Ce matin de printemps d’avril 1943, dans les rues de Saint-Germain-en-Laye, le facteur effectue son habituelle tournée. Il vient déposer une lettre d’apparence anodine au presbytère de la paroisse. En provenance de l’évêché de Versailles, elle est adressée au jeune et bouillant vicaire, le père Pierre de Porcaro. Elle va sceller son destin : Mgr Roland-Gosselin lui demande de prendre le chemin de l’Allemagne pour y assurer une présence sacerdotale clandestine auprès des ouvriers du Service du travail obligatoire (STO). "Égoïstement, je préfèrerais rester ici. Oui égoïstement. En vérité, c’est un nouvel appel à la croix. Toute croix comporte ses grâces : s’il faut des grâces pour tenir, le Seigneur fera un miracle", écrit-il le soir-même.
Un "oui" à l’appel
Certes, le jour de leur ordination, les prêtres promettent obéissance à leur évêque. Mais celle-ci n’est ni servilité ni soumission aveugle. Pierre de Porcaro aurait très bien pu décliner cet appel : sa mère était veuve, il rentrait à peine de plusieurs mois de captivité en Allemagne comme prisonnier de guerre, son frère aîné venait de mourir et il portait à bout de bras les œuvres de jeunesse de la paroisse alors que la France subissait l’occupation allemande. Mgr Roland-Gosselin pouvait très bien en trouver un autre ! Pourtant, le jeune prêtre entre dans le mystère de l’oblation : "Oui mon Dieu, j’accepte avec toute la générosité possible, tout, y compris d’en mourir, de mourir sur une terre étrangère, loin de tout, loin de tous" écrit-il encore dans son carnet de notes intimes.
Son chemin l’emmène à Dresde dans une usine de carton ondulé. En bleu de travail, son ceinturon scout comme discret signe de reconnaissance, Pierre connaît de pénibles conditions de travail et profite de la nuit pour assurer son ministère. 800.000 Français sont partis au STO. En envoyant secrètement parmi eux quelques prêtres afin de leur donner le secours et la force des sacrements, l’Église remplit l’une de ses plus belles missions : consoler. Et au cœur des ténèbres, la lumière continue de briller.

Fidèles jusqu’à la mort
Mais les autorités nazies ne tardent pas à avoir vent de l’existence d’un clergé clandestin. Le 11 septembre, probablement trahi par un mouchard, le père de Porcaro est arrêté par la Gestapo pour "activités catholiques subversives". Avant d’être déporté à Dachau, il affirme à un compagnon de cellule, qui a survécu et qui a témoigné : "J’ai tout avoué aux policiers ; j’en suis très fier !" Il ne faudra pas plus de huit semaines à Dachau pour avoir raison de son corps vigoureux, emporté par une épidémie de typhus. Dans une de ses dernières lettres à Mgr Henri Audrain (1895-1982), évêque auxiliaire de Versailles, il écrivait : "Quoi qu’il arrive, tout se passera dans l’amour."

Ce 13 décembre, Pierre de Porcaro et quarante-neuf autres martyrs tués en haine de la foi sous le régime nazi sont béatifiés à Notre-Dame de Paris. Cette béatification collective est la plus importante célébration de ce type organisée en France. Elle est aussi est très inspirante. D’abord, parce qu’elle mélange différents états de vie. On retrouve ainsi des prêtres — dont Pierre de Porcaro — mais aussi des religieux, des laïcs engagés dans l’Action catholique et des chefs scouts.
Résistants spirituels
Elle est également source d’enseignement en cette année où l’on commémore le 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ces hommes sont les témoins des droits de la personne humaine écrasée par un pouvoir totalitaire. Bien sûr, il y a eu entre 1939 et 1945 une résistance armée qui a eu ses héros et ses martyrs. Quand un projet veut détruire l’homme, on peut et on doit résister. Mais Porcaro et ses "compagnons" sont les témoins d’une autre forme de résistance face au paganisme nazi, au mythe de la race supérieure, à la dégradation programmée de l’homme. Ils ont pris les armes, dans un autre domaine, une autre dimension. Ils sont des résistants d’un autre type : des résistants spirituels.
Célébrations dans le diocèse de Versailles
Le souvenir du père Pierre de Porcaro est encore très présent dans son diocèse d’origine. Le séminaire de Versailles est ainsi placé sous son patronage. À Saint-Germain en Laye — sa paroisse — une place porte son nom ainsi que le groupe scout dont il était l’aumônier. Dans l’église, on peut aussi voir le ceinturon scout qu’il portait à Dresde ainsi que son calice. Le dimanche 14 décembre, une messe d’action de grâce est présidée par Mgr Crépy, évêque de Versailles, en présence des autorités civiles et militaires. Une nouvelle statue sera inaugurée ainsi qu’une exposition sur la vie du nouveau bienheureux. Dans la préface d’un ouvrage sur le Père de Porcaro, l’actuel évêque de Versailles souligne : "Nous n’aurons probablement pas à vivre tout ce qu’il a vécu, mais nous sommes tous invités — comme lui — à espérer, servir et aimer."

Pratique :

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