"Nous attendons que se réalise cette heureuse espérance, l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur" dit-on à la messe, juste après le Pater. Cet avènement (adventus, en latin), qui donne son nom au temps liturgique de l’Avent, est celui du retour définitif du Messie. Autrement dit, le Jugement dernier. L’attente, attitude spirituelle de ce début d’année liturgique, est effectivement tournée vers l’avenir, même si elle se nourrit des promesses de l’Ancienne alliance et de l’advenue, dans le temps et l’espace, du Verbe fait chair. Aussi chaque fidèle peut-il se demander, alors que commence la route vers la Nativité : suis-je prêt pour le Jugement et est-ce normal d’être confiant ?
"Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient" (Mt 24, 40) conseille Jésus aux disciples dans l’évangile de l’année A. Faudrait-il donc avoir une peur bleue du Jugement ? Certains de nos prédécesseurs dans la suite du Christ ont craint cet avènement final, avec le risque de ne plus voir que Dieu a la miséricorde pour visage. Cette époque révolue a laissé la place à un autre défaut, voire une hérésie : l’apocatastase ou, dans la culture populaire, "on ira tous au paradis".
Attendre le jugement avec conscience et confiance
Comme Aristote l’enseignait déjà quelques siècles avant le Sauveur, la vérité se trouve dans une juste mesure entre deux extrêmes. D’un côté, la mésestime de soi ou du Seigneur, qui fait craindre le pire : je ne serai jamais digne de vivre auprès du Père ; le Créateur est jaloux de son amour, notre Dieu est un Dieu vengeur. De l’autre, une présomption : je ne vois pas ce qui m’éloigne de Dieu ; le Père laisserait-il un de ses enfants se perdre ? Au milieu, l’Écriture et la Tradition, qui ne se prononcent pas sur le salut personnel, récusent l’apocatastase et professent une seule espérance : Dieu veut que tout homme soit sauvé.
Dès lors, Jugement rime avec conscience et confiance. Chacun est invité à avoir conscience que la liberté que le Créateur donne à ses créatures est une responsabilité et que les actes posés seront jugés à l’amour que nous y aurons mis. Dans un mouvement parallèle quoiqu’apparemment contraire, chacun doit s’en remettre à la grâce. Saint Ignace résume cette ligne de crête du chrétien dans ses Exercices : "Agis comme si tout dépendait de toi, en sachant qu’en réalité tout dépend de Dieu". L’orgueil quant au Jugement ne se situe donc pas tant dans la confiance elle-même mais dans l’objet de cette dernière : de moi-même ou de Dieu, qui est le seul auteur du Salut ?
La pénitence comme anticipation
À ce sujet, le Catéchisme de l’Église catholique précise que "le Fils n’est pas venu pour juger mais pour sauver" et que "c’est par le refus de la grâce en cette vie que chacun se juge lui-même" (§679). Et de rappeler un lieu très concret d’expérimentation du jugement, pour anticiper en cette vie cette réalité à venir : le sacrement de réconciliation. "En se convertissant au Christ par la pénitence et la foi, le pécheur passe de la mort à la vie et ‘il n’est pas soumis au jugement’ (Jn 5, 24)" (§1470). Confiance, donc, Il t’appelle.








