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De l’IA à la Maison pontificale, le singulier parcours de Roberto Pasolini

Rev. Fr. Roberto Pasolini, OFM Cap., Preacher of the Pontifical Household, delivers a Lenten sermon at the Paul VI Hall in Vatican City, Friday, March 28, 2025
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Hortense Leger - publié le 04/12/25
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Chercheur en intelligence artificielle devenu franciscain après une conversion radicale, le frère Roberto Pasolini débute ce vendredi 5 décembre sa série de méditations sur l’Avent, les premières de Léon XIV. Nommé prédicateur de la Maison pontificale en 2024, il invite à vivre l’attente du Christ non comme une inaction, mais comme une démarche de transformation spirituelle dans un monde en quête de sens.

Un scientifique converti au Vatican. Les prédications de l’Avent vont s’ouvrir au Saint-Siège le 5 décembre 2025, marquant la première série de prêches à laquelle va assister Léon XIV. Des réflexions qui porteront sur le thème "Attendre et hâter la venue du jour de Dieu" (2 P 3, 12) et prononcées devant le pontife, les cardinaux et certains membres de la Curie romaine. En charge de ces méditations partagées tous les vendredis jusqu’à Noël ? Le père Roberto Pasolini.

Ce frère franciscain, nommé prédicateur de la Maison pontificale par le pape François en novembre 2024, est un ancien chercheur en intelligence artificielle. Celui qui entend bien ne pas se laisser "conditionner" par sa fonction éminente a connu un parcours spirituel étonnant. De sa conversion dans le métro de Milan jusqu’à la chaire du Vatican, Roberto Pasolini partage sa conviction que les hommes "restent libres de demeurer humains ou de devenir semblables à des machines". 

La découverte de la vie chrétienne

L’histoire de Roberto Pasolini est celle d’un enfant né à Milan, dans l’Italie catholique des années soixante-dix. Vers seize ans, le futur religieux s’éloigne de sa paroisse, lassé de ne pas trouver la stimulation intellectuelle dont il a soif. "Je ne suis pas devenu athée car je crois qu’il faut encore plus de foi pour être athée que pour croire." livrait-il le 11 novembre dernier, dans une interview à I-Media. L’adolescent qu’il est cherche une explication rationnelle au mystère de la vie, qui s’illustre bien dans son parcours d’études : mathématiques, informatique, intelligence artificielle. Mais vers l’âge de vingt-deux ans, un miracle se produit. Un matin, alors qu’il se rend à l’université en prenant le métro, il se plonge dans l’Evangile. Cette lecture touche profondément son cœur. 

Après cette découverte, le jeune Roberto se met à lire l’entièreté des Écritures. "Cela m’a redonné le désir de me rapprocher de la communauté chrétienne. C’était toujours une communauté très pauvre, mais j’avais désormais les yeux pour reconnaître en cette pauvreté le mystère du Christ mort et ressuscité." Pendant trois ans, le futur capucin se met au service des plus petits. Il y découvre la saveur de la vie chrétienne et ressent une grande joie. Un jour, lui vient à l’esprit l’idée de vivre à la suite du Christ de manière plus radicale. Alors fiancée, il comprend que Dieu l’appelle ailleurs. Un soir, il découvre les écrits de saint François d’Assise. "Je suis rentré chez moi en pleurant, bouleversé." Après un long temps discernement, il en est convaincu : Dieu l’invite à la suite du Poverello. Après la soutenance de son mémoire sur l’intelligence artificielle, il annonce à ses professeurs qu’il souhaite entrer au couvent. "J’avais trouvé un langage, une parole plus importante que toutes celles que j’avais cherchées jusque-là : [celle] qui me semblait être le salut du monde, et que je voulais célébrer par ma vie [entière] et partager avec les autres."

