La passion du voyage, Hortense et Jean-Baptiste l’avaient déjà avant de partir, début novembre, pour un périple de deux mois de Paris à Beyrouth, en voiture. Ces deux parisiens de 28 et 29 ans, qui se sont dits “oui” en août dernier, ont toujours voulu vivre une expérience forte après leur mariage. Pas un simple voyage de noces, mais un projet long, fort, qui ferait grandir leur couple. Le but de cette traversée ? Visiter les monastères qu’ils croiseront sur leur route et, une fois arrivés au Liban, servir sur place pendant six mois. "On voulait allier itinérance et mission", raconte Hortense. "Voyager fait partie de notre histoire : les road trips, les randonnées, les rencontres… Mais on souhaitait y mettre une dimension de service, de gratuité, de don." Grâce à l’association Mariés sans Frontières, qui accompagne les couples désireux de construire leur propre mission, le projet prend forme.
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"On s’est rendu compte que les couples étaient un peu l’angle mort des associations de mission", explique de son côté Jean-Baptiste. "Soit vous partez ensemble pour un ou deux ans minimum, soit vous partez seuls. Ce qui ne correspondait pas à notre situation. On voulait également une mission adaptée au couple et à l’itinérance, et Mariés sans frontières a répondu à toutes nos attentes." L’association offre aux ménages un accompagnement personnalisé grâce à un couple parrain, qui les soutient avant, pendant et après leur mission. Elle facilite également leur mise en relation avec des contacts locaux sur le terrain.
Un long chemin vers les monastères d’Orient
Depuis Paris, leur itinéraire les a déjà conduits jusqu’à l’abbaye d’Hautecombe en Savoie et jusqu’au Monastère de la Grande Chartreuse dans le massif du même nom. Le couple a ensuite traversé l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine… Il poursuivra sa route à travers les Balkans, jusqu’à la Grèce puis la Turquie et achèvera son périple, avec une arrivée à Noël, au Liban. Une progression lente, au rythme des rencontres des communautés qu’ils contactent à l’avance, ou au jour le jour. Le cœur de leur projet : la découverte des monastères d’Orient et d’Occident, souvent reculés, parfois oubliés. "Ils nous attirent par le mystère qu’ils dégagent" explique Jean-Baptiste. Le couple les visite, y prie et y loge quand c’est possible. "La vie des moines est à rebours de la société : le temps long, le silence… On essaye au maximum d’être hébergés par les communautés : c’est une manière d’entrer dans leur intimité, de voir la beauté et la grâce qui en ressort. Les complies le soir, les repas en silence, c’est fou à vivre." complète Hortense.
"La route des cèdres"
Au fil de la construction du projet, le couple décide de partager ses découvertes sur un compte Instagram, La route des cèdres. D’abord destiné à des amis, le profil gagne rapidement en abonnés, plus de 8.600 aujourd’hui, séduits par la beauté des publications des jeunes mariés. "On s’est lancé là-dedans comme un défi à relever. On connaît un peu les monastères d’Occident mais très mal ceux d’Orient, souligne Jean-Baptiste. Et pourtant, ils sont les gardiens de l’histoire. Ils ont tout traversé : guerres, reconstructions, conflits religieux. Ils sont toujours là et avec les mêmes recettes : le travail et la prière. On voulait partager ces histoires cachées, car c’est finalement un thème assez peu abordé sur les réseaux."
Les vidéos publiées sur leur compte Instagram mettent en lumière l’architecture des monastères, leur histoire et recueillent aussi quelques témoignages de moines. Mais au-delà de ces partages, ce sont surtout les nombreuses rencontres faites depuis le départ qui marquent profondément le couple. À Novalesa, dans les Alpes italiennes, un moine raconte sa conversion d’adolescent. À Chiaravalle, près de Milan, le père Stefano témoigne d’un appel inattendu à la vie monastique. À Tvrdoš, en Bosnie, un hôtelier partage les blessures laissées par les conflits des années 1990. "Les consacrés que nous croisons, mais aussi de nombreux laïcs, nous confient que voir un couple français venir jusque chez eux est un signe d’espérance", raconte Jean-Baptiste.

La foi au coeur de la route
La route n’est pas seulement faite de paysages et de monastères. Elle est aussi un chemin de foi pour les jeunes mariés. "Ce voyage remet la prière au centre de notre couple, ce qui n’est pas évident dans nos vies parisiennes…", confie Hortense. Au sanctuaire marial de Međugorje, ils renouent avec le chapelet. Sur les routes des Balkans, ils apprennent à prier ensemble dans la simplicité du quotidien. "Ce n’est pas toujours évident, mais on sent que ça transforme notre couple." La gestion de leur compte Instagram, les vidéos montées par Hortense, les textes écrits par Jean-Baptiste, devient elle aussi un travail d’équipe. "Ça nous fait grandir. Et les retours des gens sont incroyables." La barrière de la langue ajoute une difficulté. "Plus on avance, plus c’est dur de communiquer. Au Liban ce sera plus facile, on pourra globalement parler français mais en attendant on se débrouille avec l’anglais, que tous ne maîtrisent pas… On compose.", conclut Jean-Baptiste.
"Les grâces tombent toutes seules"
Dans deux mois, Hortense et Jean-Baptiste arriveront à Beyrouth. Un prêtre de la paroisse Notre-Dame des Anges les attend, prêt à les accueillir pour six mois de mission : service éducatif auprès des enfants, aide aux plus pauvres et aux réfugiés, et participation à la reconstruction d’un orphelinat. Grâce au programme "Témoins d’espérance", créé au début de l’année 2025 par l’Aide à l’Église en Détresse (AED), ils bénéficient d’un soutien logistique, de contacts locaux et d’une aide financière. "C’est un programme tout nouveau pour soutenir les voyageurs itinérants qui témoignent de la foi dans les pays traversés." De nombreux Libanais, très actifs dans les commentaires de leur compte Instagram, les encouragent déjà : "Yallah !" leur écrivent-ils. "On vous attend !"
Quand on leur demande ce qu’ils diraient à un couple qui hésite à partir en mission, les réponses fusent. "Lancez-vous ! clame Jean-Baptiste, enthousiaste au téléphone. Si vous sentez l’appel, allez-y, les grâces tombent toutes seules." Hortense complète : "Avant de partir, il y avait beaucoup d’incertitudes. Et finalement, les portes s’ouvrent. Les gens sont heureux de nous accueillir." Leur aventure n’est pas seulement un voyage, c’est un témoignage. Celui de jeunes mariés qui, pour commencer leur vie à deux, ont choisi la route, la prière, le service et la découverte d’un patrimoine spirituel que beaucoup ignorent.











