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[REPORTAGE] Claire Amitié, ce lieu où la fraternité relève les femmes

Claire_Amitie_Paris
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Anna Ashkova - publié le 09/12/25
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Mouvement d’inspiration chrétienne fondé en 1946, l’association Claire Amitié œuvre pour la réinsertion des jeunes femmes marquées par des parcours de vie douloureux. Reportage dans l’un des foyers de Claire Amitié situé à Paris où la vie partagée devient un moteur de transformation pour ses résidentes. 

À Paris, dans une impasse discrète, la maison Claire Amitié s’éveille doucement. Les premières voix se croisent, timides, familières. Dans ce centre d'hébergement et de réinsertion sociale situé dans le XIXe arrondissement, une vingtaine de jeunes femmes en situation de précarité vivent ensemble, partagent leurs repas, leurs inquiétudes et leurs victoires. Ici, elles ne bénéficient pas seulement d’un toit, c’est un lieu où la fraternité quotidienne devient une force qui relève, apaise et transforme.

"Notre intention, c’est qu’entre le moment où les femmes arrivent à Claire Amitié et celui où elles en repartent, elles puissent dire : “Ce séjour a compté dans ma vie. J’ai accompli telles et telles choses, et grâce à cela, j’en ressors plus solide”", explique à Aleteia Isabelle Godet, directrice de Claire Amitié France. Et d’ajouter : "Chez nous, on dit toujours qu’on crée du lien et des liens."

Un toit sur la tête et porte ouverte aux nouvelles amitiés 

Chaque résidente, âgée de 18 à 25 ans, a sa propre histoire. Kenza, 21 ans, vient de décrocher son BTS en assistance technique d’ingénieur. Une belle victoire pour cette jeune femme au parcours chaotique. Victime d’un mariage forcé en Algérie, arrivée en France seule en juillet 2023, sans ressources, passant de Marseille à Paris, hébergée tantôt chez l’habitant, tantôt dans un petit studio occupé par dix autres personnes, elle garde une image très nette du tournant de sa vie : "Je n’oublierai jamais le jour où l’assistante sociale du Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) m’a annoncé qu’elle avait une solution pour moi : Claire Amitié." Si elle avoue avoir eu quelques appréhensions en arrivant fin août 2025 au foyer, aujourd’hui elle s’y sent bien. "Nous n’avons pas toutes la même culture. Je restais un peu isolée dans un premier temps. Mais je me suis liée d’amitié avec ma voisine de chambre, Balakissa. Elle est vraiment trop gentille. Elle est étudiante comme moi. On s'entend bien. Parfois, on fait des sorties ensemble. On rigole beaucoup. C'est une belle rencontre que je dois à Claire Amitié."

Aujourd’hui, elle cherche une alternance dans l’énergétique, tout en attendant ses papiers. Une épreuve pour celle qui vise une carrière d’ingénieure. Épaulée par l’équipe de quatre travailleurs sociaux, d’une coordinatrice, d’une cheffe de service et deux veilleuses de nuit, elle essaye de garder la tête haute. "Ici, les éducatrices sont très gentilles. Quand je ne me sens pas bien, je descends pour parler avec elles."

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Kenza discute avec Nadège de sa vie étudiante et de ses rêves professionnels.

Vivre ensemble, un apprentissage quotidien

La journée, chaque résidente vit à son rythme : études, travail, démarches administratives... L’après-midi, des ateliers sont proposés sur la gestion du budget, la santé, le droit, l’orientation professionnelle, mais aussi des activités plus ludiques comme la peinture. "On essaie de faire en sorte qu’elles aient un rythme de vie d’un adulte autonome et responsable", précise Nadège, la nouvelle coordinatrice arrivée fin octobre au foyer. Forte de vingt ans d’expérience en action sociale et insertion, elle découvre ici un autre rapport aux personnes en difficulté. "Plutôt que de voir les jeunes une fois par semaine dans un bureau en face-à-face, comme je le faisais avant, je les vois au cœur d’un foyer tous les jours. Je partage des repas avec elles et de beaux moments."

La vie en communauté n’est pas toujours simple. Tâches ménagères, partage des espaces, petites tensions… Mais toujours, le dialogue. "Ici, nous avons treize chambres individuelles et deux doubles. Les parties communes sont nettoyées par les résidentes à tour de rôle. Comme dans une famille, cette question des tâches ménagères peut parfois poser problème. Mais on discute avec les filles pour comprendre les réticences de chacune", indique Nadège. 

Ici, les bénéficiaires ne sont pas vues comme un cas social ou un dossier, mais comme des personnes que l'on doit apprendre à connaître.

À 19h30, toutes les résidentes doivent être présentes au dîner — sauf celles qui travaillent. Les repas du soir sont préparés par les résidentes. Le moment préféré de Kenza : "Quand c’est mon tour, je prépare à manger avec amour. Je cuisine principalement des plats algériens comme du couscous." Certaines ont besoin d’aide des éducatrices pour cuisiner, d’autres se débrouillent comme des chefs, ravies de faire déguster leur plat aux autres. 

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Le dîner qui suit est un moment convivial propice aux échanges et au partage entre le personnel encadrant et les résidentes. "Cela permet à celles qui ne font rien de leur journée - parce qu’elles n’en ont pas la possibilité - de sortir de leur chambre et de passer un petit moment avec les autres", détaille Nadège. À table, ce soir-là, la discussion tourne autour des projets de vie des unes et des autres. Certaines parlent de leur envie de fonder une famille, d’autres de faire des études ou de faire tel ou tel métier. Dans cet échange, se glisse une lueur d’espérance : l’idée que la vie peut reprendre.

Une fraternité qui transforme

Pour Isabelle Godet, tout se joue dans ces moments simples. "J’ai compris un jour que pour mieux accompagner ces femmes, il fallait “manger du pain” avec elles. N’est-ce pas le terme du mot accompagner ? Son étymologie n’est pas de “marcher avec” mais de “manger le pain avec”. Et c’est ce que nous faisons le soir quand on dîne ensemble", note-t-elle. C’est ainsi que se construit la confiance, la confiance en soi mais aussi aux autres. "Ici, les bénéficiaires ne sont pas vues comme un cas social ou un dossier, mais comme des personnes que l'on doit apprendre à connaître", insiste Isabelle Godet.

Ce soir, la salle commune est animée. On se fait des coiffures, on parle, on rit. On programme une sortie piscine, une soirée cinéma et bien sûr la fête du foyer qui approche à grands pas. Dans le salon, quelques jeunes femmes discutent des préparatifs autour d’une tasse de thé. Quelle musique va-t-on passer ? Quel thème choisir ? Les idées fusent. "La fête est un moyen de montrer qu’elles font partie en ce moment d’un collectif, d’un groupe, qui a de l’importance dans leur vie", souligne Isabelle Godet.

Kenza, posée près de la fenêtre, pense à sa vie. "Je sais qu’un jour, je vais réussir", assure-t-elle confiante. C’est cela, Claire Amitié : permettre le passage du “je suis pris en charge” à “je me suis prise en charge”. En moyenne, après dix-huit mois, les résidentes s’en vont. Plus solides. Plus confiantes. 

En partenariat avec Claire Amitié

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