2,94 millions d’euros. C’est la somme qui a finalement été retenue lors d’une vente aux enchères le 30 novembre à Versailles pour s’adjuger Le Christ en Croix, chef-d’œuvre du peintre anversois Pierre Paul Rubens, resté introuvable durant près de quatre siècles. La toile, estimée entre 1 et 2 millions d’euros, avait été redécouverte en septembre 2024 par un commissaire-priseur lors d’un inventaire dans un hôtel particulier du VIe arrondissement de Paris.
La redécouverte d'une œuvre majeure disparue des radars depuis le 17e siècle, est un "événement rarissime", a confié le commissaire-priseur Jean-Pierre Osenat au Figaro. Le tableau, qui représente un Christ crucifié, solitaire et baigné de lumière sur fond de ciel sombre, incarne "le tout début de la peinture baroque". Il s’agit d’une véritable profession de foi et d’un sujet central pour Pierre Paul Rubens, protestant converti au catholicisme, qui a déjà traité ce thème à au moins trois autres reprises, la plus célèbre étant conservée à l’Alte Pinakothek de Münich.

Destiné à un collectionneur privé
En septembre 2024, Jean-Pierre Osenat ressent une vive émotion lorsqu’il découvre le tableau, discrètement accroché dans une chambre dans un hôtel particulier parisien, alors qu’il y réalise un inventaire. Guidé par son intuition, il envisage rapidement qu’il pourrait s’agir d’un authentique Rubens, et non d’une simple copie d’atelier. L’authentification débute alors, mobilisant plusieurs experts. Le tableau arrive dans l’atelier de la restauratrice Catherine Polnecq, qui dispose d’un équipement de pointe : la réflectographie infrarouge. En sondant en profondeur les couches de peinture, cette technique permet de dévoiler des détails invisibles à l’œil nu et révèle le travail créatif du maître flamand, dont des ajustements apportés par Rubens lui-même, comme le déplacement du torse du Christ pour accentuer la tension et la souffrance dans la composition finale.

Peinte au sommet de l’art de Rubens, la toile est authentifiée par le professeur Nils Büttner, spécialiste reconnu et président du Rubenianum d’Anvers, institut dédié à l’étude de l’œuvre du maître flamand. Contrairement aux nombreuses commandes religieuses de Rubens, ce chef-d’œuvre de 105,5 sur 72,5 centimètres était sans doute destiné à un collectionneur privé. Il fut acquis par le peintre académique William Bouguereau, ou par sa fille Henriette Vincens-Bouguereau, bien conscients de l’importance du tableau, même s’ils n’en révélèrent jamais la nature. Restée dans l’hôtel particulier-atelier du VIe arrondissement de Paris, l’œuvre fut conservée dans la famille jusqu’à sa récente mise en vente.
La peinture de Rubens
Né le 28 juin 1577, Rubens a consacré ses 1 403 œuvres aux thèmes de la mythologie, de l’histoire mais surtout de la religion : plus de la moitié de l'œuvre de Rubens traite de sujets bibliques. Nombre de ses tableaux ornaient il y a quatre siècles les murs d’églises flamandes.
Rubens est encore tout jeune lorsqu’il se révèle passionné de peinture. Chez sa marraine, il copie avec assiduité tous les tableaux qu’il trouve, et de fil en aiguille, il se retrouve à l’âge de 14 ans en apprentissage chez d’illustres peintres de son époque. Rentré d’Italie où il a étudié le style Renaissance des tableaux de Caravage ou encore de Raphaël, il devient peintre officiel de la cour néerlandaise. C’est à cette occasion que Rubens produit de véritables chefs-d’œuvre religieux. Parmi ses tableaux les plus connus, se distinguent notamment L'Érection de la croix (1610) et La Descente de croix (1611-1614), destinés à la cathédrale Notre-Dame d'Anvers. Mais ce maître de l’art baroque ne se contente pas des murs des églises. Dans la peinture d'autels, il déploie son goût pour des toiles monumentales, bien présent dans son œuvre L’Assomption de la Vierge (1626) qui trône au-dessus de l’autel de la cathédrale d’Anvers. A travers ses innombrables commandes, Rubens aura parcouru toute la gamme biblique, marquant de son pinceau l’histoire de la peinture religieuse.











