Il est toujours périlleux l’exercice consistant à adapter sur grand écran les classiques du patrimoine littéraire français, et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un roman fleuve comme Les Misérables. Mais c’est ici que le réalisateur Eric Besnard se détache avec originalité des adaptations traditionnelles en choisissant dans son film Jean Valjean, en salles depuis le 19 novembre, de ne traiter que les deux premiers "livres" du roman de Victor Hugo (qui en contient quarante-huit au total). Et quel passage que celui choisi, puisqu’il s’agit de la rencontre de Jean Valjean avec Monseigneur Bienvenu, scène fondatrice du récit et véritable hymne à la charité et à la repentance.
La naissance d’un héros dans un monde sombre
L’histoire d’un dialogue, d’une confrontation, qui mènera au changement de vie d’un homme. Voilà ce que le long-métrage se propose de raconter, sans avoir recours à l’ajout de spectaculaires péripéties, ce qui l’aurait artificiellement alourdi. Les personnages évoluent dans un univers sombre et terne, dans lequel la lumière, tout comme l’espoir, semblent avoir du mal à se frayer une place. Les tenues rouges des bagnards imprègnent le blanc des carrières et annoncent la couleur de leur destin : seule la souffrance et la mise à l’écart de la société leur seront accordées. Le film manie tant bien que mal la langue de Hugo et tente de la prolonger par des dialogues tantôt trop écrits, tantôt justes. Grégory Gadebois interprète assez justement un Jean Valjean, quelque peu différent de la caractérisation qu’en fait le roman, mais qui attise notre envie de le voir prolonger son personnage après le générique de fin. Nous saluons également l’interprétation mêlée de vulnérabilité et de force d’Isabelle Carré dans le personnage de Baptistine, la sœur de Mgr Bienvenu.
Adaptation et atténuation malheureuse
Il convient que toute adaptation d’une œuvre engendre nécessairement des prises de liberté quant au support d’origine. Mais ici, le réalisateur Eric Besnard, également scénariste du film, nous indique clairement la volonté marquée par son récit en décorrélant, par plusieurs aspects, les actes posés par Mgr Bienvenu de sa foi. Citons le roman qui conclut la rencontre entre Jean Valjean et l’évêque de Digne par ces mots, d’une puissance toute particulière :
C’est votre âme que je vous achète ; je la retire aux pensées noires et à l’esprit de perdition, et je la donne à Dieu.
La notion d’âme et l’importance de la place de Dieu ont disparu du long-métrage. D’autres éléments appuient cette mise à l’écart de la foi, pourtant mise en lumière dans l'œuvre de Hugo, comme par exemple dans l’écriture du personnage de Baptistine, caractérisée dans le film comme doutant fortement de l’existence de Dieu (contrairement au roman où cela n’est jamais discuté). L’atténuation du rôle de la foi chrétienne, majeure dans l’écriture originelle de ces chapitres, nous laisse sur une note d’incompréhension.
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