Qui sont les catholiques qui s'engagent encore en France ? Entre le 14 et le 29 avril 2025, l'Ifop a interrogé pour La Croix plus de 2.000 d'entre eux : 1.004 pratiquants réguliers (définis comme ceux allant à la messe au moins une fois par mois) et 1.155 occasionnels qui ont pris un engagement lié à leur foi .
L'étude, diffusée ce 8 décembre, révèle un profil surprenant : plus jeunes, plus diplômés, mais profondément divisés sur la pratique religieuse, ils n'en demeurent pas moins la preuve vivante d'un catholicisme encore enraciné, bien que minoritaire.
L'héritage familial, clé de la pratique régulière
Si les catholiques engagés sont "globalement moins nombreux", l’étude souligne une donnée souvent méconnue : les pratiquants réguliers comptent davantage de jeunes, tandis que les pratiquants occasionnels sont davantage âgés. Plus diplômés que la moyenne, ils sont pour beaucoup étudiants, contredisant ainsi l'idée d'un catholicisme résiduel et vieillissant.
L'étude montre ainsi que la transmission familiale demeure déterminante. 64% des pratiquants réguliers viennent de foyers où les parents se rendaient régulièrement à la messe, contre seulement 37% des occasionnels . Un écart qui souligne l'importance de l'éducation religieuse dans la persévérance de la foi. Pourquoi certains ne vont-ils qu'occasionnellement à l'église ? Les raisons avancées sont pragmatiques : 38% invoquent le manque de temps, 32% évoquent une lassitude ou une perte de sens spirituel, tandis que 14% déclarent être en désaccord avec certains enseignements de l'Église.
Si la pratique des sacrements est disparate, les catholiques interrogés se retrouvent autour de plusieurs valeurs, bien qu'elles ne soient pas hiérarchisées de la même manière. À la question "qu'est-ce qu'être catholique ?", les occasionnels placent en tête les valeurs de partage et de paix (62%), suivies de l'amour du prochain (44%). Les réguliers sont également attachés au partage (46%) et à l'amour du prochain (41%), mais accordent plus d'importance à la relation intime avec Jésus (37% contre 25%)." On voit donc voir clairement deux approches du catholicisme : l'une plus spirituelle pour les réguliers, l'autre plus sociale chez les occasionnels.
Une vraie vie spirituelle chez les réguliers
Cette foi se traduit en actes concrets pour tous notamment dans l'enseignement du catéchisme(57% pour les réguliers, 59% pour les occasionnels), mais les réguliers s'investissent deux fois plus dans leur paroisse (50% contre 25%) et davantage dans le caritatif (48% contre 38%).
Cette différence de pratique religieuse ne s'arrête pas à la messe hebdomadaire. L'étude montre ainsi que les réguliers cultivent une véritable vie de prière : 80% prient chez eux (contre 40% pour les occasionnels), 43% récitent le chapelet,(contre 9%) 37% pratiquent l'adoration eucharistique (contre 5%) et 36% se confessent régulièrement (contre 7%). Ils cherchent à la messe un moment "de rencontre intime avec Jésus" (57%) et de ressourcement spirituel, là où les occasionnels recherchent davantage un moment "de célébration des valeurs de partage et d'amour" (66%).
Entre accueil et prudence sur les questions de société
Sur les questions de société, les catholiques affichent des positions nuancées. Si 84% refusent l'amalgame entre islam et extrémisme, 72% expriment une inquiétude face à son expansion, et 56% considèrent que l'islam est une religion dangereuse. La perception de l'immigration est assez similaire chez les occasionnels comme chez les réguliers : 38% des catholiques interrogés considèrent que les migrants sont "avant tout des hommes et femmes à secourir tout en promouvant la possibilité d'une vie digne dans leur pays d'origine", 24% considèrent qu'ils doivent être secourus "sans condition".
Concernant la question écologique, les réguliers se montrent plus pressants : 47% estiment qu'il y a urgence et que l'Église doit s'engager pleinement, contre 31% des occasionnels . Ces derniers privilégient une approche où l'écologie compte autant que les autres combats sociaux comme la pauvreté ou les migrations. La question féminine révèle un consensus relatif : environ un catholique sur deux, qu'il soit régulier ou occasionnel, souhaite que les femmes exercent davantage de rôles d'autorité dans l'Église, sans toutefois ouvrir le sacerdoce. Les catholiques se montrent néanmoins plus ouverts à l'ordination diaconale des femmes.
Plus minoritaire mais convaincu, ce catholicisme d’engagement apparaît comme un acteur persistant de la vie sociale française : présent dans l’éducation, dans la solidarité, dans la défense du patrimoine et dans les débats éthiques. S'il est évident que la "France catholique" s'éloigne des radars sociologiques, survit un noyau de catholiques — plus restreint mais plus structuré — qui continue de jouer un rôle central dans la vie religieuse et associative. Un catholicisme résilient, capable de survivre dans la minorité.











