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À l’hôpital Jean-Solinhac, une chapelle centenaire en quête d’un nouveau souffle

Chapelle_de_lhopital_Jean_Solinhac_dEspalion

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Hortense Leger - publié le 10/12/25
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<em>Au centre de l’hôpital Jean-Solinhac d’Espalion, en Aveyron, une chapelle centenaire continue d’accueillir prières, silences et larmes. Construite en 1906, discrète et sobre, elle demeure un refuge spirituel essentiel pour les patients, les familles et les soignants. Fragilisée par le temps et difficilement accessible, elle est mise à l’honneur le 11 décembre à Paris, à l’occasion de la remise du premier Prix du patrimoine hospitalier décerné par la Fondation française de l’Ordre de Malte.</em>

Nichée au centre même du bâtiment hospitalier, la chapelle de l’hôpital Jean-Solinhac ne frappe ni par sa taille ni par son décor mais par ce qu’elle permet : se recueillir quand la maladie bouleverse, prier quand l’angoisse monte, faire silence après une nouvelle douloureuse. Ce jeudi 11 décembre 2025, elle reçoit le tout premier Prix du patrimoine hospitalier décerné par la Fondation française de l’Ordre de Malte. Mais à Espalion, dans l’Aveyron, elle est depuis longtemps reconnue pour ce qu’elle apporte, bien au-delà des murs de l’hôpital.

Un lieu vivant et aimé des patients

Depuis plus d’un siècle, la chapelle accompagne la vie de l’établissement. À l’origine, elle occupait une place centrale dans le plan architectural : deux ailes, l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes, convergeaient vers elle. "Même depuis les étages, les patients pouvaient assister aux offices", rappelle Marielle Bonnefous, aumônière de l’hôpital depuis 2023. Au début du XXe siècle, une grande partie du personnel soignant était composée de religieuses, et la chapelle constituait le cœur spirituel de l’hospice. Aujourd’hui encore, malgré l’agrandissement de l’hôpital et la transformation de certains bâtiments, le lieu n’a jamais cessé de vivre. Les grandes fêtes liturgiques (Noël, Pâques…) y sont toujours célébrées. Des temps de prière y sont régulièrement proposés. "Dès qu’on y organise quelque chose, les patients et les résidents sont heureux. L’autre jour, pour prier autour de la crèche, ils étaient vraiment contents d’y venir.", confie l’aumônière. Un bienfait discret, mais réel, pour les malades comme pour ceux qui les accompagnent.

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Chapelle de l'hôpital Jean Solinhac

Notre-Dame la Négrette, une présence mariale qui touche

Pourtant, la chapelle est fragilisée. Des infiltrations d’eau ont entraîné des dégradations importantes, et aucun chantier d’envergure n’a été mené depuis les années 1980. Surtout, l’accessibilité est devenue un obstacle majeur pour les personnes âgées ou en fauteuil. Les messes mensuelles sont ainsi souvent célébrées dans une petite salle annexe, faute de pouvoir y conduire les résidents. La chapelle abrite également un trésor très cher aux habitants d’Espalion : une Vierge noire, Notre-Dame la Négrette. Issue du château voisin de Calmont-d’Olt, la statue fut confiée aux religieuses de l’hospice pendant la Révolution afin d’échapper aux destructions. Son culte local fut longtemps très vivant, rassemblant familles, enfants du catéchisme et habitants du territoire. Aujourd’hui encore, cette présence mariale continue de toucher ceux qui franchissent le seuil de la chapelle.

Lancer une alerte patrimoniale

C’est ce lieu humble mais profondément habité que la Fondation française de l’Ordre de Malte a choisi de distinguer. Le 11 décembre prochain, à Paris, elle lui remettra le premier Prix du patrimoine hospitalier, créé en partenariat avec la Sauvegarde de l’Art français. "Les chapelles d’hôpitaux sont parmi les patrimoines religieux les plus négligés", explique Anne-Louise de Rohan, responsable de la communication de la Fondation. "Dans un hôpital, les priorités vont, à juste titre, aux soins et aux mises aux normes. Les chapelles passent en dernier, voire sont laissées à l’abandon."

« Il fallait que la chapelle serve encore, et qu’elle puisse redevenir pleinement accessible. »

Pourtant, rappelle-t-elle, leur rôle est irremplaçable : "Quand on traverse la maladie, qu’on accompagne un proche ou qu’on est soignant et qu’on vient de perdre un patient, ces lieux sont essentiels. Ils servent réellement, et à tous." Plus qu’une dotation financière, ce Prix veut lancer une alerte patrimoniale, attirer l’attention des collectivités, des associations et des mécènes sur un patrimoine encore largement invisible. Le jury, qui réunissait notamment l’architecte en chef des monuments historiques Alice Capron et l’historien Franck Ferrand, a été sensible au caractère vivant du lieu. "Il fallait que la chapelle serve encore, et qu’elle puisse redevenir pleinement accessible", précise Anne-Louise de Rohan. Les travaux financés permettront de sécuriser et de rénover l’édifice, avec un objectif clair : que la chapelle redevienne pleinement le cœur spirituel de l’hôpital.

Notre-Dame la Négrette
Notre-Dame la Négrette

Un patrimoine hospitalier à redécouvrir

Au-delà du cas d’Espalion, la Fondation souhaite ouvrir un mouvement plus large. "Vous tapez "patrimoine hospitalier" sur Internet, vous ne trouvez presque rien. Il fallait lancer une alerte", insiste Anne-Louise de Rohan. La cérémonie du 11 décembre réunira représentants de l’hôpital, partenaires institutionnels et élus, afin de faire exister ce sujet au-delà du seul prix. Pour la chapelle de l'hôpital Jean-Solinhac, cette reconnaissance arrive comme un signe d’espérance. Un lieu sobre, aimé, habité depuis plus d’un siècle, qui continue , à sa manière, de soigner. Et qui rappelle que, dans un hôpital, la guérison ne concerne pas seulement les corps.

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