été endommagés lors de l’incendie de 2019 et qu’ils faisaient pleinement partie de l’histoire architecturale du monument. Une pétition contre leur retrait a recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures, et des recours juridiques ont été intentés. À l’inverse, d’autres estiment que l’intégration de créations vivantes dans un lieu de culte peut enrichir sa signification spirituelle et sa capacité à parler au cœur des fidèles d’aujourd’hui. 

Qu’on les considère sous l’angle de l’art contemporain ou dans la continuité de la tradition spirituelle, pour les chrétiens, les vitraux ne sont pas seulement des œuvres d’art : ils sont des vecteurs de la lumière divine car depuis l’époque gothique, ces parois colorées ouvrent des fenêtres sur les mystères de la foi. Comme le dit Claire Tabouret : "J'ai été emportée par la beauté, la poésie du thème de la Pentecôte choisi par l'archevêque de Paris. Cette idée d'harmonie, d'hommes qui parviennent à s'unir, à se comprendre malgré la diversité de leurs langues, cette folle espérance, j'ai eu envie d'y participer."

Pratique

Du 10 décembre 2025 au 15 mars 2026, l'exposition D’un seul souffle de Claire Tabouret au Grand Palais à Paris.



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