Prêcher la parole

Et cette parole d’amour, Roberto Pasolini a l’honneur de pouvoir la prêcher devant la Curie romaine et le Pape. En tant que prédicateur de la Maison pontificale, rôle qu’il assume depuis sa nomination par le pape François en 2024, il est en charge des prédications des quatre vendredis précédant la Semaine Sainte ainsi que de celles du temps de l’Avent. "Prêcher, déjà, est un grand engagement. D’un côté, le monde attend la parole de Dieu, de l’autre, il y a toujours le risque de mal la transmettre :  trop durement ou trop gentiment. Le défi, aujourd’hui, est d’annoncer le mystère de Dieu d’une manière à la fois fidèle et créative, enracinée dans la tradition mais en dialogue avec la sensibilité actuelle." Devant la charge qui lui incombe, le capucin essaie de rester lui-même, conseil que lui a donné le pape François. Roberto Pasolini assume en revanche se préparer davantage. "Je dois rédiger mes textes pour ensuite les transmettre au dicastère pour la Communication. Cela demande plus de rigueur." Léon XIV laisse cependant une liberté totale au frère dans le choix des thèmes de ses prédications. Voilà tout l’intérêt, souligne-t-il, de la charge de prédicateur : il vient de l’extérieur à la manière d’un "troubadour", qui n’est pas là pour "faire rire" mais pour faire "réfléchir". 

Et la première urgence, pour Roberto Pasolini, est de parler de la responsabilité qui incombe à l’Église de se mettre au service du monde. Une intention que Léon XIV porte déjà au cœur de son pontificat et mise en lumière par le pape François dans son encyclique parue en 2020, Fratelli tutti. "L’Église devrait être moins autoréférentielle, moins préoccupée d’elle-même (...). Elle ne doit pas se soucier de défendre ses positions ou ses privilèges, car lorsque le contexte est difficile, il ne faut pas se replier sur soi, mais se préoccuper des autres, comme le ferait un médecin.", résume le franciscain. 

Face à l’IA, replacer l’humain au coeur de chaque action

Également interrogé au sujet de l’intelligence artificielle (IA) et des nombreuses questions que son usage soulève, Roberto Pasolini se veut réaliste mais optimiste. "Je crois que les intelligences artificielles nous feront encore mieux comprendre ce qui constitue la spécificité humaine, ce petit quelque chose que nous seuls pouvons faire, et que souvent nous ne faisons pas." Pointant le quotidien de beaucoup, rythmé par la rengaine "métro, boulot, dodo" et rempli de trop nombreuses activités, le capucin appelle les hommes à être pleinement présents à ce qu’ils font. "Je crois que, si nous sommes tous si fatigués, c’est parce que nous vivons déjà un peu comme des ordinateurs. (...) Le fait que, bientôt, la plupart des choses pourront être faites par une machine nous obligera à nous demander : où choisissons-nous aujourd’hui de mettre notre cœur et notre amour ?"

Roberto Pasolini, qui rapproche ses études sur l’intelligence artificielle de sa mission de prédicateur, encourage à replacer l’humain au centre des gestes de chaque jour. "Aujourd’hui, une intelligence artificielle peut rédiger un texte important, et c’est très bien. L’essentiel, c’est que si moi je dois lire ce texte devant des personnes, à ce moment-là je peux le transformer en un acte humain. Je peux regarder les gens dans les yeux, décider où mettre l’accent. (...) ChatGPT peut composer de belles homélies ! Ce qui importe vraiment, c’est de laisser passer les paroles par son propre cœur (...)."

L’Avent, un temps "d’intelligence spirituelle"

En ce début de mois décembre, Roberto Pasolini souhaite travailler sur le thème de l’attente propre au temps de l’Avent, conçue non comme une période d’inaction mais comme un temps d’intelligence spirituelle, active et porteuse d’espérance. Insistant sur l’importance d’une patience active, il souhaite privilégier dans ses échanges avec des personnes non croyantes le dialogue fondé sur l’écoute des interrogations profondes plutôt que sur des réponses toutes faites. Dans un contexte de profonde mutation pour l’Église, il envisage de proposer trois méditations intitulées "les gardiens de l’espérance" pour relire l’attente comme une démarche confiante et engagée à la suite du Jubilé de l’année 2025. 

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