D’athée convaincue à Servante de Dieu. Le Dicastère pour la cause des saints a accordé le 29 septembre 2025 un nihil obstat à la cause de béatification et de canonisation de Ruth Pakaluk, une mère américaine de sept enfants, morte en 1998 à 41 ans, des suites d’un cancer du sein. Cette décision signifie que rien ne s'oppose à ce que le diocèse de Worcester, dans le Massachusetts, entame la procédure de canonisation de Ruth, reconnue désormais Servante de Dieu. Il lui appartient d'enquêter sur sa vie et de déterminer l'héroïcité de ses vertus, pour qu’elle soit déclarée Vénérable.
De l’athéisme à la foi fervente
La "maman du quartier". Voici comment les enfants de la ville américaine de Worcester aimaient surnommer Ruth Pakaluk. Cette mère de sept enfants, qui préparait des brownies et les distribuait à la sortie de l’école, a laissé un souvenir fort aux habitants de cette commune du nord-est des Etats-Unis. Née en 1957 dans le New Jersey, Ruth grandit dans une famille qui fréquente les églises presbytériennes. Élève brillante, sportive et musicienne, elle est aussi adepte de théâtre et de comédie musicale.
Lorsqu’elle rencontre celui qui deviendra son mari, à l’automne 1976, dans la prestigieuse université d’Harvard, elle se déclare "athée" et "fervente partisane de l’avortement légal". Michael Pakaluk est un brillant étudiant élevé dans une famille catholique. Il se dit non-croyant. Tous deux se marient pourtant religieusement l’été suivant lors de leur troisième année d’université. Ils débutent alors ensemble un chemin de conversion et commencent à se rendre à la messe. Quelques années plus tard, ils deviennent membres surnuméraires de l’Opus Dei.

L’engagement pour la vie
Petit à petit, Ruth change d'avis au sujet de l’avortement. Alors jeune maman d’un petit garçon, elle contribue à créer un groupe pro-vie à Harvard. Elle rejoint en 1984 le conseil d'administration de la Massachusetts Citizens for Life, organisation laïque américaine non partisane prônant la défense de la vie, et en devient la présidente de 1987 à 1991. Elle se rend sur les campus universitaires pour parler de l’avortement et tient, pour Peter Kreeft, professeur américain de philosophie, l’un des "discours pro-vie les plus persuasifs (...) qu’il ait jamais entendu". Ruth s’investit dans la contestation d’un programme d’éducation sexuelle destiné aux écoles publiques de Worcester. Grâce à sa mobilisation, elle contribue largement à la décision du comité scolaire de ne pas adopter ce dispositif. Ce qui frappe chez elle ? Sa discrétion. "Elle n’était pas du genre à s’affirmer dans ses relations personnelles. Elle n’était ni ostentatoire, ni agressive, confie Dwight Duncan, ami de la famille Pakaluk et postulateur de la cause, à l’agence catholique américaine CNA. Mais lorsqu’elle était sous les projecteurs, lors d’un débat, elle se révélait être une femme forte et influente."
En 1988, le couple et ses quatre enfants s'installent dans la ville américaine de Worcester. Ils vivent alors dans un "quartier pauvre" et habitent une maison "sans eau chaude courante". Le rayonnement de Ruth attire les enfants du quartier, dont beaucoup vivent dans des foyers monoparentaux. Son attention envers eux s’illustre à travers de nombreuses anecdotes rapportées par son mari. Elle organise des excursions près de Worcester en embarquant des dizaines d’enfants dans son break, rassemble les familles au cimetière de la ville où tous récitent le chapelet, exige que les enfants qui viennent visiter sa maison lisent un livre avant de sortir… Ruth tient à s’occuper de sa famille et voit dans son rôle de mère sa vocation. "Bien qu’elle fût très instruite et extrêmement intelligente, elle trouvait du bonheur à rester à la maison et à s’occuper de ses enfants. Et elle ne s’en excusait absolument pas, explique Grace Cheffers, une amie de Ruth. C’était une femme d’une grande profondeur et une enseignante née. Elle choisissait ses mots avec soin et connaissait vraiment sa foi."
Une foi toute personnelle
Beaucoup témoignent de la foi simple et rayonnante dont Ruth était animée. Lorsqu’une de ses amies lui demande pourquoi elle se rend tous les jours à la messe, la jeune mère donne deux raisons. La première : la mort subite de son fils Thomas en novembre 1989, qu’elle "retrouve" dans la "communion quotidienne". Quant à la seconde, Ruth lance d’un seul trait : "les deux événements les plus importants de l’histoire de l’humanité, l’Incarnation et la Rédemption, se produisent à chaque messe. Pourquoi voudriez-vous être ailleurs ?" Son engagement se manifeste aussi dans le service : directrice de l’enseignement religieux de sa paroisse, Ruth veille à transmettre la doctrine avec créativité et bienveillance, inventant par exemple le "Quiz Game", un concours paroissial qui attire enfants et familles, rendant l’apprentissage de la foi joyeux et vivant. Pour l’ancien évêque de la cathédrale Saint Paul, où elle se rendait, il n’était pas rare de la voir prolonger la prière après la messe, plongée dans une intimité avec Dieu.

Le don de soi jusque dans la maladie
Ruth incarne l’extraordinaire au cœur de l’ordinaire : mère, épouse, bénévole, elle vit ces rôles dans un don total. En octobre 1991, le diagnostic d’un cancer du sein marque le début d’une longue épreuve traversée avec force et dignité : sept années durant lesquelles elle refuse de se laisser définir par sa maladie, veillant à préserver la vie normale de ses enfants. Son fils Max rapporte qu’elle s’était fixée comme règle : ne pas attirer l’attention, ne pas se plaindre, continuer à donner sans compter. Ruth va jusqu’à gravir le mont Washington, sommet escarpé culminant à 1.900 mètres, avec ses enfants, sans jamais se plaindre malgré une tige métallique dans la jambe.
Ruth s’éteint le 23 décembre 1998, deux jours après avoir reçu le sacrement des malades. Le jour de ses funérailles, devant une assemblée venue nombreuse pour rendre hommage à sa vie, son époux Michael Pakaluk résume l’essentiel de son existence : "Donner la vie et la défendre. Avoir la foi et la répandre. Être douée et tout offrir." Un parcours mis en lumière dans un ouvrage publié par Michael en 2011, rassemblant plusieurs lettres de cette mère, aujourd’hui Servante de Dieu. À travers la simplicité de son quotidien, Ruth Pakaluk laisse l’exemple d’une sainteté discrète mais rayonnante, profondément enracinée dans le don et le service.
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