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Celui qui vient ne partira jamais

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Benoist de Sinety - publié le 14/12/25
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À la personne qui subit l’épreuve glacée de l’abandon, la crèche est un signe de la vie qui peut tout entendre et tout révéler. Surtout, assure le père Benoist de Sinety, curé-doyen de Lille-centre, elle annonce que Celui qui vient ne partira jamais.

C’est terrible quelqu’un qui s’en va. Elle est là, un peu plus loin dans le métro. Normalement on ne devrait rien entendre de sa conversation mais voilà, elle est montée en décrochant et c’est comme si elle ne pouvait s’empêcher d’hurler. "Oui l’avion avait du retard. C’est à Dakar, il y a eu des problèmes... Oui j’arrive, je serai là dans une heure !" Et puis la voix monte : "Comment tu ne seras pas là ? Mais tu es où ? Tu es où ?" Le cri, c’est tout ce qui lui reste. L’âme est en train de mourir, toutes les volontés se rassemblent en une tentative folle et vaine, elle ne peut pas l’ignorer. "Ne fais pas ça ! J’arrive ! Je suis là dans une heure, une heure c’est vite fait… !" Et, pour finir, "Reste !". Ce n’est même plus une injonction, ce n’est déjà plus une prière. C’est tout ce qui subsiste de vie et d’espoir en elle qui tient dans ces cinq lettres. "Reste…"

L’indicible de l’abandon

Le téléphone n’a plus de sens. Plus personne ne lui parle à l’autre bout du fil. Elle le laisse visser à son oreille, espérant capter un murmure encore, un souffle qui lui donne l’illusion que ce n’est pas fini, que tout cela est un rêve terrible et que le jour se lève. Mais rien. Alors, du silence jaillit une larme. Du cri naît un soupir que personne ne peut entendre, sinon celui auquel il est adressé et qui n’est plus là.

Il fait froid, dans ce métro. Très froid, comme une absence de chaleur totale et qui fige. Les stations s’égrènent. Je descends avant elle. Pétrifié, le cœur glacé. Ainsi donc, il est parti et la voilà seule. Il a choisi de la laisser, ainsi. Ensemble, ils vivaient. Seule, elle se perd. L’indicible de l’abandon. Et ce qu’il entraîne comme désespérance, comme vertige intime et immesurable, qu’aucune parole, aucun sentiment ne suffisent à apaiser.

Ce grand froid qui s’abat

Il y a sa part d’erreur, le sentiment que l’autre est gagné, qu’il suffit de se maintenir sur la crête où l’on est parvenu et d’où l’on contemple comme nulle part ailleurs, pense-t-on, les plus beaux paysages. Il y a ce qui traverse le cœur et le cerveau de cet autre que l’on croit tant connaître au point qu’on n’y fait moins attention, où qu’on s’est un peu lassé de s’enhardir à en découvrir d’autres facettes. Il y a toutes ces choses raisonnables au sujet du temps qui doit passer et qui aidera, sûrement, à retrouver le sourire par lequel la vie de nouveau fait en nous son œuvre.

La crèche est le message confié aux croyants pour que celui qui tremble d’être abandonné reçoive l’assurance que Celui qui vient ne partira jamais.

Mais ce moment du grand froid qui s’abat, ce moment où l’on rentre dans ce wagon de métro, les poumons pleins de l’autre et où l’on s’y pétrifie sans lui, dans ce moment-là, il n’y a rien qui vaille.

Ce que dit la crèche

La crèche n’est pas une réponse. Elle est un témoignage. Le témoignage de celui qui vient. Dans les frimas de l’hiver, dans l’indifférence des foules, dans la solitude du cœur en exil, il y a l’odeur forte de la vie. Odeur de la paille, odeur des bêtes et des bougres bergers que nul froid ne saurait empêcher d'exhaler. Il y a les premiers sons d'un enfant que nul silence ne parvient à faire taire. Elle est cet espace qui peut tout contenir, tout recueillir, tout entendre et tout révéler. 

Ne la cantonnons pas à la joyeuse attente des enfants sages. Elle est bien plus que cela. Elle est le lieu où le pauvre peut encore espérer, le spectacle offert où chacun tient une place sans être spectateur. La crèche est le message confié aux croyants pour que celui qui tremble d’être abandonné reçoive l’assurance que Celui qui vient ne partira jamais. Qu’il est avec nous jusqu’à la fin des temps, et qu’il nous sauve déjà et demain de toute morsure des hivers de la vie. Elle est la certitude que nous ne serons jamais seuls. 

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