C’est l’un des derniers temps forts de l’année jubilaire que s’apprêtent à vivre des milliers de détenus à travers le monde. En France, plus de 185 prisons vont ainsi vivre le "Jubilé des détenus" les 13 et 14 décembre. Messes jubilaires, temps de prière, célébrations du pardon : dans chaque diocèse, les aumôneries se mobilisent pour offrir aux personnes incarcérées une véritable démarche jubilaire. Mais pas seulement. Rencontre avec Bruno Lachnitt, aumônier général de l’aumônerie catholique des prisons, qui explique comment cet événement peut marquer les personnes détenues… mais aussi toucher tous les cœurs.
Aleteia : Comment le "Jubilé des détenus" a-t-il pris forme ?
Bruno Lachnitt : Je suis aumônier général pour le culte catholique en prison. J’ai donc la responsabilité de l’ensemble de l’aumônerie catholique au niveau national. Quand l’Année jubilaire 2025 a été annoncée, nous ne savions pas encore si quelque chose serait prévu pour les personnes détenues. Nous avons donc réfléchi à la manière de faire vivre le Jubilé en détention, d’autant qu’il s’agit du Jubilé de l’espérance, ce qui a une résonance très particulière pour eux ! Quand nous avons appris que le pape François avait choisi le 14 décembre comme date du Jubilé des détenus, et qu’il s’agissait du dernier Jubilé thématique de l’année, nous avons alors proposé que tous les évêques célèbrent le Jubilé en prison et ouvrent symboliquement une Porte sainte dans les établissements. Cette idée a été validée par le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, qui a invité tous les évêques à être présents ce jour-là. Résultat : 185 événements jubilaires dans les prisons, dont 103 accueilleront un évêque !
Comment l’Église parle-t-elle du pardon ou de la miséricorde dans des lieux d’enfermement et de souffrance ? En quoi cela nous concerne nous aussi, à l’extérieur ?
Si ce n’est pas là qu’on parle de pardon et de miséricorde, alors cela n’a pas beaucoup de sens d’en parler dehors ! Nos belles paroles sont mises à l’épreuve de la réalité. C’est facile de parler de pardon à l’extérieur, mais quand on est confronté à des actes graves, qu’est-ce que cela veut dire concrètement ? C’est là que ces mots prennent tout leur sens. C’est pour cela que ce Jubilé est aussi l’occasion d’une conversion du regard des chrétiens qui sont dehors. Le Jubilé n’est pas seulement "à l’intérieur" : il doit aussi mettre les projecteurs sur la réalité de la détention, et notamment sur les conditions de détention aujourd’hui, qui sont parfois dramatiques.
Nos belles paroles sont mises à l’épreuve en prison.
L’idée, c’est que les évêques viennent dire aux personnes détenues : "Vous n’êtes pas enfermés dans ce que vous avez fait. Vous n’êtes pas réductibles à votre acte. Nous avons foi en ce qu’il y a de meilleur en vous." Et ils disent également à ceux qui sont dehors : "Ne désespérez pas de ceux qui sont dedans." Parce que dans l’Évangile, le Christ n’enferme jamais personne dans son passé : il ouvre toujours un avenir.
Quels fruits espérez-vous de ce Jubilé, pour les détenus, mais aussi pour l’Église ?
Pour les personnes détenues, j’espère que ce Jubilé sera une pierre de plus sur leur chemin, qu’elles puissent entendre qu’on ne désespère pas d’elles. Beaucoup ont une image très négative d’elles-mêmes, parce que c’est l’image qu’on leur renvoie. Or, pour aller vers le meilleur de soi-même, il faut déjà que quelqu’un vous dise qu’il y croit… François Mauriac disait : "C’est la confiance que les autres mettent en nous qui nous montre le chemin." C’est exactement cela, la célébration du Jubilé : manifester la confiance que nous avons, et que Dieu a, en eux. Et pour l’Église, il s’agit de rappeler que la frontière entre le bien et le mal ne passe pas entre "eux" et "nous". Dans une vision chrétienne, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les méchants : cette frontière traverse chacun de nous. Il faut donc se méfier des étiquettes qui enferment les personnes. Notre identité commune de chrétiens, c’est d’être des pécheurs pardonnés, que l’on soit dedans ou dehors. C’est aussi une invitation à changer de regard sur la prison, dans un contexte politique tendu, où l’on demande toujours plus de répression alors que les conditions de détention sont indignes. C’est pour cela que les évêques de France ont publié un plaidoyer à l’occasion du "Jubilé des détenus"... pour aider à convertir le regard de ceux qui sont dehors et contribuer à une autre manière d’envisager la prison dans notre pays.










