L’ « Avent » met en « avant » deux figures majeures de l’espérance vivante : Marie et Jean-Baptiste. Marie, par son “oui”, devient la femme de l’espérance parfaite : elle accueille dans la foi ce qu’elle ne comprend pas totalement. L’inattendu de Dieu ouvre son chemin. Jean-Baptiste appelle à la préparation, à l’ouverture du cœur. Son espérance s’exprime dans l’urgence d’Isaïe : « Préparez le chemin du Seigneur », car Il vient !
On espère la vie éternelle, et non des consolations imaginaires, irréelles, à moins de se satisfaire du développement personnel et de l’horizon terrestre. Dieu, seul objet de l'espérance, nous fait entrer dans l'habitude d’attendre en se représentant le futur, comme l’indique l’Évangile : un festin savoureux, un filet débordant de poissons, un grand arbre né d’une petite graine, une perle qui vaut tous les trésors de la vie…
« Plus l’âme a d’espérance, plus elle a d’union avec Dieu » (Jean de la Croix). Soyons déjà en face d’un don et acceptons ce don, car espérer c'est déjà posséder. Nous n'espérons en Dieu que parce que nous le possédons déjà. « Le bonheur c'est de continuer à désirer ce que nous possédons déjà » (Saint Augustin). Ainsi, la vie éternelle, objet de l’espérance, n’est pas pour plus tard, mais déjà commencée dans ce monde. Elle est hors du temps car elle est tout le temps. Espérer c'est croire que Dieu nous permet de poser déjà des actes éternels, donc d’aimer. L'amour de ce fait a seul les promesses de l'éternité. La vie éternelle est plus qu’une récompense, une préférence de l’essentiel sur l'urgent. Se donner n’est pas se perdre mais gagner, car on ne possède que ce que l'on donne. « Tout ce qui n'est pas donné est perdu » (Tagore). « Au soir de la vie, on sera jugé sur l'amour » (Jean de la Croix). De fait les linceuls n'ont pas de poches pour n’avoir rien à emmener. La Vie éternelle c'est de ne vivre que pour les autres, en se mettant à l’école de l’Eucharistie : pas d'autre manière d'apprendre à donner sa vie que de commencer par recevoir. Jésus nous dit : « Viens te servir dans mon cœur à moi, celui que je te donne dans ce pain et ce vin ».
Le Royaume est déjà là
Le Royaume est donc « déjà là » bien que « pas encore », car le Royaume qui est une réalité spatiale et le Règne qui est une réalité temporelle, approchent ensemble les deux dimensions du Ciel où n’existe pourtant ni espace ni temps. Ceci nous empêche de penser ensemble le « déjà là » (espace) et le « pas encore » (temps), en disant : « nous ne sommes pas dans le monde de Dieu, et il est loin d’arriver ! » « Vous ne savez ni le jour ni l’heure » (Mt 25, 13) ! Mais sans certitude, nous vivons « comme si… ». Les chrétiens sont en avance sur l’histoire, car ils en connaissent la fin. On nous croit du passé, « derniers des Mohicans », mais nous sommes déjà du futur. Les chrétiens sont la locomotive de l’histoire et du Royaume qui vient, car ils en ont les clés.
Le peuple juif a été remarquablement fidèle dans l’espérance au long des siècles, célébrant le shabbat, comme la fiancée tant attendue. Gardons la confiance totale de Marie malgré l’inconnu, fabriquons l’huile des vierges sages. Imitons l’exigence et la sobriété de Jean-Baptiste comme conditions pour accueillir la joie. L’Avent est une invitation à reconnaître que chaque être humain porte en lui l’embryon d’un espace sacré, un lieu où quelque chose est en train de naître. L’espérance devient alors l’art de croire que la vie peut commencer de nouveau à tout moment.









