Colorées et figuratives, les maquettes des six futurs vitraux contemporains de Notre-Dame de Paris, créées par l'artiste Claire Tabouret, sont exposées au Grand Palais à partir de mercredi 10 décembre, avant l'installation des véritables vitraux fin 2026. La peintre française de 44 ans investit jusqu'au 15 mars une galerie du musée parisien où sont installées ses œuvres, hautes de près de sept mètres.
Claire Tabouret avait été sélectionnée en décembre 2024 pour réaliser ces vitraux après un appel à projet lancé par l'État et le diocèse de Paris. Ils souhaitaient ajouter une trace contemporaine dans la cathédrale qui, entièrement restaurée, a retrouvé sa beauté après l'incendie l'ayant dévastée en 2019.
Les peintures de Claire Tabouret, aux couleurs très vives, sont exposées dans l'ordre où ses vitraux apparaîtront sur le bas-côté sud de la cathédrale. Elles représentent chacune un verset de la Bible consacré à la Pentecôte, la "descente de l'Esprit saint", un thème imposé par l'archevêché de Paris. La première maquette dépeint des hommes en cercle, se tenant la main, en train de prier. "C'est la vision qui m'est venue lorsque j'ai lu la phrase de la Bible +Ils étaient tous ensemble dans le même lieu+", a expliqué Claire Tabouret à l'AFP. Plus abstrait, le deuxième vitrail illustre le "grand bruit de l'Esprit saint" par un ciel qui se déchire en deux. Sur la dernière maquette, des personnages en procession disent adieu aux visiteurs en les regardant dans les yeux. "C'est une transmission. Ils disent : C'est à vous maintenant de porter cette parole et de vivre dans ce respect et cette tolérance", poursuit l'artiste, qui vit entre Paris et Los Angeles.
Une forte opposition
Au milieu de la galerie sont exposés sur des tables vitrines des pochoirs, des petits monotypes ou des morceaux de verre colorés de l'atelier Simon-Marq, qui a remporté l'appel à projet pour la réalisation des vitraux avec Claire Tabouret. Une distinction pour cet atelier verrier rémois ayant échappé à la liquidation judiciaire en 2019. "Je pense que cela va remettre la lumière sur cet artisanat flamboyant et florissant, et peut-être donner envie à des collectionneurs privés de se tourner vers le vitrail", espère Claire Tabouret.
Le projet de nouveaux vitraux pour Notre-Dame de Paris ne fait pas l'unanimité et a même provoqué une polémique. La raison majeure avancée par ses détracteurs est que les vitraux concernés par le projet contemporain, qui avaient été réalisés au XIXe siècle par Eugène Viollet-le-Duc, n’ont subi aucun dommage lors de l’incendie du 15 avril 2019. Situés dans le bas-côté sud de la cathédrale, ils ont été protégés à la fois par leur emplacement relativement préservé des flammes et par l’intervention rapide des secours. Leur remplacement ne répond donc pas à une nécessité de restauration ou de sauvegarde, mais à une volonté de marquer une "trace contemporaine" dans le monument, comme l’ont exprimé Emmanuel Macron et Mgr Laurent Ulrich. Une initiative qui n'est pas du goût de tout le monde. Une pétition de défenseurs du patrimoine a ainsi été lancée et compte à ce jour près de 300.000 signatures. Un recours a aussi été déposé devant la justice administrative et rejeté fin novembre.
La Commission nationale du patrimoine et de l’architecture (CNPA) s'est elle aussi montrée réservée, voire opposée. Dès les premières discussions, ses membres avaient exprimé de fortes réticences quant à la pertinence de remplacer des vitraux historiques et intacts. En juillet 2024, elle avait voté contre le projet, en vain : dès le mois de septembre, un nouveau communiqué du ministère de la Culture annonçait que le projet était toujours d'actualité. Sans valider le projet de nouveaux vitraux, la CNPA en a finalement "pris acte" en juin 2025, tout en demandant la bonne conservation des vitraux de Viollet-le-Duc ainsi que leur présentation au public.
Qu’il soit discuté et largement commenté, ce projet de création de nouveaux vitraux ne doit pas faire oublier le lieu auquel ils sont destinés : Notre-Dame de Paris. La France, pays de cathédrales, possède la plus grande surface de vitraux au monde, quelque 90,000 m2, selon l’Institut national des Métiers d’Art. Véritable Bible de verre, les vitraux par les scènes représentées, les techniques utilisées ou encore les couleurs employées existent pour porter la prière des fidèles autant que pour rendre gloire à Dieu. Des critères qui devraient ne pas souffrir de polémiques et débats purement patrimoniaux.
Pratique









![{"rendered":"[EN IMAGES] Chatoyants et \u00e9clatants, les plus beaux vitraux de Paris\u00a0"}](https://wp.fr.aleteia.org/wp-content/uploads/sites/6/2025/02/VITRAUX-SAINTE-CHAPELLE-shutterstock_2485447219.jpg?w=620&h=310&crop=1?resize=620,310&q=75)

