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Comment vivre l’Avent comme une véritable aventure ?

Homme marchant dans la neige.
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Marianne Durano - publié le 01/12/25
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Vivre la marche vers Noël comme un temps qui sublime "l’attente de ce qui advient", telle est la véritable aventure de l’Avent. La philosophe Marianne Durano nous donne des pistes pour habiter cette attente dans la joie et la simplicité.

Avez-vous jamais réfléchi au fait que le terme "Avent" avait la même origine que son cousin, le mot "aventure" ? Tous deux proviennent du verbe latin advenire, "arriver, se produire". L’Avent, comme l’aventure, c’est une traversée pleine de péripéties, dans l’attente d’un ""évènement" toujours "à venir" : attente du Messie, annonce des Prophètes, périple des Mages. Aujourd’hui, la seule aventure qu’on nous propose pour l’Avent, c’est une course aux cadeaux, aux promos sur le foie gras, un marathon de papillotes, une traversée du supermarché. Alors, comment vivre l’Avent comme une aventure ?

Avec des bouts de ficelle

La plupart des traditions de l’Avent, aujourd’hui occasion d’acheter de nouveaux objets, ont une origine non-consumériste. Ainsi, le fameux de sapin de Noël était à l’origine décoré de guirlandes de papier, de pommes, de gaufrettes et de pains d’épices, et, du moins au Moyen Âge, porté en procession par les représentants des différentes corporations. On raconte ainsi que certains porteurs malicieux n’hésitaient pas à le secouer plus que nécessaire pour en faire tomber les décorations gourmandes, qui régalaient alors les pauvres de la ville. Et si nous décorions nous-mêmes nos sapins, avec des bouts de ficelles et autres œuvres enfantines, ou bien avec des friandises à partager, à la mode médiévale ?

La crèche, elle, fut, paraît-il, introduite en 1223 par saint François d’Assise en personne, qui créa pour la première fois à Greccio une crèche vivante inspirée des mystères médiévaux. Avant d’être figés dans le bois, l’argile ou le plastique, les personnages de la Nativité ont longtemps été incarnés par des acteurs, qui proposaient ainsi des saynètes inspirées de l’Évangile sur le parvis des églises. Paradoxalement, cette tradition du costume et de la mise en scène s’est perpétuée aujourd’hui, non plus pour jouer Marie et Joseph, mais pour mimer le père Noël, venant saluer les enfants sur son traîneau. Et si nous osions créer une crèche vivante dans notre village ou notre quartier, pour proposer à nos voisins une tout autre histoire ?

Un défi à relever en famille

Le calendrier de l’Avent, lui, est une invention récente : né au XIXe siècle dans les familles protestantes allemandes, il proposait chaque jour une phrase de la Bible à méditer, et une bonne action à pratiquer : voilà un défi à relever en famille en ce temps de l’Avent, quitte à glisser, quand même, un petit chocolat entre deux prières… Qu’il s’agisse d’ouvrir chaque jour une fenêtre du calendrier, ou d’allumer chaque dimanche une nouvelle bougie, le temps de l’Avent est un temps particulier, qui nous permet d’habiter et de sublimer l’attente. Or l’attente est une disposition d’esprit très étrange, qui suppose à la fois le manque présent et la certitude future d’être comblé : c’est une manière paradoxale de jouir déjà de ce que l’on ne vit pas encore, de se réjouir précisément de notre frustration, d’anticiper les joies à venir en savourant le délai même qui nous en sépare. En ce sens, l’attente, cette frustration comblée, est la bête noire des publicitaires, qui creusent le manque pour mieux le remplir de satisfactions immédiates et faciles, promoteurs du "click-and-collect" et autres "livraisons en un jour ouvré".

Une manière d’habiter l’attente

L’attente, disait saint Augustin, c’est "le présent des choses futures", une manière d’illuminer le présent d’une lumière qui brille dans les ténèbres de l’avenir. "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière", exulte Isaïe dans une prophétie fameuse que nous lirons lors de la messe de Minuit. Quiconque a déjà attendu un être aimé, trompant son impatience par mille attentions, mille rituels pour conjurer le temps (les croix marquées sur le calendrier, les friandises préparées pour fêter son retour, la maison décorée pour l’accueillir), quiconque a déjà vécu cette frustration certaine d’être bientôt dédommagée au centuple, a déjà sans le savoir fait l’expérience de la foi. La foi, disait saint Paul, est "une façon de posséder ce que l’on espère" (He 11,1), de goûter déjà les joies à venir, dans la certitude tranquille que notre aventure ici-bas n’est qu’une manière d’habiter l’attente. L’attente est une manière de vivre le présent en se projetant dans l’avenir sur la foi d’une parole passée : "Je reviendrai jeudi en huit", "je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps" (Mt 28, 20). Un être capable d’attente est un être capable de foi, capable de Dieu. Voilà, la véritable aventure de l’Avent, qui fait encore vibrer le cœur de nos contemporains, malgré l’ignorance ténébreuse qui nous entoure, illuminée encore par le bref éclat d’une étoile montante.

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