separateurCreated with Sketch.

Chercher Dieu, trouver Dieu et chercher encore

Anonyme espagnol, Héraclite, le philosophe pleurant, Chicago, The Art Institute of Chicago
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Jean-François Thomas, sj - publié le 03/12/25
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Ce Dieu caché, nul ne le trouve en plénitude ici-bas. Le chercher, c’est le trouver et vouloir le chercher encore, car il est infini et c’est d’abord Lui qui nous cherche.

En cette heure de début d’Avent, les rois mages sont déjà en marche depuis longtemps, poursuivant l’étoile qui les précède et les mène à ce qu’ils recherchaient depuis tant d’années. Ils sont sur le point de trouver le trésor unique qui fait battre leur cœur et qui nourrit leur intelligence, mais leur quête n’en sera pas paralysée pour autant car, riches de la Révélation, ils retourneront dans leurs patries pour annoncer ce qu’ils ont contemplé et pour grandir dans la foi jusqu’à leur dernier souffle. Ils n’avaient point lu encore saint Augustin mais ils auraient résonné de concert : "Cherchons pour trouver, et cherchons une fois qu’on l’aura trouvé. Pour qu’on le cherche pour le trouver, il est caché ; pour qu’on le cherche une fois trouvé, il est infini" (Traité sur l’Évangile selon saint Jean, CXXIV). 

Ne pas se tromper de direction

L’évêque d’Hippone, qui a tant erré de doctrine en doctrine avant de retourner vers le Christ, savait combien chercher et trouver se répondent l’un à l’autre et que ce mouvement ne doit jamais cesser, sous peine de se racornir. Il ne s’agit pas d’affirmer que la vérité est relative, qu’elle ne peut être connue, mais d’être convaincu que la vérité une fois découverte n'a jamais fini de dévoiler ses richesses et qu’il est donc nécessaire de garder son bourdon de pèlerin à la main pour ne pas se contenter d’une maigre portion. Cette recherche incessante, alors même que l’objet tant désiré est trouvé, ne doit pas se tromper de direction. Il ne s’agit point de retomber dans les ornières passées, de cultiver les erreurs et d’embrasser le monde ou les hérésies. Notre Docteur de l’Église est clair à ce sujet : 

"J’ai parcouru avec mes sens, comme je l’ai pu, le monde extérieur. J’ai observé la vie de mon corps et mes sens eux-mêmes. Puis je me suis engagé dans les retraites de ma mémoire, dans ces multiples domaines si merveilleusement pleins d’innombrables richesses ; je les ai considérés et j’ai été stupéfait. Sans votre secours je n’aurais rien pu y discerner, mais je me suis aperçu que rien de tout cela n’était vous. […] Car vous êtes la lumière permanente que je consultais sur toutes ces choses pour savoir si elles existaient, ce qu’elles étaient, ce qu’elles valaient, et j’écoutais vos leçons et vos ordres" (Les Confessions, X). 

Et ces mots si célèbres que tout amant de la vérité peut faire siens : "Tard je t'ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t'ai aimée ! Mais quoi ! tu étais au dedans de moi, et j'étais, moi, en dehors de moi-même ! Et c'est au dehors que je te cherchais ; je me ruais, dans ma laideur, sur la grâce de tes créatures" (Ibidem)

Ne pas se reposer sur ses lauriers

Le Maître s’est fait connaître comme "la voie, la vérité et la vie" (Jn 14, 6) et l’invitation est donc d’embrasser cette vérité dans le mouvement de la vie en empruntant le chemin. Jamais ne s’instaurera le repos en cette existence terrestre : l’âme ne sera jamais rassasiée, ou, si elle l’est par les dons insignes du Sauveur à ses amis, elle veut toujours davantage car telle est la gourmandise des saints. Ces derniers sont habités par un constant élan qui les pousse à vouloir découvrir plus pour aimer davantage. L’homme soudain statique parce qu’il aurait perçu un trait de lumière et que cela lui suffirait est en fait bien paresseux et il se détourne de la grâce. Il existe aussi la tentation, chez certains croyants — et aucun d’entre nous n’y échappe au moins de temps en temps — de considérer avec suffisance que la connaissance du Christ, la foi en Lui, dispenseraient soudain de tout effort pour approfondir cette révélation : personne ne peut se reposer sur ses lauriers. Benoît XVI, lors de sa visite à Paris, prononça aux Bernardins un superbe discours sur le sujet, rappelant ce que fut la motivation des moines médiévaux : 

