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“Bernard est allé jusqu’au bout de sa foi” : Jean-Pierre Morizot raconte son oncle béatifié ce samedi

Jean-Pierre Morizot, neveu de Bernard Morizot

Jean-Pierre Morizot, neveu de Bernard Morizot

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Hortense Leger - publié le 10/12/25
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Ce 13 décembre, cinquante Français sont béatifiés à Notre-Dame de Paris comme martyrs, victimes de la persécution nazie contre la foi catholique. Parmi eux, le jeune Bernard Morizot, fusillé en 1945 lors d’une marche de la mort, à seulement 21 ans. Son neveu, Jean-Pierre Morizot, revient sur la figure lumineuse de ce garçon discret, aimé de tous, et dont le témoignage de foi au cœur de l’enfer nazi résonne encore aujourd’hui.

À 21 ans, affaibli par la maladie et l’épuisement, Bernard Morizot s’effondre sur une route d’Allemagne, en avril 1945. Béatifié ce 13 décembre 2025 à Notre-Dame de Paris aux côtés de 49 autres hommes, il entre dans la mémoire de l’Église comme martyr de la foi. Aleteia a rencontré son neveu, Jean-Pierre Morizot, qui raconte le portrait d’un jeune homme lumineux, silencieusement présent dans l’histoire familiale.

Aleteia : Que savez-vous de l’histoire de Bernard Morizot, de sa détention et de ses derniers jours ?
Jean-Pierre Morizot :
Je sais ce que mes parents, mes oncles et tantes racontaient : Bernard était un garçon très vivant, aimant les sorties en plein air autour du lac des Settons, au cœur du parc naturel du Morvan, un jeune homme apprécié. À Cologne, où il a été envoyé en 1943 pour répondre au service de travail obligatoire (STO), à 18 ans, sa vie de travailleur était extrêmement dure : bombardements, conditions précaires, nourriture insuffisante. Ses lettres en témoignent : il gardait son humour, son affection pour les siens, sa foi. Il a été arrêté par la Gestapo en juillet 1944 pour avoir participé à des rencontres religieuses clandestines, puis déporté à Buchenwald et transféré au camp de Langenstein-Zwieberge. Lors de la marche de la mort d’avril 1945, affaibli par la maladie et l’épuisement, il n’a plus pu avancer. Malgré les encouragements de ses compagnons et d’un prêtre, l’abbé Lucien Gaben, il s’est effondré. Un SS l’a alors abattu et jeté dans un fossé, à l’âge de 21 ans. Ce même prêtre, qui a survécu, a rapporté ce qui s’était passé. C’est une histoire tragique, mais lumineuse : Bernard est allé jusqu’au bout de sa foi et de son service pour les autres. C’est ce témoignage que l’Église reconnaît aujourd’hui.

Bernard, pour moi, c’était un “grand absent” qui n'existait que dans les évocations de ceux qui l'avaient connu.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris l’annonce de sa béatification ?
Cela a été une grande joie, bien sûr, mais aussi une véritable surprise. Nous avions entendu parler d’une procédure ouverte il y a trente ans, puis plus rien. Un jour, un cousin habitant près d’Avallon, la ville natale de Bernard, a reçu un message d’une paroissienne missionnée pour retrouver la famille Morizot. Comme il n’y a plus de Morizot dans la région, la recherche n’a pas été simple… mais elle a fini par aboutir, et la nouvelle s’est répandue. C’était un moment très émouvant.

Avant cette annonce, quelle place Bernard occupait-il dans votre vie familiale ?
Bernard, pour moi, c’était un “grand absent” qui n'existait que dans les évocations de ceux qui l'avaient connu. J’ai grandi avec l’image de ma grand-mère toujours vêtue de noir, portant sur sa poitrine un petit cadre d’argent contenant la photo de son fils. C’était le seul bijou qu’elle ait jamais porté depuis sa mort. Je voyais aussi dans la chambre familiale les dessins de Bernard : il dessinait très bien. Je savais seulement qu’il était mort en Allemagne. C’était une présence silencieuse, mais constante.

Le fait d’avoir un bienheureux dans votre famille suscite-t-il une émotion particulière ?
C’est quelque chose de totalement inhabituel. Je me suis senti honoré, touché, profondément ému… Je n’ai pas vraiment les mots. Aujourd’hui, je me dis que je vais pouvoir prier Bernard. Jusqu’ici, il appartenait à notre histoire familiale ; désormais, il devient quelqu’un à qui je pourrai demander d’intercéder pour nous.

En quoi la figure de Bernard peut-elle parler aux jeunes d’aujourd’hui ?
Sa béatification, en elle-même, est un signe fort. Elle montre ce qu’est le martyre : aller jusqu’au bout de ses forces, de son engagement, de sa fidélité. Bernard était un jeune homme vivant, joyeux, sportif, apprécié de tous. Envoyé au STO, il a cherché à rester lui-même et à aider les autres, en se réunissant avec d’autres catholiques malgré les interdits. C’est cet engagement spirituel qui l’a fait arrêter “en haine de la foi”. Aller jusqu’au bout de la charité fraternelle et de la foi, même dans l’épreuve, c’est un exemple dont les jeunes peuvent vraiment s’inspirer.

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