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Présidentielle 2027 : que peut-il se passer ?

Elections françaises

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Jean Duchesne - publié le 02/12/25
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Retrouvera-t-on à l’élection présidentielle de 2027, après Emmanuel Macron, "gauche" et "droite" face à face ? Rien de moins sûr, pour l’essayiste Jean Duchesne. 

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Même si l’on ne voit dans les péripéties de l’actualité politique qu’une vaine agitation, on peut se poser bien des questions. La plus stressante n’est pas de savoir si le Parlement accouchera d’un budget pour l’an prochain. Ce n’est pas non plus de savoir combien de temps pourra encore durer le gouvernement aujourd’hui en place — le troisième en à peine plus d’un an. Ce n’est pas davantage les résultats des municipales du printemps prochain : il est vraisemblable qu’elles confirmeront l’érosion du "centre" macroniste, de toute façon trop récent pour s’être enraciné dans les grandes villes où compte beaucoup la personnalité des édiles dans la durée. L’enjeu sera en revanche considérable dans dix-huit mois, lors de l’élection présidentielle du printemps 2027, et c’est là que les interrogations s’empilent.

Retour à la vieille alternance ?

L’actuel président ne pourra pas se représenter. Il pourrait certes, si l’on s’en tient à la lettre de l’article 6 de la Constitution française qui se contente d’exclure plus de deux mandats consécutifs, se présenter et se faire élire à nouveau en 2032 et même en 2037 (il n’aurait alors que 60 ans), puis encore 2047 et finalement 2052 (soit à 75 ans, alors que Donald Trump a été réélu à 78 ans passés en 2024). Il faudrait cependant qu’il retrouve une popularité qu’il a apparemment perdue. Quoi qu’il en soit, il n’a pas "oint" de successeur qui ou bien s’imposerait déjà, ou bien assurerait un intérim (comme Dmitri Medvedev pour Vladimir Poutine en 2008-2012), mais risquerait d’y prendre goût (tel Edouard Balladur ne s’effaçant pas devant Jacques Chirac en 1995). Et surtout, les partisans de Emmanuel Macron ne semblent pas constituer un parti solidement implanté, ni incarner un positionnement ou une identité à l’épreuve du temps.

Dans ces conditions, il est tentant de se dire qu’on va retrouver en 2027 la bonne vieille alternative entre "gauche" et "droite". Ce n’est pourtant nullement évident, si l’on y regarde d’un peu près. Il est d’abord probable qu’il y aura pléthore de candidats, entre lesquels les voix s’éparpilleront, de sorte qu’il n’est pas impossible qu’après le premier tour, les deux finalistes soient de bords pas si éloignés. C’est ce qui s’est produit en 1969, lorsque Georges Pompidou, pragmatique ancien premier ministre du général de Gaulle, a battu le modéré Alain Poher, président du Sénat. Le communiste arrivé troisième (Jacques Duclos), contraint à préconiser l’abstention, a ironisé que ces deux-là étaient "comme blanc bonnet et bonnet blanc".

Du pluriel au singulier à "gauche"

Ce qui toutefois fait le plus douter d’une rebipolarisation est que l’on doit bien se demander ce que recouvrent au juste les appellations "gauche" et "droite". On admet trop souvent que ce sont des réalités pour ainsi dire métaphysiques, qui sous-tendent les attitudes universelles dites respectivement progressiste et conservatrice. L’histoire est moins simple. S’il est vrai que, pendant la Révolution française, les zélateurs du changement siègent généralement à gauche du président dans les assemblées et les défenseurs des acquis à droite, ni les uns ni les autres ne recourent à cette latéralisation pour se définir. Le mot "gauche" n’apparaît que peu à peu au XIXe siècle, et il n’est ouvertement et collectivement revendiqué qu’en 1924, lorsque les élections sont remportées par une alliance de radicaux devenus des notables et de socialistes, qui ont formé (sans les communistes) un Cartel des gauches.

Le Nouveau Front populaire constitué pour les élections parlementaires de 2024 paraît loin de rester une entité cohérente.

