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Le Venezuela s'apprête-t-il à imiter le Nicaragua dans le traitement infligé à l'Église catholique ? À en croire le récent incident subi par le cardinal Baltazar Porras, archevêque émérite de Caracas, cela pourrait bien être le cas. Dans un communiqué publié par le cardinal lui-même sur les réseaux sociaux et repris par l'archidiocèse, Mgr Porras affirme que la police de l'immigration vénézuélienne lui a confisqué et annulé son passeport alors qu'il s'apprêtait à se rendre à Bogotá depuis l'aéroport international Simón Bolívar de Maiquetía le 10 décembre.
Mgr Porras, âgé de 81 ans, devait se rendre en Espagne afin "d'honorer des engagements ecclésiaux", à savoir la cérémonie solennelle de son investiture comme protecteur spirituel de l'Ordre de Saint-Lazare, ordre chevaleresque et hospitalier fondée au début du XIIᵉ siècle à Jérusalem. Mais au moment des contrôles, les vérifications ont pris un temps interminable, explique l'évêque. La police de l'immigration l'a informé qu'il était enregistré comme décédé dans le système d'identification . De plus, le cardinal a rapporté avoir été suivi jusque dans les toilettes par les soldats qui l'ont finalement empêché de voyager.
"Bien que Son Éminence ait présenté son passeport de l’État de la Cité du Vatican, délivré en vertu de sa dignité de cardinal et des prérogatives diplomatiques qui lui sont conférées en tant que prince de l’Église catholique, l’embarquement lui a été refusé", s'indigne de son côté l'Ordre de Saint-Lazare, qui fustige le "traitement humiliant" subi par le cardinal, "notamment la fouille de ses effets personnels et de ses vêtements, effectuée par des chiens renifleurs de drogue, tandis que ses bagages étaient retirés de l’avion". Dénonçant une "violation flagrante" du droit international et de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, l'Ordre a déposé plainte auprès du Secrétariat d’État du Vatican, demandant qu’il transmette une "protestation formelle aux autorités vénézuéliennes pour violation des prérogatives diplomatiques de Son Éminence le Cardinal Baltazar Porras". Plusieurs voix internationales ont protesté, à l’instar du président colombien Gustavo Petro qui a déploré un manque de démocratie et critiqué la "répression" du gouvernement du pays voisin.
"La force réside dans la faiblesse de la crèche"
"C’est quelque chose qui fait mal, car cela porte atteinte aux droits que nous avons comme citoyens", déclare Mgr Porras. Le cardinal appelle néanmoins à garder l'espérance en cette période d'attente de Noël : "Nous sommes dans le temps de Noël. La force réside dans la faiblesse de la crèche, dans la fragilité de la vérité qui se construit dans la paix, sans violences ni abus. L’espérance passe par le travail ensemble pour le bien de tous, principalement pour les exclus", poursuit-il.
La prise pour cible de Mgr Porras n'a rien d'étonnant. En octobre, alors que l'Église catholique venait de canoniser deux saints vénézuéliens dont José Gregorio Hernández, la messe d'action de grâces prévue à Caracas avait ainsi été annulée après une passe d'armes entre Nicolás Maduro et le cardinal et l'ancien archevêque. Critique du pouvoir en place, ce dernier ainsi dénoncé à de multiples reprises la situation "moralement inacceptable" du Venezuela.
Dans ce pays d'Amérique latine, la tension entre l’Église catholique et le pouvoir ne faiblit pas. Si le Venezuela est un pays historiquement catholique, les relations entre les deux acteurs sont de plus en plus houleuses depuis l’accession au pouvoir de Hugo Chávez en 1999, auquel a succédé Nicolás Maduro. Le projet chaviste, fondé sur une idéologie bolivarienne d’inspiration socialiste et volontiers marquée par des références marxistes, s’est construit en opposition à diverses institutions perçues comme conservatrices, parmi lesquelles l’Église catholique. Les autorités n’hésitent pas à accuser régulièrement les évêques de soutenir l’opposition ou de défendre les intérêts des classes aisées. De son côté, la Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) a constamment dénoncé, au fil des années, l’autoritarisme croissant du régime, la répression contre les mouvements sociaux ainsi que la profonde crise humanitaire qui touche la population, caractérisée par les pénuries, l’effondrement économique, la pauvreté et l’exode de citoyens.









