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Le scandale du surpoids des enfants

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Marianne Durano - publié le 08/12/25
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Est-il normal que des industriels s’enrichissent sur le surpoids des enfants, accoutumés dès leur naissance aux produits transformés sucrés ? s’indigne la philosophe Marianne Durano.

Vingt pour cent des enfants français, et 50% des adultes sont en surpoids, selon l’Assurance-maladie, un phénomène surdéterminé socialement, puisque, dès la maternelle, les enfants d’ouvriers sont quatre fois plus touchés que les enfants de cadres. L’enfant obèse a 50% de chances de le rester à l’âge adulte, avec le cortège de maladies, comorbidités et autres handicaps sociaux que cela implique. L’excès de gras coûte cher, aux individus, mais également à la solidarité nationale : d’après une étude économique de l’Institut Asterès, datée de novembre 2024, le coût total supporté par l’Assurance-maladie, les complémentaires santé et les entreprises s’élèverait à environ 12,7 milliards d’euros, un chiffre en hausse de 4,5 % par an depuis 2020. Si, dans certains cas, l’obésité s’apparente à une véritable maladie chronique, avec prédispositions génétiques, il s’agit avant tout d’un phénomène culturel, dont les causes, par conséquent, relèvent de l’action politique. 

Une gigantesque entreprise de manipulation

Et si, pour financer le coût social de cette épidémie de surpoids, on taxait ceux qui en tirent un bénéfice ? Et si, pour commencer, on s’attaquait aux industriels qui accoutument nos enfants dès la naissance aux produits transformés sucrés, au détriment de leur santé et de la Sécurité sociale ? Tel était le sens de l’amendement proposé en novembre dernier par le groupe de sénateurs Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, dans le cadre du Projet de loi de financement de la Sécurité sociale (le désormais fameux PLFSS). L’objectif ? Taxer les sucres ajoutés dans les produits alimentaires destinés aux bébés de moins de 3 ans : 4 euros par quintal contenant moins de 5kg de sucre, 21 euros par quintal contenant entre 5 et 8kg de sucre, et 35 euros au-delà de 8kg de sucre par quintal. Un tarif raisonnable, quand on sait que l’OMS recommande 0% de sucre ajouté dans l’alimentation des tout-petits… Une taxe exorbitante, en revanche, quand on se penche sur les taux de sucre actuellement présents dans les produits industriels pour bébé : certains yaourts pour nourrissons de 8 mois contiennent ainsi 10g de sucre pour 100g, quand certaines poudres cacaotées atteignent des taux de 30% de sucre ajouté. 

Ils ont été victimes d’une gigantesque entreprise de manipulation et de captation des goûts de leurs enfants, initiée dès le berceau, créatrice d’addictions et génératrice d’immenses bénéfices pour l’industrie agro-alimentaire.

Selon une étude de la branche européenne de l’OMS datée de janvier 2018, "dans environ la moitié des produits examinés [...], plus de 30% des calories provenaient des sucres totaux". Précision : il s’agit ici des sucres raffinés ajoutés, et non des sucrants naturels comme le miel ou le fructose. Notons également que le problème est loin de concerner seulement les préparations sucrées : on trouve également du sucre ajouté dans les purées de légumes et autres plats préparés ! Pas étonnant que bébé recrache ensuite sa purée de haricots nature ! Toute ma compassion va aux malheureux parents qui se préparent sans le savoir des années de combat au-dessus de l’assiette, des heures de négociations pour que leurs enfants mangent des légumes, des tonnes de culpabilité, voire de réels problèmes de santé. La vérité, c’est qu’ils ont été victimes d’une gigantesque entreprise de manipulation et de captation des goûts de leurs enfants, initiée dès le berceau, créatrice d’addictions et génératrice d’immenses bénéfices pour l’industrie agro-alimentaire.

Économies refusées

Heureusement, pensez-vous, tout cela va bientôt prendre fin ! Eh bien non ! Figurez-vous que l’amendement en question vient d’être retoqué ce jeudi 4 décembre à l’Assemblée nationale, enterré par l’opposition massive des députés RN, LR et macronistes. L’argument ? Toujours le même : "La fiscalité ne suffit pas à faire une politique de prévention" (dixit notre actuelle ministre de la Santé). On veut bien afficher des campagnes de prévention culpabilisantes pour les parents, mais surtout pas faire payer ceux qui s’enrichissent sur le dos de nos enfants. Que la fiscalité ne suffise pas, c’est une évidence, mais pourquoi se priver d’un levier qui, en passant, pourrait rapporter quelques milliards à la caisse nationale d’assurance-maladie ? Mieux, selon ses opposants, une telle mesure risquerait d’être répercutée sur le prix des produits, au risque d’affaiblir le sacro-saint "pouvoir d’achat" des ménages, les présupposés étant que les industriels ne peuvent être contraints légalement à changer leurs recettes, que les parents préféreront acheter des produits plus chers et plus sucrés, plutôt que de se tourner vers des alternatives plus saines et moins taxées, et surtout que les Français ne sont pas capables de faire bouillir eux-mêmes une carotte.

Allaitez vos enfants !

Il est en notre pouvoir de boycotter ce système qui intoxique nos bébés en fabriquant consciemment leurs addictions et leurs maladies futures. Allaitez vos enfants, cuisinez vos purées maison, faites vos yaourts. Et n’allez pas me dire que vous n’avez pas le temps pour faire cuire une courgette vapeur ou pour ajouter un sachet de ferments lactiques dans un litre de lait : non seulement ce n’est pas plus long qu’une commande sur le drive, mais c’est beaucoup moins cher. Quant à l’allaitement, c’est même carrément gratuit : voilà qui devrait faire trembler les industriels, si toutefois on voulait bien laisser aux mères le temps de nourrir leurs enfants (voir ma chronique sur le congé de naissance). Les prophètes de l’Ancien Testament, déjà, se désolaient de voir se tarir le sein maternel, et dépérir les enfants d’Israël : "Les chacals mêmes présentent la mamelle, et allaitent leurs petits. Mais la fille de mon peuple est devenue cruelle comme les autruches du désert. La langue du nourrisson s'attache à son palais, desséchée par la soif. Les enfants demandent du pain, et personne ne leur en donne" (Lm 4, 3-4). Nos enfants demandent du pain, et on leur donne des biscuits choco ultra-sucrés. Ils réclament du lait, et on leur donne de la bouillie à la vanille. Pendant ce temps, les chacals s’engraissent, et nous faisons l’autruche. Heureusement, Dieu lui-même promet de nous donner bientôt "le lait de ses consolations" (Is 66, 11), "le lait spirituel et pur" (1P 2, 2) qui nous conduira au Salut ! Choisir la vie, cela commence au rayon lait infantile, et s’achève contre le sein du Seigneur.

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