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Pourquoi tant de prêtres anglicans rejoignent les rangs de l’Église catholique

Pourquoi tant de prêtres anglicans rejoignent les rangs de l’Eglise catholique

Le 15 janvier 2011, trois anciens évêques anglicans étaient ordonnés prêtres à la cathédrale de Westminster, à Londres.

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Louis de La Houplière - publié le 04/12/25
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Une étude publiée fin novembre par la Société Saint-Barnabé révèle que près de 500 prêtres ordonnés entre 1992 et 2024 étaient auparavant pasteurs de l’Église anglicane. Un phénomène d’importance, alors que le nombre de catholiques augmente considérablement en Angleterre.

Le 12 mars 2022, l’ancien évêque anglican Jonathan Goodall était ordonné prêtre catholique à la cathédrale de Westminster. Quelques mois auparavant, il avait démissionné de son poste à la tête du diocèse d’Ebbsfleet pour "entrer en pleine communion catholique". Avant lui, l’un de ses prédécesseurs à la tête de l’évêché, Andrew Burnham, prenait la même décision et était ordonné prêtre en 2011. Ces événements ne sont pas isolés. Sur la seule année 2021, à l’instar de Jonathan Goodall, trois autres évêques anglicans faisaient le choix de rejoindre l’Église catholique romaine. Une dynamique qu’est venue confirmer une étude, intitulée "Conversion du clergé dans l’Église catholique en Grande-Bretagne" et rendue publique le 20 novembre : elle révèle notamment qu’environ un tiers des prêtres catholiques récemment ordonnés en Angleterre étaient auparavant des pasteurs de l’Église anglicane.

Ces chiffres, publiés par la Société Saint-Barnabé, qui a pour mission de soutenir les anciens membres du clergé et religieux d’autres confessions chrétiennes, ont été obtenus grâce aux archives de Mgr John Broadhurst, prêtre catholique et ancien évêque anglican. Les données sont édifiantes et ont de quoi surprendre : la base de données qui a servi à l’étude contient les noms de plus de 700 prêtres des Églises anglicanes d’Angleterre, du Pays de Galles ou d’Écosse, qui ont été accueillis dans l’Église catholique, entre 1992 et 2024. 486 ont été ordonnés prêtres et 5 sont des diacres permanents. Parmi eux, pas moins de 16 anciens évêques. "Les chiffres sont bien plus importants que ce que la plupart des gens imaginent", a commenté Stephen Bullivant, professeur de sociologie à l’université catholique St. Mary’s de Londres, auprès du journal Catholic News Agency. Ce dernier s’est déclaré très surpris par ces données, "en particulier les ordinations en proportion de toutes les ordinations".

Voyage historique de Benoît XVI

Deux années ont été particulièrement marquantes et témoignent de bouleversements irréversibles pour l’Église anglicane. En 1994, plus de 150 membres du clergé anglican choisissent de rompre avec leur Église et embrassent la foi catholique. Cette même année, trente-deux femmes sont ordonnées prêtres par l’évêque de Bristol. Une première dans l’Église anglicane, qui sera vécue comme un véritable séisme par l’institution. Seize ans plus tard, en 2010, le pape Benoît XVI se rend à Édimbourg pour une visite historique de quatre jours au Royaume-Uni, avec pour objectif de rapprocher catholiques et anglicans. Sa visite fait l’effet d’un tsunami, dans une Église engluée dans les affaires d’abus sexuels : dans l’année qui suit, plus de 80 membres du clergé rejoignent l’Église catholique. Cette visite avait été précédée de la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus, qui autorisait la création d’ "ordinariats personnels pour les fidèles anglicans qui désirent entrer en pleine communion avec l’Église catholique de manière collective".

Une hausse du nombre de catholiques

Parmi ceux qui se sont tournés vers l’Église catholique à la suite de ces deux événements majeurs, comment ne pas penser à Mgr David Waller, converti en 2011 et aujourd’hui évêque de l’Ordinariat de Notre-Dame de Walsingham, une institution œcuménique dirigée par Rome. Cette structure accompagne depuis 2011 les anglicans entrés en pleine communion avec l’Église catholique. "Beaucoup se sont rendu compte que Dieu avait un plan pour eux, esquisse Stephen Bullivant. Et une partie de ce plan consistait à ce qu’ils fassent cela." Comme le père Jonathan Goodall, la plupart prennent cette décision "afin de répondre à l'appel du Seigneur" et non "par rejet" de ce qu'ils ont "connu et vécu au sein de l'Église anglicane".

Le rapport de la Société Saint-Barnabé vient ajouter de l’épaisseur à une étude publiée en avril par la "Bible Society", intitulée "Le Réveil silencieux", qui montre une hausse significative du catholicisme dans le pays, alors que le nombre de fidèles anglicans chute depuis plusieurs années. Si en 2018, 3,7 millions d’Anglais et de Gallois adultes, 8% de la population, se rendaient à la messe au moins une fois par mois, ils sont 5,8 millions (12%) en 2025, soit une augmentation de 56%. Chez les jeunes surtout, ils sont aujourd’hui 41% à se déclarer catholiques, contre 20% à se déclarer anglicans. Au vu de l’ensemble de ces données, le catholicisme pourrait bientôt dépasser l’anglicanisme et devenir la première confession du pays.

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