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Jimmy n'a fait que quelques foulées lorsqu'il sent son souffle lui manquer. La sensation est brutale, inattendue. Le jeune lieutenant a l'habitude du sport, véritable discipline de vie pour le militaire qu'il est. Ce matin d'avril 2024, il entame son terrain avec la trentaine d'hommes qu'il commande. Dans un mois, il partira en mission. Mais quelque chose cloche. "Je me connais et je sens une anomalie. Comme je ne peux pas me permettre de faiblir devant mes hommes, je reste à 100% mentalement", se souvient Jimmy. De retour de terrain, les symptômes ne diminuent pas : nuits blanches, toux grasse, épuisement constant.
Cancer. Le diagnostic tombe comme un couperet après plusieurs examens. Les médecins croient d'abord à une pneumopathie aiguë, mais c'est bien une tumeur qui prend plusieurs centimètres du poumon droit de Jimmy. Stade 4. Jimmy accuse le coup. Alors c'est ça, la vie ? À 25 ans, un jeune homme en pleine santé qui sert son pays avec passion peut être emporté par un fichu cancer ? "On ressent de la colère, de l'indignation. J'avais une hygiène de vie irréprochable, je n'avais jamais fumé, j'étais sportif, et la maladie m’a brutalement touché. Personne n’est immunisé", relève Jimmy.

Lui qui rêvait comme ses camarades du même âge de partir en opération extérieure (OPEX) ne le peut plus. Jimmy a intégré l’École Spéciale Militaire de Saint Cyr en 2018 après des années de travail acharné pour réaliser son rêve. Servir son pays en uniforme a toujours été sa vocation : fils de gendarme, il passe les premières années de sa vie à Satory dans la caserne de l'unité d'élite du GIGN (Groupe d'intervention de la Gendarmerie nationale). Les attentats islamistes de mars 2012, puis de 2015, finissent de convaincre Jimmy que sa place est bien là. Inspiré par l'exemple et le courage d'Arnaud Beltrame, il rêve à son tour de la gendarmerie mais son classement ne lui permettra pas d'atteindre cet objectif. C'est donc l'arme des transmissions qui attend le lieutenant fraîchement sorti d'école, dans laquelle il s'épanouit. "La vie en régiment et le métier de chef de section sont stimulants, je m'y suis fait assez rapidement", explique Jimmy.
Compter sur les siens
Dans cette fraternité d'armes et auprès de sa famille, le jeune homme puise le soutien indéfectible qui l'aide à repousser ses propres limites. Désormais hospitalisé dans le service d'oncologie de Clermont Ferrand, Jimmy reçoit les visites de ses camarades du régiment et de ses supérieurs. Des gestes qui ne sont pas de simples gestes de soutien, écrit Jimmy dans son livre Attendre et Espérer, mais bien "l'incarnation d'une fraternité profonde (...) éprouvée en mission et qui se prolonge dans la vulnérabilité". Son épouse, Roxane, ne le quitte pas d'une semelle. Elle pourtant si émotive et expressive fait son possible pour paraître sereine et transmettre un peu de paix à Jimmy. "Je la savais plus abattue que moi, je voyais sa peur, sa souffrance. Pourtant, elle m'a offert toute la douceur et la tendresse dont j'avais tant besoin pendant cette période", confie Jimmy. Résolu à mener la bataille contre la maladie, Jimmy s'accroche. "Je veux continuer à me battre, parce que je ne suis pas seul. Tant que je peux m'appuyer sur l'amour de mes proches, que je sens cette flamme au fond de moi, alors l'issue, quelle qu'elle soit, portera du sens", écrit-il.
L'espérance est une révolte contre l'abandon.
La mort devient plus proche, plus réelle que jamais. Une voisine de chambre, écrit Jimmy. "On essaie de ne pas penser au lendemain. J’étais lucide quant à la possibilité de mourir. Chaque jour était vécu comme si c'était le dernier. On voit la vie différemment, on cherche la simplicité dans les petits gestes, les sourires. Tout est remis en perspective", confie Jimmy. Et puis un jour, la lumière au bout du tunnel : après avoir effectué des tests médicaux, Jimmy se révèle éligible à un traitement inespéré. Atteint du cancer du poumon ALK-positif, qui représente seulement 3 à 5% des cancers bronchiques, il peut recevoir une molécule développée spécifiquement pour ces cas, ralentissant drastiquement la progression de la maladie malgré de nombreux effets secondaires. La chance était infime. "En l'espace d'un instant, je passe de l'angoisse du condamné à l'espérance du survivant." En trois jours, le traitement agit suffisamment pour permettre à Jimmy de sortir de l'hôpital.
Imaginer Sisyphe heureux
Jimmy a repris le chemin de son régiment. Aujourd'hui capitaine, il ne pourra pas partir en mission pendant au minimum cinq ans, ni intégrer la gendarmerie. Son traitement l'empêche de reprendre le sport et le tir, activités essentielles à la vie de militaire, celle qu'il avait choisie et qu'il aimait. L'amertume est immense lorsque le médecin militaire le déclare inapte en dépit de l'avis du pneumologue. "Il faut imaginer Sisyphe heureux" écrit Jimmy dans son livre. "Sisyphe n'est pas admirable parce qu'il parvient à hisser son rocher au sommet, mais parce qu'il refuse d'abandonner".

"Ce sont de gros sacrifices, c'est certain. Mais je suis en vie. Je profite des choses simples. On ne se rend pas compte, lorsqu'on n'a jamais éprouvé la souffrance et côtoyé la mort de près, de toutes ces choses artificielles qui gangrènent notre existence et de ce qui est vraiment important. La maladie m'a appris à savourer le temps présent" estime Jimmy.
La tumeur est désormais presque invisible. Le combat n'est pas pour autant terminé, Jimmy le sait bien. Mais plus que jamais, le jeune homme refuse de se résigner et de se laisser aller à la tristesse. Un seul mot vient à ses lèvres : l'espérance. Ni illusion ni optimisme naïf, écrit Jimmy, l'espérance "est une révolte contre l'abandon", "l'acte de résistance le plus pur". "Si ma vie (...) peut être vécue intensément, avec sincérité, courage et amour, alors elle n'aura pas été vaine".
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