"Il faut reconnaître avec beaucoup de réalisme que leur volonté n’était pas de créer une culture nouvelle ni de conserver une culture du passé. Leur motivation était beaucoup plus simple. Leur objectif était de chercher Dieu, quærere Deum. Au milieu de la confusion de ces temps où rien ne semblait résister, les moines désiraient la chose la plus importante : s’appliquer à trouver ce qui a de la valeur et demeure toujours, trouver la Vie elle-même. Ils étaient à la recherche de Dieu. Des choses secondaires, ils voulaient passer aux réalités essentielles, à ce qui, seul, est vraiment important et sûr" (Discours au monde de la culture). 

Un objet infini

Pourtant, ces hommes de Dieu L’avaient trouvé, mais ils poursuivirent leur recherche avec tout leur être. Le Souverain Pontife soulignait aussi que "l’attitude vraiment philosophique [est de] regarder au-delà des réalités pénultièmes et se mettre à la recherche des réalités ultimes qui sont vraies" (Ibidem). Lorsque l’homme s’abstient soudain de chercher, même ce qu’il a trouvé par grâce ou à partir de ses propres raisonnements, il est infidèle à sa vocation humaine. De façon étonnante, comme le note Rémi Brague dans La Profondeur du présent (Hermann), ce sont des philosophes qui, très tôt, ont parfois décidé qu’il n’était plus utile de chercher, tels al-Farabi au Xe siècle regardant Aristote comme indépassable, ou bien Montesquieu, dans L’Esprit des lois, présentant la constitution anglaise comme le seul modèle à imiter. Cette soudaine passivité intellectuelle provient de l’orgueil de l’esprit persuadé qu’il a atteint la limite. Dans l’ordre de la foi, l’objet est Dieu, infini. Jamais aucun homme ne pourra en faire le tour. Celui qui épuiserait la connaissance de Dieu serait Dieu lui-même. Sans doute fut-ce le désir gigantesque de Lucifer avant sa chute. 

Le plus grand chercheur

Saint Bernard, s’adressant à ses frères, les encourage dans la voie de cette saine insatisfaction intérieure qui pousse l’âme à vouloir embrasser l’Être de Dieu de plus en plus largement : 

"Nous savons ce que nous cherchons et quel est celui qui nous a conduits ici. Nous cherchons Dieu, nous attendons Dieu. Ce n’est pas une petite affaire, ni le fait d’une âme mesquine, puisque l’Épouse du Cantique, qui, du fait de son nom, se glorifie d’un amour particulier, se plaint souvent d’être déçue : “Je l’ai cherché, dit-elle, et je ne l’ai pas trouvé. ” Car il est aussi admirable qu’aimable : on le trouve sans le chercher et on le cherche sans le trouver. […] Cherchez, Frères, cherchez le Seigneur et soyez pleins de force. Cherchons donc de manière à le chercher toujours, et qu’il puisse dire de nous en venant nous chercher : “Voici la race de ceux qui cherchent le Seigneur, qui cherchent la face du Dieu de Jacob.” Alors, que s’ouvrent les portes éternelles, et qu’il entre le Roi de Gloire, et nous aussi avec Lui, qui est Dieu béni pour les siècles" (Sermons divers, IV). Et ailleurs, il ajoute sobrement : "Chercher Dieu, c’est être cherché par lui" (L’Amour de Dieu). Ici tout s’inverse brusquement et l’âme réalise que le plus grand chercheur est Dieu. Le Bon Pasteur ne se lasse pas de partir à la recherche des brebis égarées. Si, d’aventure, nous avions la prétention de croire que le premier geste vient de nous, nous serions rapidement remis à notre juste place en découvrant que Dieu travaille à ce que chacune de ses créatures humaines trouve le bercail. La Vérité du Christ est le phare qui attire et cette lumière est inépuisable, brille de plus en plus intensément au fur et à mesure où on s’approche d’elle. Trouver, chercher, trouver encore, tel est le dynamisme de la foi.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)
Chercher Dieu, trouver Dieu et chercher encore