L’ambiance était froide à Washington. Pas de grandes embrassades, pas d’accolade. Le fossé séparant la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda est loin d’être comblé. Nul pardon, nul oubli, d’autant que les armes continuent de tirer. Entre les deux présidents, Paul Kagamé et Félix Tshisekedi, la rancœur est tenace. Mais, malgré cela, un accord de paix a été conclu le 4 décembre entre les deux pays, sous l’égide des États-Unis. Un accord qui signe, enfin, un mince espoir pour mettre un terme à la tragédie du Kivu, cette région qui borde le Rwanda et la RDC, et que se disputent les deux pays par milices interposées. Des milliers de morts, de blessés, de déplacés, des exactions en série depuis plusieurs années.
Sous l’égide de Donald Trump
Soyons clair : rien n’est réglé. Une signature est une chose, un adieu aux armes en est une autre. Mais alors que ce conflit semblait sans solution et destiné à durer éternellement, cet accord, même précaire, vient briser le cycle de la haine et de la guerre et démontrer que la paix, y compris dans les Grands Lacs, est possible. C’est un pas courageux accompli par les deux chefs d’État, c’est un soulagement pour les populations civiles, même s’il reste beaucoup à faire.
C’est bien aux États-Unis que l’accord fut signé ; pas à Paris. Preuve, une nouvelle fois, du recul de la France en Afrique et de l’immixtion américaine. Un an de négociations pour aboutir aux trois accords signés le 4 décembre dernier, en présence de Donald Trump et de plusieurs dirigeants de l’Afrique de l’Est. Un Donald Trump tout sourire qui pourra ainsi revendiquer le nouveau règlement d’un conflit, et demander un prix Nobel qui lui échappe. Un accord qui est marqué du sceau du business et de l’influence des grandes compagnies américaines. Parmi les États présents à Washington, outre les voisins africains, les ministres d’État du Qatar et des Émirats. Signe que ces pays du Golfe s’intéressent à l’Afrique de l’Est, dont les ports donnent sur l’océan Indien et dont ils espèrent capter une partie des investissements.
Opportunités économiques
La paix peut s’établir autour du commerce et plus exactement des immenses promesses des mines du Kivu, qui fournissent or, cobalt et étain, autant de matériaux indispensables à l’industrie d’aujourd'hui. Pour les Américains, il y a urgence à faire cesser les armes pour pouvoir s’installer dans cette région, signer de juteux contrats et développer leurs activités. Une attitude revendiquée par Donald Trump qui porte toujours un regard de commerçant sur son action politique. Il fut très transparent face à la presse : c’est bien d’opportunités économiques dont il s’agit. "Il y a une richesse immense dans cette terre magnifique", a ainsi souligné le président américain. C’est pourquoi l’accord comprend trois volets, un politique, sur l’arrêt des combats, et deux économiques, sur les opportunités qui s’ouvrent.
Le président américain a ainsi promis d’envoyer "de grandes entreprises américaines dans les deux pays. Nous allons extraire certaines des terres rares et payer. Tout le monde va gagner beaucoup d’argent". Et surtout les entreprises minières américaines. Donald Trump n’a pas de scrupule : la diplomatie des États-Unis doit être mise au service "des opportunités pour le secteur privé américain". Le communiqué officiel de la Maison-Blanche ne fait pas mystère de ce volet économique, qui est abondamment mis en avant : "La RDC et le Rwanda ont signé le Cadre d’intégration économique régionale (REIF), une initiative bilatérale novatrice qui libère le vaste potentiel économique de la région des Grands Lacs et crée des opportunités pour le secteur privé américain." Business avant tout. Si cela doit permettre le silence des armes et le développement de la région, ce sera une bonne chose. Mais la tâche est encore immense.
Et sous l’égide de Marie
Les papes François et Léon XIV ont chacun beaucoup parlé du Kivu et la diplomatie pontificale s’est beaucoup activée pour aider à trouver une solution de paix. Au Congo, l’influence des évêques est grande, même si l’opposition au Rwanda empêche parfois le dialogue. Toujours est-il que c’est aussi sous l’égide de Marie et de la prière que les communautés catholiques congolaises ont placé ces négociations de paix. De même au Rwanda, où le jubilé de l’évangélisation s’est achevé le samedi 6 décembre, deux jours après la signature de l’accord. La paix était l’une des demandes de ce jubilé : paix intérieure, pour réconcilier la population rwandaise, après le génocide de 1994, paix extérieure, pour trouver une solution au Kivu. Le père Vedaste Kayisabe, secrétaire général de la conférence épiscopale du Rwanda, a déclaré que "c'est une occasion pour prier ensemble pour l’avènement de la paix de Dieu dans la région des Grands Lacs". Un jubilé où étaient présents de nombreux évêques de la région, y compris du Congo. Preuve qu’à défaut de paix ferme au Kivu, la prière peut réunir les hommes de chaque côté de la frontière et abattre les murs.










