"Reçois cette couleur rouge, couleur de la route, symbole d’amour et de sang, pour que tu n'épargnes ni l’un ni l’autre au cours de ton existence." Cette phrase du départ routier, Joël Anglès d’Auriac l’a habitée jusqu’au don de sa vie. Découvrez l’empreinte de l’esprit scout dans la vie de Joël Anglès d’Auriac, faisant de lui un exemple pour les scouts aujourd’hui.
L’Appel de la Route
Âgé de 19 ans, Joël Anglès d’Auriac prononce sa promesse scoute au clan Saint Martin de Toulon le 23 mars 1941. Comme l’écrit Monseigneur Molette, postulateur de la cause béatification de Joël d’Auriac, "cette promesse fut pour Joël le point de départ de ce qu'on pourrait sans doute appeler un approfondissement spirituel".
En août 1942, il participe au pèlerinage des Routiers Scouts de France au Puy-en-Velay. Trois mois après ce pèlerinage, les Allemands franchissent la ligne de démarcation et envahissent la zone libre. Le départ routier de Joël, le 16 mai 1943, marque une nouvelle étape dans sa vie spirituelle.
Convocation pour le STO
Quinze jours après son départ routier, il reçoit une convocation pour le Service du Travail Obligatoire (STO). Après deux refus, il finit par obéir et il est envoyé à Tetschen-sur-Elbe, ville de la République tchèque actuelle. Malgré l’esprit missionnaire qui l’anime et l’aide à porter un regard différent sur les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles il vit, cette période est éprouvante. Il écrit d’ailleurs dans un de ses carnets de route : "Il est parfois difficile de rester fidèle aux idéaux du départ, mais pour le moment, c’est le Seigneur qui se bat pour moi".
Joël d’Auriac vit cette épreuve en cherchant toujours à transmettre sa foi, dans la joie, à ceux qui l’entourent. Il trouve une bouée salvatrice en s’accrochant à son engagement Routier Scout, mais ne manque pas de garder un regard miséricordieux sur ses camarades qui se plient au régime nazi.
Création d'un clan routier clandestin
En novembre 1943, Joël crée la patrouille Notre-Dame de l’Espérance, un clan routier clandestin. Malgré les conditions, Joël propose un scoutisme authentique. Pour Noël 1943, le clan organise une sortie de patrouille en montagne : "Tout le groupe, bien que fatigué et amaigri comme tous les déportés, était enthousiaste". Les directives qu’il donne aux membres de la patrouille visent à les fortifier dans leur engagement, à organiser des visites auprès des malades français dans les hôpitaux et à se mettre au service de la communauté des Français déportés en Allemagne.
Cet apostolat discret finit par attirer l’attention des nazis qui y voient une opposition au régime. À partir de 1943, une persécution systématique et programmée contre les mouvements chrétiens est mise en place au sein du STO. Ainsi sont visés tous les jeunes Français engagés dans des activités chrétiennes organisées sur leur lieu de travail. Malgré les menaces qui pèsent, le clan Notre-Dame de l’Espérance continue de se rassembler. Mais le 10 mars 1944, après avoir été dénoncé, Joël est arrêté et incarcéré.
"Un Routier, qui ne sait pas mourir n'est bon à rien"
Le chef d’accusation au procès de Joël Anglès d’Auriac est le suivant : "parce qu’il est contraire à la conscience de s’opposer à la construction du nouveau monde". Il est condamné pour haute trahison le 20 octobre 1944 et décapité le 6 décembre de la même année, à Dresde. Il reçoit Jésus Hostie avant d’être exécuté "comme un héros chrétien", selon les paroles du prêtre qui l’accompagne dans ses derniers moments. Ce même aumônier déclare : "Il n’était pas désespéré, mais prêt". Toujours prêt.
Il voulait offrir le sacrifice de sa vie, en union avec celui de Jésus-Christ, en réconciliation pour les crimes de l'époque.
Le prêtre témoigne aussi de la profondeur de la foi de Joël : "Joël ne s'est pas simplement laissé prendre sa vie, mais il en a fait retour, comme par un libre cadeau de son amour, à Dieu son créateur dans les mains de qui il remettait ce signe visible de son amour fidèle et inviolable à Notre-Seigneur Jésus-Christ. De la sorte, il voulait offrir le sacrifice de sa vie, en union avec celui de Jésus-Christ, en réconciliation pour les crimes de l'époque."
"Ne soyez pas tristes, soyez certains que j'aссерte l'épreuve presque avec joie et je l'offre pour vous tous...". Dans les dernières paroles de Joël, adressées à sa famille et à ses routiers, on trouve un écho de saint Paul aux Thessaloniciens (Th 4,13-17). Joël d’Auriac a vécu de façon héroïque la foi, l’espérance, mais aussi la charité : au moment de quitter cette terre, il nous rappelle encore “un Routier, qui ne sait pas mourir n'est bon à rien” et nous livre son dernier message : "Lui seul est la vie réelle, le secret de la vraie joie. Vivez en contact perpétuel avec LUI et vous trouverez le bonheur vrai."
Le clan du groupe 192 des Scouts Unitaires de France de la paroisse Saint-Ferdinand des Ternes à Paris (17eme) porte le nom de "Clan Joël Anglès d’Auriac".
Prière écrite par Joël Anglès d’Auriac à l’occasion de son départ routier :
"O mon Dieu, le silence, l'inconnu, l'infini de cette Route qui sera ma vie, m'accableraient si je n'étais sûr de sentir près de moi votre Divine Présence ; avec vous, Seigneur, la Route ne sera plus silencieuse, notre marche sera un long entretien ; avec vous, Seigneur, la Route ne sera plus inconnue, car vous serez mon guide infaillible ; avec vous, Seigneur, la Route ne sera plus infinie, car il arrivera vite le moment où notre amitié s'épanouira pleinement dans votre ciel.
Ainsi, Seigneur, qu'au terme de notre Route commune, je puisse vous dire comme les disciples d'Emmaüs : "Reste aveс nous, Seigneur, car il se fait tard" ; et que je rentre à la maison du Père, guidé par les mains fraternelles du premier des Scouts Routiers."










