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Frère Gérard Cendrier, un franciscain témoin d’espérance dans l’enfer concentrationnaire

Gérard Cendrier

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Raphaëlle Coquebert - publié le 10/12/25
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Samedi 13 décembre, 50 Français vont être béatifiés à Notre-Dame de Paris au titre de martyrs de l'apostolat, victimes de la persécution nazie envers la foi catholique. La messe sera présidée par le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg. Aujourd’hui, c’est le parcours héroïque du franciscain Gérard Cendrier, mort à 25 ans au camp de Buchenwald, qu’Aleteia retrace. (4/5) 

"L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques", assurait Bernanos dans une conférence en décembre 1944. La vie de Gérard Cendrier, franciscain qui se donna pour mission de résister aux barbares nazis avec pour seules armes sa foi et sa bonté, en est une illustration bouleversante et tragique.

Buchenwald, été 1944 : des barbelés à perte de vue, des baraquements sordides, des milliers de prisonniers faméliques flottant dans leur uniforme à rayures verticales grises et blanches, des kapos beuglant des consignes, et tout à coup, vers 9 heures du matin, dans cette atmosphère de désolation sans nom, un kyrie lancé d’une voix claire, bientôt suivi d’un credo. C’est Gérard, franciscain dont l’état monastique est ignoré des SS qui ont procédé à son arrestation. Sa foi ardente, en revanche, n’est un secret pour personne. C’est même le motif de son incarcération, suite au décret nazi du 3 décembre 1943 condamnant la propagande catholique des travailleurs civils français contraints de servir le Reich.

Famille, école, scoutisme : les piliers de sa foi

Cette foi est un héritage familial : dernier d’une fratrie de 7 enfants, Gérard naît à Paris le 16 juin 1920. Deux environnements porteurs affermissent ce précieux legs : le collège Stanislas, où il effectue sa scolarité entre 6 et 17 ans et le scoutisme, qu’il pratique toute sa jeunesse à la VIIIe, unité de scouts de France rattachée à l'église Saint-Jean-Baptiste de La Salle (XVe arrondissement).

Gérard Cendrier
Gérard Cendrier; Classe de seconde; Saint-Charlemagne; Année 1933-1934;

Dans la lignée de ses aïeux juristes, il entame des études de droit à la faculté d’Assas, vite abandonnées pour répondre à l’appel de Dieu. Très pieux, Gérard ne surprend pas son entourage en entrant à 19 ans au noviciat franciscain. Mesurait-il le poids de ses paroles en prenant l’habit : "Que ce soit pour m’unir au Christ de plus en plus jusqu’à mourir avec lui sur la Croix s’Il me le demande un jour" ? À tout le moins, le jeune homme ambitionnait de prendre soin de ses semblables puisqu’il accole à son prénom celui de saint Martin de Tours, célèbre pour avoir donné sa tunique à un mendiant frigorifié. Ceux qui l’ont côtoyé durant ses presque quatre années de vie religieuse confirment qu’il était généreux et toujours prêt à rendre service, fidèle en cela à sa promesse scoute.

Du couvent à la Résistance 

Frère Gérard-Martin met à profit ce temps en communauté pour "intensifier sa vie intérieure". Empêché de rejoindre la résistance anglaise par l’avancée des Allemands, il sait que les circonstances politiques le conduiront peut-être à donner sa vie et s’y prépare dans l’apparente tranquillité des jours passés au sein de sa famille franciscaine : "Ce n’est pas tant l’action immédiate et l’exaltation fiévreuse qui est féconde que l’action et le sens du sacrifice mûrement réfléchi, la force d’âme (…) qui s’appuie (…) sur une volonté vraie de faire la volonté de Dieu telle qu’elle vous apparaît", écrit-il à son frère Jacques en avril 1941.

Fort de ce solide ancrage dans sa foi et ses convictions, le disciple de saint François choisit librement en juin 1943 d’accompagner en Allemagne des jeunes réquisitionnés par le service du travail obligatoire (STO) : avec d’autres frères et prêtres, il met sur pied une aumônerie clandestine Mission Saint-Paul, chargée d’épauler matériellement, médicalement et spirituellement les travailleurs français. Durant plusieurs mois, il se donne sans compter : visite des malades dans une trentaine d’hôpitaux, aide à l’évasion de prisonniers de guerre, transmission d’informations, organisation de loisirs et de temps de prière…

Des fleurs en enfer

Dénoncé, il est arrêté avec ses frères et des membres de l’Action catholique en juillet 1944 et déporté au camp de Buchenwald en septembre. Il est ensuite affecté au kommando de Langenstein-Zwieberge, chargé de la construction d’une usine souterraine. C’est dans cet enfer où gît la civilisation occidentale que se déploie la foi de frère Gérard-Martin et qu’il donne la pleine mesure de sa générosité : on le voit donner sa maigre ration de pain à d’autres et rétorquer à ses amis indignés de le voir ainsi "se suicider" : "François d’Assise, mon Maître, n’aurait pas répondu autrement que je l’ai fait". Il se porte souvent volontaire pour remplacer un camarade épuisé. Il appelle enfin à prier pour le salut de ses bourreaux nazis et à leur pardonner.

Ayant usé ses forces par amour et éclairé les ténèbres de son espérance indélébile, ce lointain cousin de saint Maximilien Kolbe meurt d’épuisement dans la neige le 24 janvier 1945 au soir. Offrant sa vie pour qu’un de ses frères de sang retrouve la foi et pour tous ses frères en humanité : peu de temps auparavant, il avait émis le vœu de "souffrir davantage pour que beaucoup trouvent le Christ sur le chemin de Damas [autrement dit se convertissent, NDRL]".

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