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Guadalupe, le jour où Marie a voulu être “avec nous”

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Dominique Le Tourneau - publié le 11/12/25
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Il y a près de 500 ans, du 9 au 12 décembre 1531, ont lieu les apparitions de Notre-Dame de Guadalupe. Auteur du "Dictionnaire encyclopédique de Marie" (DDB), Mgr Dominique Le Tourneau décrypte son message spirituel et théologique. Marie se présente comme "Mère de miséricorde", un vocable apparu en France… au XIe siècle.

Le 9 décembre 1531 pouvait être un jour comme un autre. La Providence divine en avait décidé autrement. Elle dépêcha la Mère de son Fils sur la terre du Mexique, conquise depuis dix ans par les Espagnols, en un lieu appelé Tlatelolco. Comme souvent, elle apparaît à un homme simple, âgé déjà de 57 ans, Juan Diego Cuauhtlatoatzin, que saint Jean Paul II a canonisé en 2002, en présence de la plus grande concentration humaine jamais réunie : vingt millions de Mexicains massés tout au long du parcours et sur le lieu de la célébration ! Une fois de plus, Dieu choisit ce qu’il y a de faible dans le monde pour confondre les forts… (1 Co 1, 27).

Mère de Miséricorde

Juan se rendait à l’église pour, comme il le dit lui-même à la Sainte Vierge qui lui a demandé où il allait, "poursuivre les choses divines qui nous sont enseignées et données par nos prêtres et nos délégués et Notre Seigneur". Marie lui demande qu’un sanctuaire soit élevé rapidement là où ils se trouvent afin "de vous montrer et vous donner tout mon amour, ma compassion, mon aide et ma protection, parce que je suis votre mère miséricordieuse, à vous, à tous les habitants de cette terre, et à tous ceux qui m’aiment, m’invoquent et ont confiance en moi".

Le premier élément que nous pouvons retirer du début de ce message marial est que Notre Dame met en avant son rôle maternel envers ses enfants que nous sommes. C’est parce qu’elle est "Mère de miséricorde" qu’elle intervient dans l’histoire des hommes. Elle se dit prête à écouter les lamentations de ceux qui l’imploreront en ce lieu, et de remédier à leurs misères, leurs détresses et leurs peines.

Une signification théologique profonde

Marie se manifeste donc non seulement en tant que Mère, dans l’exercice de la maternité spirituelle que son Fils lui a confiée au Golgotha, mais dans une de ses fonctions spéciales, celle de Mère de miséricorde. Ce titre marial est né à l’abbaye de Cluny, au Xe siècle. Saint Odon avait converti un voleur, qui entra à l’abbaye. Au moment de mourir, il eut une vision de la Sainte Vierge lui révélant en lettres d’or ce titre de "Mère de la miséricorde". Ce titre manifeste d’une façon toute particulière la tendresse de Marie envers ceux qui souffrent et se tournent vers elle.

Il renferme à vrai dire une signification théologique profonde. Il exprime en effet la préparation particulière de l’âme de la Vierge Marie, de tout son être, qui la rend capable de découvrir, d’abord à travers les événements complexes d’Israël, puis à travers ceux qui concernent chaque homme pris individuellement et l’humanité tout entière, cette miséricorde dont tous participent de "génération en génération" (Lc 1, 50), comme Zacharie le proclame à la naissance de son fils Jean, le futur Baptiste.

Comme Dieu, elle propose

Dans les paroles que Marie adresse à Juan Diego, nous sentons son cœur vibrer à la simple pensée des difficultés et des souffrances auxquels ses enfants peuvent être confrontés, et son désir ardent de voler à leur secours. À une condition toutefois : qu’ils le veulent bien. Pas plus que Dieu, la Vierge Marie ne s’impose ni ne nous force à faire quelque chose que nous ne voudrions pas. Comme Dieu, elle propose. Elle manifeste sa disponibilité. Elle sort à notre rencontre, ce qui est manifeste avec ses apparitions. Mais, comme elle le dit à saint Juan Diego, elle est prête à déverser toutes sortes de grâces, pourvu que l’on vienne dans le sanctuaire, dont elle demande la construction, pour les lui demander humblement. Les fruits ne tarderont pas à venir et en dix ans, sept à huit millions d’Indiens se convertissent au christianisme !

À Noël, Marie met au monde l’Emmanuel, c’est-à-dire "Dieu avec nous". Nous voyons ici — comme dans toutes les apparitions de la Sainte Vierge — que la très Sainte Trinité veut que Marie soit aussi "avec nous". Et le peuple chrétien lui-même s’adresse à elle en lui demandant : Monstra te esse Matrem — "Manifestez-vous en tant que mère, montrez-vous comme notre mère." C’est ce qu’elle fait à Guadalupe. Et le peuple mexicain répond avec enthousiasme : en 2015, la seule ville de Mexico comptait 437 églises, chapelles et oratoires au titre de Notre-Dame de Guadalupe. L’on se souvient que les cristeros mouraient sous les balles des anticatholiques au cri de "Vive le Christ Roi et la Vierge de Guadalupe".

Être accueillie comme mère

Marie a demandé que l’on aille à elle pour recevoir toutes sortes de bénédictions. Son divin Fils avait dit : "Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos." Marie reprend cette invitation à son compte. Elle a été entendue. Et Notre-Dame de Guadalupe est devenue la Reine du Mexique et l’Impératrice des Amériques. À Guadalupe, nous n’avons pas un appel à la conversion, comme à La Salette, ni une demande de réciter une prière déterminée, comme le chapelet à Lourdes, ni une intention précise, comme prier pour la France à l’Île-Bouchard. Marie est notre maman du ciel. Elle demande tout simplement d’être accueillie comme telle pour répandre les faveurs célestes comme une brassée de roses.

Pratique :

Dictionnaire encyclopédique de Marie, DDB, 2015, 1480 pages, 39 euros.

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