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Martyrs du nazisme béatifiés : “La confiance qu’ils avaient dans le Christ nous oblige”

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Prisonniers français assistant à une messe à Dachau après la libération du camp, 29 avril 1945.

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Louis de La Houplière - publié le 10/12/25
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À l’occasion de la béatification de 50 Français victimes de la persécution nazie ce 13 décembre, Guillaume Zeller, auteur de "La baraque des prêtres : Dachau, 1938-1945" (Tallandier), revient sur ces figures missionnaires dotées d’un grand courage, dont notre époque ferait bien de s’inspirer.

Ils étaient prêtres, séminaristes, scouts ou fidèles laïcs, et rejoignent ce 13 décembre la longue liste de ces figures catholiques inspirantes, béatifiées. Leur point commun ? Tous, à travers leur engagement durant la Seconde Guerre mondiale, étaient conscients du "sacrifice" qu’ils offraient, pour ne pas abandonner les travailleurs français envoyés en Allemagne. Ces missionnaires ont pris des risques en annonçant le Christ dans des conditions inédites, jusque dans l’univers concentrationnaire où la plupart y ont perdu la vie. Dans son livre La baraque des prêtres (Tallandier), Guillaume Zeller s’arrête notamment sur deux figures, les pères Victor Dillard et Pierre de Porcaro, morts à Dachau en restant jusqu’au bout fidèles à leur apostolat.

Aleteia : Vous avez longuement étudié le destin de plusieurs prêtres béatifiés ce 13 décembre, envoyés auprès des travailleurs français en Allemagne et morts en déportation. Pourquoi leur béatification est-elle un événement pour l’Église ?
Guillaume Zeller : Historiquement, cela signifie une reconnaissance de leur sacrifice, que je trouve très actuel aujourd’hui. Leur courage ne doit pas être oublié et doit nous interroger. Mon livre, publié tout juste 70 ans après la libération de Dachau, s’arrête en effet sur les pères Victor Dillard et Pierre de Porcaro, tous deux assassinés en camp de concentration et faisant partie de ces 50 futurs béatifiés. Je suis très sensible à ces deux grandes figures et surtout au récit de leurs derniers jours. Ils ont été admirables jusqu’au bout. Aumôniers clandestins en Allemagne, ils s’enchâssaient dans cet immense groupe de prêtres déportés pour résistance active face à l’Allemagne nazie ou pour des raisons politiques ou simplement religieuses. Deux prêtres parmi 2.720 autres, dont 1.034 y laisseront la vie.

Quels traits communs avez-vous repérés chez ces prêtres et laïcs qui ont, volontairement ou non, donné leur vie durant leur mission ?
La spécificité de ces 50 martyrs du STO, qui n’étaient pas tous des prêtres, est justement la dimension volontaire de leur sacrifice. Ils sont entrés clandestinement auprès des travailleurs, conscients du sacrifice qu’ils allaient faire. De ce que l’on rapporte du père Pierre de Porcaro, on sent qu’il allait vers son propre Golgotha. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Bien avant la guerre et le lancement de la "Mission Saint Paul" en 1943 par l’abbé Jean Rodhain, l’Église est consciente que les couches populaires commençaient à lui échapper. À l’époque, on s’inquiète beaucoup et les autorités religieuses publient un livre, France, terre de mission, pour alerter justement sur cette déchristianisation de certaines couches populaires. Séminaristes et prêtres prennent conscience de la situation. D’où le départ de nombre d’entre eux, à partir de 1943, pour se tenir aux côtés des travailleurs envoyés en Allemagne. Il était alors indispensable d’apporter les sacrements et une présence chrétienne dans des lieux où les nazis ont voulu l’enlever.

Ils avaient un zèle missionnaire de proximité inouï et très concret. Que dire de leur courage, à tous et de leur solidarité sans faille ?

Mais à partir de décembre, les choses se gâtent : conscients de cette clandestinité, les Allemands publient un décret qui donne l’ordre de leur arrestation, et donc à leur déportation. Tous étaient conscients de cela, et beaucoup ont été dénoncés. Mais ils étaient animés de ce souci irrépressible d’apporter une assistance chrétienne à ceux qui étaient éloignés de l’Église. Ils avaient un zèle missionnaire de proximité inouï et très concret. Que dire de leur courage, à tous et de leur solidarité sans faille ? Dans le cadre de mon étude sur Dachau, je n’ai pas vu un seul prêtre qui s’effondre, qui trahit ses frères, qui fait des concessions avec les nazis. Ils étaient ensemble, avaient le latin en commun et ont pu garder une cohérence, unis par le sacerdoce.

Quelle figure issue de vos travaux vous semble particulièrement emblématique de cette “sainteté dans l’enfer des camps” ?
Plusieurs m’ont particulièrement marqué. Je pense d’abord à Mgr Michel Kozal, Polonais et béatifié. Il a su tenir son rang d’évêque dans des circonstances effrayantes. C’est très impressionnant. J’ai beaucoup aimé me plonger dans la vie de Mgr Gabriel Piguet, qui a soutenu des caches de juifs dans son diocèse de Clermont-Ferrand jusqu’à son arrestation. À Dachau, il a été un acteur central d’un événement inédit : il a ordonné le père Karl Leinster au cœur même du camp, au cours d’une cérémonie émouvante. Je pense évidemment aussi au père Pierre de Porcaro, doté d’un fort caractère, disposé au sacrifice et qui l’a accompli sans trembler. Et puis à ce jeune routier, Joël Anglès d’Auriac, qui a écrit un texte bouleversant, alors qu’il allait être décapité le lendemain. Leur engagement sans faille, la confiance qu’ils avaient dans le Christ, nous obligent. Ils étaient complètement animés de cet esprit de résistance spirituelle, une résistance non violente par essence, mais qui est entière. La persécution est consubstantielle au catholicisme, mais ils n’ont pas courbé l’échine. Comment ne pas y voir un lien évident avec ces milliers de chrétiens persécutés aujourd’hui à travers le monde ? Plus que jamais, la mémoire de ces 50 martyrs béatifiés doit réconcilier les chrétiens avec cette fraternité universelle que le Christ nous a laissée.

La baraque des prêtres : Dachau, 1938 - 1945, Guillaume Zeller, Texto, janvier 2024.
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