La première exhortation du pape Léon XIV, Dilexi te, pose des mots sur un itinéraire spirituel auprès des plus pauvres. Pour ceux qui commencent, comme pour ceux qui pensent être arrivés, cette lettre est une correction paternelle : un examen de conscience et un appel à avancer.
1Sortir de l’indifférence, de la peur et du rejet
Puisque nous baignons dans "une culture qui rejette les autres sans même s’en rendre compte" (Dilexi te, 11), il faut ouvrir les yeux et prendre conscience de notre situation. Et Léon XIV de s’interroger : "Je me demande souvent pourquoi, malgré cette clarté des Écritures à propos des pauvres, beaucoup continuent à penser qu’ils peuvent tranquillement les exclure de leurs préoccupations" (n. 23) même s’il reconnaît que "ce n’est pas facile" (n. 110) !
2Prendre soin des plus petits

Aux catholiques qui pensent que la charité ne serait qu’une affaire personnelle, laissant le libéralisme réguler les injustices, le Pape rappelle l’importance d’une conversion globale, d’un changement structurel pour la société, de son souhait de plus de "justice sociale".
Aux catholiques qui pensent que la charité ne serait qu’une affaire politique, une responsabilité de l’État, Léon XIV appelle à la rencontre personnelle, "à s’arrêter et à regarder la personne pauvre en face, à la toucher et à partager avec elle quelque chose de soi-même" (n. 116). À tous, il redit que l’option préférentielle pour les plus pauvres est le choix de Dieu lui-même, et devrait être celui de l’Église, comme en témoignent des pans entiers de son histoire.
3Une question de famille
Il faut quitter l’idée d’une relation verticale, hiérarchique, supérieure d’un riche qui se pencherait sur un pauvre, pour entrer dans une invitation à devenir des amis (le mot est écrit vingt fois). On y retrouve ici l’influence latino-américaine des papes François et Léon, et la force du texte des évêques réunis à Aparecida, en 2007 : "C’est seulement la fréquentation des pauvres qui fait que nous devenons leurs amis."
Il ne s’agit pas d’ailleurs de devenir seulement des amis, que l’on choisit, mais des frères que l’on reçoit (le mot "frère" revient, lui, vingt-six fois) : "Les pauvres ne sont pas un problème à résoudre, mais des frères et sœurs à accueillir" (n. 56). C’est précisément ce que le pape Léon XIV nous a dit, en langue française, au seuil du déjeuner qu’il offrit à 1300 pauvres dans les jardins du Vatican, le 16 novembre 2025 : "La fraternité, oui… c’est la vie !"
4Les pauvres, "maîtres d’Évangile"
Il faut quitter cette relation horizontale et s’abaisser davantage ! Bien sûr, il faut annoncer le Christ aux plus pauvres et "la pire discrimination dont souffrent les pauvres est le manque d’attention spirituelle" (n. 114), mais en vérité, "c’est une expérience surprenante attestée par la tradition chrétienne et qui devient un véritable tournant dans notre vie personnelle, quand nous nous rendons compte que ce sont précisément les pauvres qui nous évangélisent" (n. 109), d’autant que "la réalité se voit mieux à partir des marges et que les pauvres sont dotés d’une intelligence particulière, indispensable à l’Église et à l’humanité" (n. 82).
5 S’approcher de la chair du Christ

"Les pauvres ne sont pas une catégorie sociologique, mais la chair même du Christ." Il nous faut donc nous approcher d’eux avec le cœur à genoux, comme on le ferait devant le Saint Sacrement, ainsi que Saint Jean Chrysostome le dit : "Veux-tu honorer le corps du Christ ? Ne le méprise pas lorsqu’il est nu, pendant qu’ici tu l’honores par des étoffes de soie." C’est au fond l’actualisation dans toute l’histoire de l’Église de l’Évangile de Matthieu XXV : "J’avais faim et soif, j’étais malade ou en prison, nu ou étranger…. Et c’était Moi !" Et le pape Léon de faire le parallèle entre la promesse de Jésus : "Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps" et "les pauvres, vous les aurez toujours avec vous" (n. 5) !
6Donner, encore aujourd’hui
Mais le Pape ne nous laisse pas dans une mystique désincarnée : "Rester dans le monde des idées et des discussions, sans gestes personnels, fréquents et sincères, sera la ruine de nos rêves les plus précieux."
Et Léon, de conclure par l’aumône (n. 115) ! La vérité de ton engagement se mesure peut-être par ce que tu donnes aux plus pauvres, car l’aumône est « rétablissement de la justice, et non un geste paternaliste » (saint Augustin), elle peut "détruire les péchés du passé" (n. 46), elle est enfin "l’aile de la prière. Si donc tu ne donnes pas une aile à ta prière, elle ne vole pas" (saint Jean Chrysostome).
7"Je t’ai aimé"

Le Pape achève sa lettre par son titre. Il reformule toutes étapes de nos itinéraires avec les plus pauvres pour en redire le but : "Que ce soit par votre travail, votre lutte pour changer les structures sociales injustes, ou encore par ce geste d’aide simple, très personnel et proche, il sera possible pour ce pauvre de sentir que les paroles de Jésus s’adressent à lui : "Je t’ai aimé" (Ap 3, 9)" (n. 121).Il ne s’agit pas tant de déclarer notre amour au Bon Dieu, ni à ses pauvres… Mais nos actions pour les pauvres sont le chemin que Dieu prend pour leur dire : "Je t’aime". Voilà le secret de Dilexi te : Dieu déclare sa flamme aux plus pauvres, par nous. Il faut que ça brûle !

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