"Un accident". C'est la version que donne Sabri B., accusé d'être l'assassin d'Ashur Sarnaya, chrétien irakien tué au couteau en plein direct sur TikTok, aux enquêteurs. Mis en examen pour "association de malfaiteurs terroriste criminelle" et "assassinat terroriste", il a reconnu être à l'origine de la mort brutale d'Ashur, tout en assurant qu'il s'agissait d'un accident, révèle Le Figaro dans son enquête.
Algérien de 27 ans en situation irrégulière, Sabri B. a été arrêté début octobre en Italie avant d'être transféré vers la France. Il a d'abord commencé par nier les faits en bloc. Le 19 novembre, devant le juge d'instruction en charge de l'affaire, Sabri B. a finalement reconnu être l'homme "en noir" à l'allure nonchalante et inquiétante aperçu par plusieurs témoins sur les lieux du crime, selon Le Figaro.
Mais malgré cet aveu, l'homme refuse de reconnaître la qualification de crime terroriste. La mort d'Ashur serait le résultat d'une altercation avec ce dernier, qui aurait entraîné une vengeance ayant mal tourné. Une "erreur" pour laquelle il "présente (ses) excuses". Ainsi, toujours selon Le Figaro, Sabri B. a expliqué qu'environ deux mois avant les faits, il aurait percuté sans le vouloir à vélo le fauteuil roulant d'Ashur, dans le quartier de Bellecour. Ashur l'aurait alors insulté en arabe, ce qui aurait attisé la colère de Sabri B. Se disant très atteint par cette insulte, il aurait alors entrepris de suivre Ashur jusque chez lui, "pour savoir où il habitait", afin de "lui faire quelque chose mais pas le tuer". "Je n’avais pas l’intention de le tuer, j’avais l’intention d’aller le menacer."
Nature terroriste contestée par Sabri B.
C'est toutefois près de deux mois après ces faits que Sabri B. "tombe par hasard" sur les vidéos qu'Ashur avait l'habitude de tourner afin de parler de sa foi chrétienne assyro-chaldéenne. Plusieurs commentaires menaçants et intimidants apparaissaient sur ces vidéos, venant d'utilisateurs se disant musulmans. Ashur évoquait parfois ses désaccords avec l'islam et avait déjà signalé des menaces à son encontre en raison de la publication de ces contenus. Le 10 septembre, jour du meurtre, Sabri B. aurait alors acheté un "petit couteau" et se serait rendu sur place, connaissant désormais le lieu de vie d'Ashur. Sous l'emprise de la drogue et de l'alcool dont il semble être familier, il attaque Ashur par derrière après avoir visionné le direct de ce dernier pendant au moins 33 minutes. Mais loin de lui l'idée de tuer Ashur, assure-t-il : il voulait "simplement" le toucher au visage ou lui "faire une petite coupure". "Nous, on a cette mentalité en Algérie. Par exemple, si quelqu’un insulte ta mère en Algérie, on le frappe au visage". Selon Sabri B., il aurait appuyé "par erreur" sur le bouton du couteau qui activait la sortie de la lame, atteignant la nuque de la victime. "J’ai sorti le couteau, j’étais choqué. Après j’ai pris la fuite."
L’enquête cherche désormais à éclaircir la relation de Sabri B. à l’islam et aux mouvances djihadistes. Devant le juge d’instruction, l’homme se décrit comme un croyant en recherche, ayant rejeté à plusieurs reprises des sollicitations ou discours extrémistes. Il affirme avoir retrouvé un certain intérêt religieux avant son arrivée en Europe, puis en France, tout en disant condamner Daech et ne pas adhérer à un islam "très extrémiste". Pourtant, la découverte, sur plusieurs téléphones, d’un volume important de contenus directement liés à Al-Qaida et à l’État islamique, nourrit le doute quant à la nature réelle de ses recherches et de ses motivations.









