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De la Turquie au Liban, Léon XIV réactive la diplomatie audacieuse de l’unité

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Jean-Baptiste Noé - publié le 03/12/25
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Léon XIV a placé son premier voyage hors d’Italie, du 27 novembre au 2 décembre, sous le signe de l’unité, corollaire indispensable à la paix. Dans la ligne de la diplomatie audacieuse initiée par son prédécesseur Léon XIII, observe le géopoliticien Jean-Baptiste Noé, le Pape a prêché en Turquie et au Liban l’unité de tous les chrétiens en vue de la paix.

Le voyage pontifical à Nicée était prévu de longue date, évoqué dès 2023, puisqu’il devait commémorer le 1.700e anniversaire du concile. Retardé à cause du décès de François, c’est finalement Léon XIV qui en a endossé la responsabilité. À quoi il a ajouté, ce qui n’était pas prévu à l’origine, une visite au Liban, pays certes voisin de la Turquie, mais surtout pays marqué par la guerre et situé à proximité d’une Terre Sainte où le pape ne peut pas se rendre pour l’instant. Deux voyages différents, mais une même thématique : celle de l’unité, qui doit conduire à la paix.

Prière commune 

L’image s’inscrit déjà comme l’un des moments forts de ce pontificat naissant : Léon XIV, accompagné du patriarche de Constantinople, ainsi que de responsables d’églises évangéliques, marchant ensemble sur le ponton qui conduit aux rives du lac où s’aperçoivent les fondations de l’église qui abrita le concile de 325. Dix-sept siècles plus tard, les Églises chrétiennes réaffirment leur volonté d’unité en priant et en récitant le Credo, même si ce désir d’unité ne suffit pas encore au retour à la pleine communion. Mais dans un monde qui vit la fragmentation et la dissolution, où les moindres différences sont érigées en murs infranchissables, cette prière commune a montré que les chrétiens étaient capables de réconciliation et de dialogue authentique, avec la volonté d’aboutir à une paix commune. Un symbole d’autant plus fort que Nicée se trouve à la frontière de l’Asie et de l’Europe, au seuil d’une région dévastée par les divisions et les conflits communautaires. L’image du pape et du patriarche côte à côte renvoie un espoir de paix qui trouve sa source dans l’unité autour du Christ. 

Diplomatie audacieuse

Ce faisant, Léon XIV s’inscrit dans la diplomatie audacieuse initiée par Léon XIII (1878-1903). Il fut le premier à ouvrir la voie du dialogue avec le monde orthodoxe et à lancer des chemins de discussion, convaincu qu’en cette fin de XIXe siècle marqué par le scientisme et le rationalisme, la fracture n’était plus entre catholiques et orthodoxes, entre Occidentaux et Orientaux, mais entre ceux qui rejetaient et combattaient le Christ et ceux qui professaient sa foi. L’audace de Léon XIII fut de tenter d’unir tous les chrétiens afin de résister et de lutter contre les mouvements politiques et philosophiques qui cherchaient à supprimer la foi et Dieu. C’est cette idée qui est aujourd'hui reprise par Léon XIV en démontrant la réalité de l’unité dans une région qui est ravagée par les luttes communautaires et les fanatismes religieux. 

Le Liban : un message

À Beyrouth, Léon XIV a repris l’intuition de Jean-Paul II qui, en 1989, écrivait : "Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message." C’est sur ce "Liban-message" que le pape a insisté. Message pour un Levant divisé : il est possible de bâtir un pays sur la citoyenneté et pas uniquement sur les communautés. Message pour des pays effondrés sous le poids des guerres : il est possible de ne pas couler et de se redresser. Ce message, Léon XIV l’a adressé aux autorités, pour qu’elles luttent réellement et concrètement contre la corruption et la prévarication ; et aux jeunes Libanais, nombreux à être partis ailleurs, pour qu’ils ne coupent pas les ponts avec leur pays, qu’ils puissent revenir chez eux pour développer et faire avancer le Liban. Là aussi, la paix véritable n’est possible que dans l’unité. 

Un autre visage

À Nicée, il y eut le silence de la prière sur les rives du lac. À Beyrouth, le silence d’une autre prière, sur les rives de la Méditerranée, face à la stèle commémorant les morts de l’explosion du port. Léon XIV n’a pas prononcé de discours, il n’a pas pris à partie les politiques comme certaines auraient aimé qu’il fît. Il a prié dans le silence pour les victimes. Les responsables de l’explosion ne sont toujours pas connus, l’opacité continue de régner dans un pays où les structures politiques et juridiques sont défaillantes. Ces deux jours de visite ont permis de réintégrer le Liban dans la normalité des relations internationales. Bien que la guerre se poursuive dans le sud du pays, le Liban a démontré qu’il était capable de recevoir le pape, d’assurer sa sécurité et celle de la délégation. Deux jours durant, il a présenté un autre visage que celui de la guerre et des affrontements : celui de l’unité d’un pays où la cohabitation communautaire est possible. Au Levant, le Liban est redevenu un message. 

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