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“J’ai pleuré” : au cœur de l’Avent, le retour en grâce des messes à la bougie

"J’ai pleuré" : pourquoi les messes de l’aurore connaissent un véritable succès

Une messe de l'aurore dans l'église Saint-Sulpice, à Paris.

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Louis de La Houplière - publié le 10/12/25
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De nombreux fidèles en France, désireux de se nourrir spirituellement durant cette longue période de l’Avent, se rendent à des messes à la bougie, aussi appelées messes Rorate. Des moments hors du temps, dans le silence et l’obscurité, qui connaissent un véritable succès.

Jeudi 4 décembre, 7h. Dans l’église Notre-Dame des Champs (VIe arrondissement de Paris) encore plongée dans une quasi-totale obscurité, des petites grappes de choristes arrivent au compte-goutte et tentent de réveiller leurs voix endormies. Les sacristains se hâtent d’allumer des lumignons, parfaitement alignés, pour sortir l’édifice de la nuit. Les fidèles arrivent à leur tour, brandissant les mêmes cierges que ceux utilisés dans les processions mariales. La plupart ont avancé leur réveil d’une heure, pour participer à ces messes Rorate, c'est-à-dire à la bougie, si spéciales de l’Avent, généralement célébrées très tôt le matin. "C’est un moment à part", sourit Hélène, venue chanter avec sa chorale. "C’est un bon moyen de s’investir concrètement dans cette période, d’y mettre plus de sens."

D’où vient cette pratique, qui semble en hausse chez les catholiques français ? L’usage, qui vient des pays allemands, est de célébrer la messe Rorate avant le lever du soleil, à la seule lueur des bougies. Historiquement, les fidèles se rendaient à l’église, une lanterne à la main, malgré le froid hivernal. "Ça veut dire quoi Rorate ?" "Je voudrais comprendre le sens de la messe aux bougies", demandent plusieurs curieux en commentaires, sous des publications de paroisses invitant sur les réseaux leurs fidèles à se rendre à ces messes. Le nom Rorate vient de l’introït grégorien chanté au début de la messe : "Cieux, répandez votre rosée, et que les nuées fassent pleuvoir le Juste." Concrètement, "c’est un temps fort de prière et de recueillement, pour illuminer nos cœurs dans l’attente de Noël", précise une paroisse.

L’événement, du fait de son côté "extraordinaire", attire. "Entre l’heure matinale, la nuit dehors, les lueurs vacillantes des bougies, l’orgue, les chants, c’était magnifique", résume Myriam, une fidèle installée en Suisse. "Ce matin, j’avais une centaine de fidèles devant moi, dont la moitié étaient des jeunes", confirme le père Vincent Breynaert, curé des paroisses Saint-Mandé et Saint-Louis de Vincennes. Pour une jeune fille, au milieu d’un groupe de non-baptisés, de catéchumènes et de néophytes, c’était même sa première messe." "C’était génial !", lui a-t-elle dit. Marion, jeune active à Paris, s’est rendue ce 10 décembre à l’église Saint-Sulpice (VIe arrondissement). "On était tellement à y aller dans ma rame de métro ! Et dehors, on retrouve une énorme foule qui se dirige vers l’église. C’est beau de voir cet engouement, on devait être quelques centaines de jeunes. Il y avait presque de l’attente pour rentrer." Louis, trentenaire habitant à Lyon, s’y est rendu il y a quelques jours "car c’est un réel effort pour moi de me lever le matin". Pour lui, "faire des sacrifices pour Dieu prépare toujours mieux à recevoir sa grâce".

"J’ai pleuré" : pourquoi les messes de l’aurore connaissent un véritable succès
Une messe à la bougie célébrée à Notre-Dame des Champs.

L’intimité de la crèche

Qu’est-ce qui fait que ces fidèles écourtent leur nuit pour retrouver les bancs froids des églises ? Incontestablement, "l’esthétique", admet Marion. "Il y a quelque chose d’un clair/obscur avec les bougies", reconnaît le père Gaël Raucoules, curé de la paroisse Saint-Michel à Gaillac. "Avec ce jeu de lumière naturelle, on retrouve le côté intimiste de la crèche." "Rien ne met mieux en avant le temps de l’attente de la Nativité que ces messes à la bougie, dans la nuit, où l’on attend ensemble, dans la joie, la venue du Christ", s’enthousiasme Louis. "Je crois que c’est l’un des moments que je préfère dans l’Avent : tout est silencieux, fragile, lumineux", témoigne une fidèle de l’église de l’Immaculée Conception, à Béziers. "On y fait l’expérience de la joie communautaire, acquiesce le père Vincent. C’est le peuple de Dieu qui se retrouve dans l’obscurité et la sobriété pour faire une étape ensemble dans la joie de Noël." "Ça réveille quelque chose, on n’est pas seul", abonde Marion. "C’est une vieille tradition et on la retrouve aujourd’hui, reprend le père Vincent Breynaert. La fête de Noël est belle quand elle se prépare. Ces messes font partie de ces petites choses qui nous sortent de notre quotidien. On a besoin de donner du rythme à nos vies spirituelles. Ce petit sacrifice d’une heure de sommeil en moins est ce dont notre âme a besoin pour se mettre en route."

"Consacrer" sa journée

Immanquablement, les jeunes, qui s’étaient largement déplacés pour la messe des cendres en 2025, "sont extrêmement présents" dans ces messes "intergénérationnelles", rappelle tout de même le prêtre basé à Vincennes. Il a croisé au cours d’une de ces messes un jeune qui voulait "consacrer" sa journée à Dieu, alors qu’un galop d’essai l’attendait à la Sorbonne en début de matinée. "Il y a ce côté attrayant et fascinant qui plaît aux jeunes", analyse le père Gaël de Raucoules. Il y a quelques années, alors aumônier dans un établissement scolaire d’Albi, il avait expérimenté avec les élèves et les professeurs ces messes de l’aurore. "Il y avait plus de monde que d’habitude. Beaucoup voulaient voir ce que c’était", remarque-t-il. "La foi est sensorielle. Nos sens ont besoin d’être touchés et cette génération, qui veut retrouver du beau et de la transcendance, l’exprime particulièrement."

Le soleil transperce les vitraux de Notre-Dame des Champs. Les choristes se regroupent à l'issue de la messe dans un café pour partager un petit-déjeuner et vivre un moment convivial. Beaucoup de fidèles se ruent déjà vers leur lieu de travail. "Avec cette messe, tu pars d’un bon pied pour la journée", glisse Marion, qui a l’impression d’y recevoir "beaucoup de grâces". Un sentiment que partage cette fidèle de Béziers, transformée par ce moment : "Comme souvent, j’ai pleuré. Je prie pour les personnes importantes pour moi, pour celles que j'aime, pour celles qui traversent des épreuves. Je me rends compte à quel point Dieu transforme ma vie, jour après jour. Rien à voir avec la vie que j'avais avant. Tout est plus vrai, plus solide, plus doux aussi."

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