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Vatican II, pour une église humble et servante

Il y a soixante ans, clôture du concile Vatican II pour une Eglise humble et servante

Le Pape Paul VI lisant un discours lors de la cérémonie de clôture de la dernière session du Concile Vatican II.

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Benoist de Sinety - publié le 07/12/25
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Dans le contexte douloureux de l’après-guerre et du déclin de la pratique religieuse, l’Église entreprit il y a soixante ans d’affronter les défis du monde de son temps. Il était naïf d’imaginer que les réformes engagées allaient résoudre toutes les difficultés comme par magie, souligne le père Benoist de Sinety. Si l’Église apparaît à beaucoup aujourd’hui comme une réponse au désir de ceux qui cherchent, c’est sans doute au prophétisme du concile qu’elle le doit.

Ce 8 décembre 1965, en la fête de l’Immaculée conception, l’Église célèbre la clôture du concile œcuménique de Vatican II. Durant trois années, des centaines d’évêques, de théologiens, d’experts et d’observateurs se seront pressés dans les salles de commissions et en assemblée dans la basilique Saint-Pierre pour discerner quelle place l’Église est appelée à tenir dans le monde d’aujourd’hui. Pour réfléchir à la manière dont elle est appelée à servir l’humanité tout entière et par-là, manifester la puissance miséricordieuse de Dieu.

Le déclin de la pratique 

Il fallut deux papes et des débats homériques pour que chacun puisse apporter sa pierre à l’œuvre commune. On peut ne retenir de tout cela que l’aspect politicien ou s’en tenir à une explication extatique de l’événement. Il y a bien sûr le contexte de départ : la sortie de la guerre folle qui entache gravement la réputation morale d’un Occident qui, bien que chrétien, n’a pas su empêcher le déferlement de la barbarie, la décolonisation et ce qu’elle entraîne comme recomposition du monde, la Guerre froide et le spectre nucléaire, la révolution d’une jeunesse qui veut s’affranchir de tout carcan institutionnel et conteste le bien-fondé d’une société fondée sur le primat de la consommation (tout en en profitant). 

Il y a aussi le déclin de la pratique déjà manifeste depuis des années et la diminution déjà observable des vocations consacrées. Il y a aussi l’aspiration de nombreux baptisés à s’engager dans l’annonce explicite de l’Évangile y compris en investissant le champ politique et plus simplement social. Et puis aussi le désir de nombreux clercs et laïcs que les "choses bougent" et que dans sa manière de vivre au quotidien — et donc dans sa liturgie — l’Église puisse être moins en surplomb, mais plus accessible dans un monde qui commence de gré ou de force (capitalisme ou communisme) à se séculariser dans des sociétés de plus en plus nombreuses à opter pour la démocratie. 

L’écroulement

Tout au long du XIXe siècle, le pouvoir temporel du successeur de Pierre s’était effrité, à mesure que se renforçaient et se multipliaient des textes d’autorité émanant de Rome pour l’Église universelle. Jusqu’à l’écroulement, en pleine session du concile Vatican I lorsque les troupes de Garibaldi envahirent Rome. Avant de s’enfuir, les pères conciliaires eurent cependant le temps de voter la proclamation du dogme de l’infaillibilité pontificale le 18 juillet 1870. Et on en restait là.

Une Église dont la liturgie tridentine, imposée lors du concile de Trente en supprimant sans discussion possible tout rite local, célébrait les mystères de la foi dans une langue et sous des formes de plus en plus étrangères au plus grand nombre. Le scoutisme, les pèlerinages de groupe comme celui de Chartres, cherchaient à ouvrir des portes : les prêtres commençaient à pouvoir célébrer hors d’une église, ils pouvaient confesser hors d’un confessionnal, des aumôniers militaires, durant les guerres, avaient pris la liberté de traduire en français les textes des prières pour que les paroles en soient accessibles aux soldats au milieu des horreurs des combats...

Euphorie et morosité

Mais surtout, il y avait cette certitude que le monde devenait un lieu où les échanges et les rencontres allaient en se multipliant : globalisation du commerce, explosion des transports, rencontres des cultures et donc des religions, émancipation de l’être humain... Les débats entre les pères conciliaires étaient parfois vifs mais ils étaient toujours habités d’un certain optimisme, dans la joie de comprendre que le Seigneur guide son peuple dans une compréhension toujours plus aiguë de sa mission au service des hommes de son temps. Même le texte contenant la réforme de la liturgie, Sacrosanctum concilium, fut voté le 4 décembre 1963 sans difficulté (2147 voix pour dont celle de Mgr Lefebvre, contre 4). Quant à Nostra ætate qui, pour la première fois, énonçait clairement le désir d’une relation fraternelle avec le judaïsme et souhaitait établir un rapport de confiance avec les autres religions, il réunit le 28 octobre 1965 une majorité écrasante (2221 pour et 88 contre).

Le temps s’écoule. L’euphorie a laissé place dans nos pays d’Occident à une forme de morosité, de dépit. La poursuite de l’effondrement de la pratique nous a plongé collectivement dans l’affliction, résistant de moins en moins aux petites voix malignes qui en attribuent la cause aux changements engagés. Il était très naïf d’imaginer qu’une telle révolution qui engageait toute l’Église pourrait s’effectuer comme par magie. La superposition des réformes profondes enclenchées alors, et les bouleversements ultra-rapides du monde contemporain, épuisent vite tout désir de sagesse. Les générations se succèdent et ne connaissent du passé que ce que leur en rapportent les plus énervés de part et d’autre, ce qui n’est jamais gage de sérieux.

Une Église humble et servante

Il n’est cependant pas anodin d’observer qu’aujourd’hui la jeunesse, par exemple, est profondément imprégnée par un désir de rencontres et de dialogue, à tous niveaux. L’ultra-sécularisation n’est pas un frein pour nombre d’entre eux à chercher dans la religion non un refuge apeuré, mais un lieu protecteur qui les guide et les accompagne dans la mondialisation dont nul ne peut s’abstraire. Le prophétisme du deuxième concile du Vatican se manifeste alors : par ses textes et les transformations décidées, il préparait la conscience des baptisés à apprendre à discerner et reconnaître les appels de leurs frères afin d’œuvrer à y répondre.

L’étape initiée par François avec la synodalité est comme la mise en pratique de tout cela : affirmer avec force que l’Esprit souffle dans son peuple qui ne peut se réduire ni aux clercs ni aux laïcs mais qui est constitué de l’ensemble des chrétiens. S’affranchir des gangues qui séparent les chrétiens du monde afin de donner à tous un accès à une Église humble et servante. Renoncer aux idoles pour se souvenir que l’Église est un moyen que Dieu propose au monde afin que l’annonce de la Bonne Nouvelle résonne joyeusement et librement, pour tous. Qu’elle n’est en aucun cas un but, mais qu’elle est bien au service de cette mission : délivrer le message de salut en Jésus Christ qu’elle manifeste dans la fraternité universelle, qu’elle annonce en paroles et en actes.

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