L’Avent ouvre une période où le chrétien se plonge dans une attente active. Ce n’est pas une attente passive, mais un mouvement intérieur vers la lumière, appelée espérance. Dans un monde marqué par l’incertitude, l’espérance chrétienne n’est pas un optimisme naïf : elle repose sur la promesse que Dieu vient dans l’histoire humaine. Le pessimisme alimente les raisons de désespérer (guerres diverses interminables, violence et narcotrafic, réchauffement climatique, crise politique ou économique, désordres sociétaux…). Il est plus rationnel d'être pessimiste, mais il est plus vrai d’être dans l’espérance, car elle s’appuie sur autre chose !
Espérer, c’est quoi au sens commun ? C’est considérer ce qu’on désire comme devant se réaliser, et attendre, escompter, souhaiter…Même s’il ne s’agit pas de prendre ses désirs pour des réalités, il y a là tous les espoirs humains de bonheur, de paix, d’amour, attentes diverses plus ou moins couronnée de succès. Le simple espoir est hésitant parce que souvent déçu ! On dit bien : "J’espère bien !", parce qu’on n’en est pas sûr. On se sent impuissant devant le futur, qui n’est jamais certain !
L'espérance est inspirée par Dieu
Contrairement à l’espoir, l’espérance n’est pas rationnelle mais plus intuitive et elle est grâce et vertu théologale, donc inspirée par Dieu. Peut-on vivre sans espérance ? Avec la confiance, alors l’espoir devient l’espérance chrétienne, car il s’agit de la confiance en Dieu et non en nous-mêmes. Pour Thomas d’Aquin, l’espérance est vertu, donc elle nous rend bon, et son objet est Dieu et la béatitude éternelle. On peut l’atteindre par la foi et la charité qui lui sont liées, autres vertus théologales.
"L’espérance est un risque à courir", dit Bernanos. Pas dans la certitude, mais dans un acte de foi, car il faut oser l’espérance. "C’est la vertu éprouvée qui produit l’espérance" (Rm 5, 4). Péguy dans sa célèbre métaphore place l’Espérance comme une petite fille tenant par la main ses deux sœurs, la Foi et la Charité. Et Dieu s’étonne que l’homme puisse espérer ! Thomas d’Aquin voit l’espérance comme une vertu qui vient perfectionner la foi, qui répond au désir de vérité et s’appuie sur elle, sur la certitude de la toute-puissance divine. Son objet est la béatitude éternelle dans le ciel et dans ce monde les biens matériels et spirituels qui nous y préparent. Le désir de l’homme est désir de charité reçue de son auteur, car Dieu est Amour. Parvenues au ciel, la foi et l’espérance n’ont plus de raison d’être pour nous et il ne nous reste que la charité (1 Co 13, 13). La foi est une épouse fidèle, la charité une mère et l’espérance la petite fille de Péguy. La finalité de l’espérance est la plénitude du bien, celle de la foi la plénitude du vrai et celle de la charité la plénitude du bon.
L'espérance en face d'une promesse
C’est quand tous les espoirs sont perdus qu’il reste la fragile mais forte espérance, comme au soir du Vendredi saint où la croix n’a pas dit son dernier mot et annonce la résurrection de Pâques. Le désespoir est la disparition des possibles sans résultat apparent dans l’horizontalité. L’espérance est au-delà du résultat et redonne la lumière, celle du Seigneur, dans la verticalité. "Espérant contre toute espérance", dit saint Paul à propos d’Abraham, car il ne s’agit pas du même mot.
Matthieu Dauchez, prêtre dans des lieux misérables aux Philippines, affirme : "L’espoir scrute l’horizon. L’espérance contemple le Ciel. L’espoir s’accroche à l’avenir, l’espérance embrasse l’éternité. L’espérance est une victoire de l’amour et se résume à la réponse que le Christ donne sur la Croix au scandale du mal : "J’ai soif". Ces quelques mots qui sont une magnifique déclaration d’amour sont le fondement de notre indéfectible espérance. L’amour a vaincu !"
La lumière de nos couronnes de l’Avent et les prophéties d’Isaïe nous persuadent que l’espérance naît précisément au cœur des obscurités.
La notion biblique d’espérance est plus qu’un désir, que Dieu connaît parfaitement ; elle est une confiance en face d’une Promesse. Dieu donne la vie aux morts et appelle le néant à l’existence, donc que peut-il nous arriver si rien "ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu" (Rm 8, 39).
La lumière de nos couronnes de l’Avent et les prophéties d’Isaïe nous persuadent que l’espérance naît précisément au cœur des obscurités. Commençons cet Avent comme un mois pour rallumer notre flamme intérieure. Il est un temps où l’on apprend à écouter ce qui murmure en nous lorsque le tumulte du monde s’apaise. L’espérance naît dans cet espace silencieux où l’on accueille notre propre vulnérabilité, celle de la crèche. Ce n’est pas ignorer les difficultés, mais laisser poindre en soi une petite lumière qui dit : quelque chose de bon est encore possible et à venir, en "avent".









