1948, Calcutta. Un compte à rebours est lancé. Teresa, mère supérieure du couvent des Sœurs de Lorette attend désespérément la décision du pape Pie XII. Peut-elle quitter son ordre pour fonder celui des Missionnaires de la Charité ? C’est durant cette semaine d’attente que nous suivons la future sainte, mélange de vie au couvent particulièrement tourmentée et assistance aux plus pauvres, en dépit des horaires et des règles. Si le spectateur s’installe dans la salle de cinéma en espérant voir au travers de Teresa un film biographique qui déroulerait sobrement la vie de Mère Teresa, il s’y trouvera désarçonné.
Un portrait radical
L’un des forts parti pris du film réside dans le portrait qui est fait de la sainte. Sévère envers les autres sœurs, fortement ancrée dans la radicalité du dépouillement, elle apparaît comme une leader naturelle et exigeante, mais qui pourtant, se pose la question de la légitimité et du risque de tomber dans l’orgueil. Les séquences où l’on suit Teresa dans le couvent sont pour la plupart filmées caméra au poing, appuyant le sentiment d’une représentation brute, sans compromis. Une froideur générale parcourt le film, appuyée par la caractérisation des religieuses, frôlant parfois l’étrangeté. Toute cette austérité se construit autour de l’incompréhension de Teresa quant à l’idée de rester enfermée dans ces murs tandis que tant de personnes souffrent à l’extérieur. Lorsqu’elle se trouve dans la rue, au milieu des corps souffrants, tout s’adoucit, montrant ce qui habite son for intérieur : sa place se trouve auprès d’eux.

Tourments et ténèbres
Le long-métrage, inspiré en partie de témoignages réels, fait le choix de construire une partie fictionnelle autour de la question du désir de maternité et de l’avortement. Le récit avance sur une ligne de crête particulièrement fine, manquant de tomber à de nombreux moments dans une ambiguïté malvenue. Les tourments existentiels et questionnements intérieurs de Teresa sont représentés avec un parti pris tel qu’il nous place dans un certain inconfort. Certaines des séquences d’hallucinations tirent vers un pan du cinéma fantastique (tendant presque vers l’horrifique). L’une des phrases de Teresa de Calcutta ayant en partie inspiré la réalisatrice est celle déclarée par la sainte en 1962 : "Si jamais je deviens sainte, je serai certainement une sainte des "ténèbres". Je serai continuellement absente du Ciel pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre", faisant référence à la "nuit de la foi" vécue pendant une partie de sa vie et dont elle témoignera par la suite. Hormis certaines séquences de dialogues et d’insouciance, Teresa laisse la lumière tristement hors-champ, sans parvenir à nous convaincre.
Pratique :










