Été 1943. Dans la petite ville allemande de Gotha arrivent de jeunes Français, envoyés de force au Service du travail obligatoire (STO) afin de soutenir l’effort de guerre du Reich, notamment dans les usines de métallurgie. Cette réquisition, imposée par l’Allemagne nazie et appliquée par le régime de Vichy, vise à combler le manque de main-d’œuvre provoqué par la mobilisation des ouvriers allemands sur le front. Au total, près de 300.000 jeunes Français sont ainsi contraints de partir en Allemagne. Parmi eux se trouve un jeune séminariste venu du Perche, Roger Vallée, alors âgé de 22 ans.
Né le 13 décembre 1920 à Mortagne-au-Perche, dans l’Orne, il est le fils de Fernand Vallée, cordonnier et sacristain. Sa mère meurt alors qu’il n’a que six ans. Très tôt, Roger manifeste le désir de devenir prêtre. Après le petit séminaire, il entre au grand séminaire de Sées et intègre ensuite les ordres mineurs, mais la Seconde Guerre mondiale vient brutalement interrompre le cours de sa vocation.
Une communauté clandestine
Réquisitionné pour le STO, il rejoint son frère aîné André, déjà sur place. André est militant de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) et a déjà organisé un vaste réseau clandestin de soutien fraternel et spirituel parmi les travailleurs exilés. À son arrivée, Roger l’aide activement dans cet apostolat, en y apporte une dimension encore plus spirituelle. Ensemble, ils fondent une section jociste qui comptera près de 60 membres. Entre messes, veillées de prières, création d’une bibliothèque, cercles de réflexion et chorale - où Roger Vallée excelle -, une vraie communauté clandestine prend forme.
La Gestapo surveille leurs activités depuis un certain temps, mais le danger devient plus pressant avec la publication, le 3 décembre 1943, de l’ordonnance Kaltenbrunner. En effet, ce décret de persécution ordonne l’élimination de tous ceux qui exercent une activité religieuse auprès des travailleurs civils français. Les autorités allemandes considèrent que ces activités sont illégales parce qu’elles véhiculeraient une propagande "anti‑allemande". Roger Vallée et ses compagnons comprennent alors qu’ils risquent la mort en continuant leurs activités.
Arrestation par la Gestapo
Le 31 mars 1944, Roger est arrêté par la Gestapo et soumis à de multiples interrogatoires. Lors de l’un d’eux, le Jeudi Saint, il est humilié par les membres de la police du régime nazi. Il sera ensuite emprisonné à Gotha avec, pour motif de condamnation : "Par son action catholique auprès de ses camarades français, pendant son service du Travail obligatoire, il a été un danger pour l’État et le peuple allemand".
Durant sa détention, il continue à exercer un véritable ministère auprès de ses compagnons jocistes également emprisonnés et placés avec lui dans la même cellule, surnommée le "Cénacle". Avec son frère André et d’autres militants, Roger est ensuite transféré au camp de concentration de Flossenbürg, en Bavière, où il arrive le 12 octobre 1944. Six jours plus tard, il est séparé de son frère et envoyé au camp de Mauthausen en Autriche, où il reçoit le matricule 108 811.
Malade et épuisé par les conditions du camp, il meurt quelques jours plus tard, le 30 octobre 1944. Le père Michel Riquet, qui l’assiste dans ses derniers instants, témoignera : "Il est mort comme un martyr de la foi". Aujourd’hui, Roger Vallée est reconnu comme l’un des 50 "Martyrs de l’apostolat", tués en raison d’une haine de leur foi par le régime nazi entre 1944 et 1945. Son histoire illustre le courage inébranlable et la foi exemplaire de ces jeunes Français envoyés en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.










