En mai et juin 1940, plus de 1,5 millions de soldats français ont été faits prisonniers par les Allemands et emmenés dans les camps de prisonniers (stalags et oflags) situés en Allemagne. Dans la suite de la guerre, des dizaines de milliers de Français et de Françaises ont été déportés pour des raisons politiques ou raciales dans les camps de concentration. Il y aura aussi des centaines de milliers de Français et de Françaises contraints au travail obligatoire en Allemagne (STO et requis), logés dans des Lager, des bâtiments publics ou des baraquements situés à proximité des usines et parfois chez l’habitant.
Plus de 400 prêtres déportés
Parmi ces millions de Français prisonniers de guerre, déportés ou requis pour le travail obligatoire, il y eut entre 2 et 3.000 prêtres et religieux, 2 à 3.000 séminaristes et novices et quelque 7.000 à 10.000 militants de mouvements catholiques (JOC, JAC, JEC, scouts). On relèvera notamment le nombre élevé des ecclésiastiques envoyés dans les camps de déportation : un évêque (Mgr Gabriel Piguet, de Clermont-Ferrand), 469 prêtres, 14 religieuses et 106 séminaristes et novices.
Certains sont morts en martyrs et ont été béatifiés. Cinquante nouveaux martyrs sont proclamés ce 13 décembre. Parmi eux, le père Raymond Cayré, prêtre du diocèse d'Albi, qui fut déporté dans le camp de concentration de Buchenwald où il mourra à 29 ans. Ou Gérard Cendrier, jeune franciscain requis en 1943 pour le Service du travail obligatoire en 1943. En Allemagne il participera à des réunions de prières clandestines, il est arrêté par la Gestapo et envoyé lui aussi à Buchenwald.
Des paroisses derrière les barbelés
La vie religieuse des Français retenus en Allemagne pendant toutes ces années de guerre est très différente selon le statut des camps. Dans les camps de prisonniers de guerre, la Convention de Genève garantit la liberté du culte. Dans les camps de concentration — hormis le cas spécifique de Dachau — tout exercice du culte et toute pratique religieuse sont interdits et tous les objets religieux (chapelets, images pieuse, livres de prière ou missels) sont proscrits. Enfin, les travailleurs requis et STO peuvent se rendre dans les églises allemandes, mais il leur est interdit d’avoir des aumôniers et d’organiser des réunions de prières ou des messes.
Différentes sources permettent de connaître la vie spirituelle et la vie liturgique dans ces différents camps. Il y a d’une part une centaine de témoignages de prêtres et de religieux qui ont été prisonniers de guerre ou déportés. Nombre de ces témoignages ont été publiés dans l’immédiat après-guerre, puis oubliés. D’autres publiés plus tardivement sont davantage connus. Certains sont inédits. L’autre source importante, encore peu explorée jusqu’à présent, est constituée des archives de l’Aumônerie générale des prisonniers de guerre (AGPG), créée dès juillet 1940 par l’abbé Jean Rodhain (qui fondera après-guerre le Secours catholique). Elle fut très active jusqu’en 1945. L’Aumônerie viendra en aide aux prêtres des camps de prisonniers en envoyant des autels portatifs, des objets liturgiques, des missels, des livres de prière. Ce sont des "paroisses derrière les barbelés" qui purent s’organiser. Il y eut même la fondation de séminaires qui aboutiront à des ordinations sacerdotales.
Dans les camps, une Église des catacombes
En revanche, l’Aumônerie générale ne put venir au secours des prêtres et des fidèles retenus dans les camps de concentration. La vie religieuse et la vie liturgique qui existèrent dans ces camps furent tout entières clandestines. On a pu parler d’une nouvelle "Église des catacombes" qui s’est constituée par un prodige d’ingéniosité et de courage, jusqu’au martyre. Des prêtres parvenaient parfois à se procurer des hosties et du vin, à célébrer clandestinement des messes ; confessaient et donnaient l’extrême-onction en cachette. Des fidèles fabriquaient des croix ou des chapelets avec du bois ou du métal récupéré, se réunissent par petits groupes pour prier ou lire ensemble un missel qui avait échappé aux fouilles.
Entre 1940 et 1945, "2.800.000 messes" ont été célébrées par les prêtres français prisonniers en Allemagne dira un bilan établi en avril 1944 par l’Aumônerie générale. Cette estimation, évidemment, ne prenait pas en compte les nombreuses messes célébrées clandestinement par les prêtres et religieux déportés. Il y eut aussi la célébration, autorisée ou clandestine, de tous les autres sacrements : baptême, confession, confirmation, mariage, extrême-onction et même une ordination sacerdotale clandestine célébrée à Dachau par Mgr Piguet.
Une nouvelle liturgie
Pour beaucoup de prêtres, de religieux et de séminaristes, ce qui a été vécu et expérimenté "là-bas" a modifié leur conception de la vie religieuse et même leur façon de célébrer la liturgie (messe face au peuple, rubriques liturgiques impossibles à observer, absolutions collectives, etc.). Ce qui amènera certains à souhaiter une réforme de la liturgie.
Pratique :