On notera le pluriel. Lorsque ces mêmes partis reviennent au pouvoir en 1936 (avec cette fois le soutien des communistes), on ne parle plus de "gauche(s)", mais de Front populaire. L’idée d’une "gauche" unique et intégratrice émerge seulement après 1945 : la participation de l’URSS à la victoire sur le nazisme a en effet permis des accords électoraux ponctuels avec les staliniens, tandis que le marxisme semble s’installer définitivement dans le paysage culturel. Cette alliance ne triomphe qu’en 1981, avec la présidence de François Mitterrand. Or elle prend un tour quasi monarchique et, en économie comme sur le plan international, un certain réalisme est vite substitué à l’idéalisme de "gauche". À présent, le Nouveau Front populaire constitué pour les élections parlementaires de 2024 paraît loin de rester une entité cohérente.

L’extrême de quoi ?

En face, l’appellation "droite" est encore plus floue. Ceux qui se retrouvent sous cette étiquette ne s’y reconnaissent pas. Ils sont très divers et même divisés, et n’ont en commun que d’être de "non-gauche". Mais ils s’affirment républicains, comme les "gauches" de la IIIe République. Le nom de "droite" n’a été assumé (en l’associant au "centre") que fin 2016, pour la primaire remportée par François Fillon — et en vain, puisqu’elle ne lui a pas valu d’accéder au second tour en 2017. On peut donc dire que la "droite" est une invention de la "gauche", au moyen de laquelle celle-ci, faute de réussir à s’autodéfinir, se démarque de ce qui résiste encore (passivement) à l’irrésistible "modernité" dont elle-même s’estime le produit et le vecteur.

Lorsque l’indocilité à cette bien-pensance est intellectuellement motivée, ou si elle réagit mimétiquement à des radicalisations de "gauche" par des excès symétriques, elle se voit coller la pancarte "extrême droite", qui rend infréquentable. Mais l’extrême de quoi ? D’un machin insaisissable. Et on s’abstient pudiquement de nommer le pendant inversé : "extrême gauche" ou "gauchisme". Il s’est illustré jusque dans les années 1980, avant d’être discrédité par Mao ou Pol Pot et par un anarchisme terroriste en Europe (Bande à Baader, Brigades rouges). Mais il réaffleure sous les bannières "anticapitaliste", woke ou d’un écologisme misanthropique.

Mutations et retournements

La "gauche" moins provocatrice s’avère aussi le produit de mutations et retournements, et non une réalité transcendant les circonstances. À son origine révolutionnaire, elle a été nationaliste et a routinièrement infligé la peine de mort. La colonisation est son œuvre. Elle a longtemps été hostile au vote des femmes (qui, à l’époque, aurait favorisé les partis cléricaux), au multiculturalisme (par patriotisme) et à l’immigration (pour préserver l’emploi non qualifié). De nos jours, pour gagner des voix musulmanes, certains "à gauche" préfèrent oublier à la fois leur laïcisme et l’antimodernisme foncier de l’islam dans le domaine "sociétal". 

Si donc la "gauche" a une consistance problématique, et si la "droite" qui n’en veut pas n’arrive pas à s’unir ni se définir (le libéralisme n’étant guère mobilisateur), étant entendu que l’entre-deux (ou "ni... ni...", ou "en même temps") macronien s’épuise, et que la partie est compliquée par un populisme déclaré d’"extrême droite", qui surfe sur des rejets plus que sur un projet, mais n’est plus si marginal et joue le jeu parlementaire, que peut-il se passer ?

Le politique à sa juste place

On peut prévoir que les personnalités seront décisives, plus que les idées ou les programmes, dans des exercices de comparaison et d’élimination. Le vainqueur sera le premier choix d’une minorité seulement d’électeurs (et a fortiori de citoyens). Mais qui oserait prédire qui ce sera ? De toute façon, son "état de grâce" initial ne durera que quelques semaines, avant qu’on se mette quasi infailliblement à le rendre responsable de tout ce qui continuera d’aller de travers.

Faut-il s’en désoler ? S’en indigner ? S’en désintéresser ? S’y résigner ? Non. Tout cela situe le politique à sa juste place. C’est, en un sens, du religieux de bas étage, avec ses liturgies-spectacles et des croyances qui ne sont que tacitement invoquées ou accommodées pour promettre non pas le salut éternel, mais des remèdes rapides à des dysfonctionnements sociaux. D’où quantité d’approximations et fluctuations pour gérer ensuite dans l’urgence le quotidien et l’imprévu. C’est pourtant un service indispensable. Mais les moyens qui lui sont inhérents peuvent littéralement enivrer. C’est pourquoi ceux qui les briguent ou les reçoivent, quels qu’ils soient, méritent qu’on prie pour eux (1 Tm 2, 1-2) avant de les honnir s’il en est besoin.

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