separateurCreated with Sketch.

Burn-out des prêtres : penser à changer l’eau du bocal

ORDINATION-PRETRE-GODONG

Image d'illustration.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Alexandra Maclennan - publié le 09/12/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Comment éviter le burn-out des prêtres ? C’est une question d’écologie, préconise notre chroniqueuse Alexandra Maclennan : en prenant soin de nos communautés chrétiennes comme des aquariums, nous éviterons que l’eau devienne trouble, et que s’épuise le plus vigoureux des poissons.

La métaphore piscicole est amplement abondée dans la Bible, de Jonas à la multiplication des poissons à la pêche miraculeuse, au point de faire du poisson un signe du Christ et un symbole de ralliement de la communauté chrétienne, comme en attestent des représentations picturales et littéraires de l’Antiquité (catacombe de Saint-Calixte, commentaires de Tertullien et de saint Augustin). Peut-être alors sommes-nous fondés à voir nos communautés locales comme de petits aquariums et à continuer de filer la métaphore ? Un prêtre confiait ainsi récemment, sur le constat qu’on avait, avec plus ou moins n’importe quel catholique croisé dans un monastère, des amis ou connaissances en commun : "Maintenant, on a vite fait le tour du bocal…" 

Quand l’eau de l’aquarium devient trouble

Dans nos aquariums poissonneux, de petits poissons translucides se faufilent parmi les plantes et voisinent avec des spécimens déployés et colorés. Dans ses mouvements en apparence aléatoires, cette multitude bigarrée est en réalité tendue vers une même chose : la nourriture, l’oxygène, la lumière — la vie. L’aquarium n’est pas un écosystème autonome. L’activité des poissons produit des déchets, et l’oxygène doit être renouvelé. Quand l’eau de l’aquarium devient trouble, même le plus coloré et le plus vigoureux des poissons se ternira et s’épuisera. 

On ne peut pas présumer qu’un poisson va retrouver sa vitalité de lui-même avec le temps dans une eau trouble. Ainsi en est-il dans nos communautés locales. Le burn-out des prêtres, que l’on constate et commente sans y remédier et sans le prévenir, est une question d’écologie ecclésiale qui nous demande de passer au niveau supérieur dans l’application de Laudato si’. Le tri sélectif, la protection de la faune et de la flore étant des points de vigilance bien ancrés dans la conscience collective, il est temps maintenant de passer réellement, concrètement, à une écologie intégrale qui prenne soin de la vie humaine à la naissance et à la mort, mais aussi entre les deux. 

L’être humain à protéger

L’être humain fait partie de la création à protéger, et avant Laudato si’, le pape saint Jean Paul II l’avait déjà demandé, ayant à l’esprit de défendre l’égale dignité de chaque être humain. Le même comportement qui pousse à abîmer l’environnement et son prochain est celui-ci, formulé par Jean Paul II : "Ne percevoir d’autres significations de son milieu naturel que celles de servir à un usage et à une consommation dans l’immédiat" (Redemptor hominis, 71, cité dans LS, 5). C’est le comportement que Simone Weil avait perçu comme l’origine de tout mal : asservir l’autre à son besoin, consommer au lieu de contempler. Il est temps de passer à une compréhension plus pleine d’une écologie véritablement intégrale et de la mettre en actes avec autant d’énergie organisationnelle et signalétique que celle déployée pour le tri sélectif. Le regard qui montre le Créateur dans la nature doit se porter aussi sur les créatures humaines. 

La notion de limite

Le livre de Pascal Ide sur le burn-out comme maladie du don est bien connu (Le Burn-out, une maladie du don, Ed. de l’Emmanuel, 2015), et on a imaginé des structures pour accueillir les prêtres en burn-out (la Maison Barnabé). Maintenant, agissons pour prévenir cette maladie moderne. Dans les diocèses, où prend-on soin des prêtres en activité en s’équipant d’instruments professionnels (médecine, ressources humaines) pour calibrer la charge pastorale, pour oser poser une limite aux sollicitations ? À l’heure où l’univers entier peut entrer en contact avec n’importe qui grâce à la technologie, osons avancer que la notion de limite (cruciale dans la santé mentale) dans la vie donnée qu’est la vie consacrée est à repenser. 

Quand l’eau du bocal est à changer, les poissons ne trouvent pas l’oxygène en organisant des réunions. Leur réflexe est de remonter à la surface. Sans doute y a-t-il de l’air et de la lumière à trouver dans de nouveaux modèles économiques à inventer, des formations et des métiers à imaginer, des fondations à créer qui pourront employer des professionnels de la médecine, des ressources humaines, de l’administration et de la sécurité pour prendre en charge l’exposition des églises aux risques de dégradation et lutter contre les sollicitations abusives et le harcèlement.

Construire de nouveaux cadres

L’arrivée en nombre d’une nouvelle génération de baptisés et les changements sociologiques, démographiques et matériels qui travaillent nos communautés ecclésiales actuellement, nous obligent à construire de nouveaux cadres. Agissons sur les conditions dans lesquelles les prêtres exercent leur mission, pour prévenir le burn-out. Que ce soit une priorité en cette nouvelle année liturgique qui commence. Comme le pape Léon XIV l’a confié au monde avoir prié au moment de son élection, "Seigneur allons-y, montre le chemin".

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !