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Qu’est-ce que “Skinnytok”, cette dangereuse tendance sur TikTok ?

Qu’est-ce que "Skinnytok", cette dangereuse tendance sur TikTok ?

La tendance Skinnytok met en avant "des habitudes alimentaires restrictives, des morphologies parfois très minces, ainsi que des comparaisons corporelles, sous couvert de motivation ou de promotion d’un mode de vie "sain"", dénonce l'Arcom.

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Mathilde de Robien - avec AFP - publié le 05/12/25
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Apparu en mars 2025 sur TikTok, repéré début avril par les autorités, interdit en juin, l’hashtag "Skinnytok" regroupe des vidéos faisant la promotion de l’extrême maigreur. Des contenus encore accessibles sur le réseau social et qui mettent en péril la santé mentale et physique des jeunes, notamment des jeunes filles, au point que l’Arcom, régulateur de l'audiovisuel, a fait un signalement le 4 décembre auprès de la Commission européenne.

"La nourriture n’est pas une récompense. Tu n’es pas un chien", "J’espère que ce que tu as mangé vaut la peine d’être gros cet été", "Je m’arrête de manger après quelques bouchées", "Je bois de l’eau quand j’ai faim", "Si la nourriture illumine ta journée, c'est que ta vie est vraiment merdique"… Voilà à quoi ressemblent les "conseils" qui sont prodigués sur certaines vidéos TikTok et qui inquiètent à juste titre le régulateur de l'audiovisuel. L’Arcom a en effet annoncé jeudi 4 décembre avoir transmis à la Commission européenne le résultat d'une enquête visant TikTok sur la tendance "Skinnytok", cette injonction à maigrir déversée sur des millions de comptes à travers le monde.

La tendance, portée depuis le mois de mars 2025 par une poignée d’influenceuses américaines, a été repérée par les autorités début avril 2025 après la publication de plusieurs articles de presse sur le sujet. "Skinnytok" (skinny signifie maigre, en anglais) a donné lieu à 5.522 publications entre le 24 mars et le 24 avril, a relevé le régulateur dans son enquête. Plus de 3.000 créateurs de contenus l'ont relayée, pour la plupart en langue anglaise, générant quasiment 100 millions de vues et 9,5 millions de likes sur la période. Si l’hashtag "Skinnytok" a été banni de la plateforme le 1er juin, "TikTok n'a pas fait le nécessaire pour limiter les contournements du blocage avec des mots-clefs similaires", dénonce l'Arcom. "Il a fallu attendre la mobilisation citoyenne via une pétition et l’intervention des pouvoirs publics pour que la plateforme prenne enfin des actions concrètes", ajoute le régulateur, citant le rapport parlementaire sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs.

Un hashtag banni mais aisément contournable

En avril dernier, TikTok avait pourtant assuré avoir "mis en place des règles strictes contre le body shaming (dénigrement du corps, NDLR) et les comportements dangereux liés à la perte de poids" en limitant l'accès aux contenus présentant des idéaux corporels néfastes. Mais force est de constater que les mots-clés "skinny" ou "thinspo" (contraction de thin, maigre, et inspiration) ou encore "sk1nnytok" ou "skinnytok motivtaion" ou tout simplement l’hashtag #pertedepoids renvoient à des vidéos toujours existantes.

Ces publications "mettent en avant des habitudes alimentaires restrictives, des morphologies parfois très minces, ainsi que des comparaisons corporelles, sous couvert de motivation ou de promotion d’un mode de vie "sain"", expose l'Arcom dans son rapport. La tendance met en avant des pratiques très restrictives comme "ne pas manger, faire toujours plus de sport", afin d'être le plus mince possible, écrit l'Arcom.

Savoir discerner un influenceur qui promeut tel sport pour être en forme d’un autre qui vend une discipline excessive pour atteindre le fantasme de la maigreur.

En plus des mots-clés détournés, la modération de ce type de contenus est rendue difficile à cause de la proximité entre l’univers du fitness, du sport, de l’alimentation healthy (saine) très en vogue actuellement et la tendance "Skinnytok". Il y a ici un sujet qui demande une extrême vigilance : savoir discerner, et apprendre à ses enfants à discerner, un influenceur qui promeut tel sport (ou tel régime) pour être en forme d’un autre qui vend une discipline excessive et inadaptée pour atteindre le fantasme de la maigreur. Car la maigreur est ici perçue et présentée comme un signe d’accomplissement, un marqueur de validation sociale et de confiance en soi. Pour les influenceuses adeptes de "Skinnytok", être maigre, en résumé, c’est être belle et forte.

Un risque de santé publique

"Ce phénomène est susceptible de représenter un risque de santé publique", dénonce l’Arcom, en particulier pour les mineurs, le réseau social étant particulièrement populaire chez les jeunes. En mai dernier, la Fédération française anorexie boulimie (FFAB) alertait sur l’engouement pour cette tendance qui "glorifie la maigreur extrême, culpabilise et diffuse des messages incitant à la métamorphose du corps, au prix de restrictions alimentaires à haut risque".

Certes le phénomène n’est pas nouveau. La minceur est présentée depuis des décennies comme un canon de beauté. Mais le danger des réseaux sociaux et plus particulièrement de TikTok, c’est tout d’abord la jeunesse des utilisateurs, exposés de plus en plus tôt à des contenus malsains voire toxiques, le caractère massif du phénomène dans la mesure où de nombreux jeunes sont susceptibles d’être touchés par ces messages et enfin le système des algorithmes de TikTok. Car une fois que l'algorithme de la plateforme est lancé, impossible de l’arrêter. Il suffit de quelques secondes passées sur une vidéo, et l’utilisateur est envahi de contenus similaires.

Un discours culpabilisant et toxique

La Fédération française anorexie boulimie dénonce un discours culpabilisant et toxique. "Il renforce les sentiments de honte et d’auto-dévalorisation, qui peuvent entraîner des perturbations alimentaires et accentuer le phénomène déjà présent fréquemment chez les personnes souffrant de troubles des conduites alimentaires (TCA)", fait-elle valoir. "L’exposition à ce type de messages peut être un déclencheur d’une restriction alimentaire pathologique, voire d’une aggravation d’un TCA ou d’une rechute." Et les images ne sont pas anodines : "Comme dans le suicide mimétique, la répétition des images et discours autour de la maigreur peut entraîner une contagion des comportements à risque."

Ces recommandations relèvent de la mise en danger.

Ces types de vidéos proposent des régimes à moins de 800-1000 kcal/jour, le retrait complet de catégories alimentaires et une activité physique excessive. Pour les experts, "ces recommandations relèvent de la mise en danger et s’accompagnent d’une glorification de la douleur, de la faim et du contrôle". Sur le plan physique, les restrictions alimentaires drastiques peuvent entraîner une dénutrition aiguë, des troubles électrolytiques (hypokaliémie) et cardiaques avec un risque vital, ainsi qu’un retard de croissance ou de puberté. Et au niveau psychique, ces restrictions sont responsables d’une estime de soi dégradée, d’anxiété chronique, de dépression, de conduites suicidaires et peuvent contribuer au développement, à la rechute, au maintien ou à l’aggravation de TCA chez les personnes à risque.

La vigilance des adultes est donc de mise. Et jamais un parent ne répètera trop à son enfant ce verset du prophète Isaïe : "Parce que tu as du prix à mes yeux, que tu as de la valeur et que je t’aime" (Is 43,4). Un excellent contrepoids aux algorithmes de TikTok.

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